Afrique du Nord

Perspectives économiques en Libye


  • Le PIB libyen s’est contracté de 6.0 % en 2015, mais si le conflit était réglé rapidement et si la production pétrolière reprenait sans tarder, la croissance économique pourrait repartir promptement.
  • Les perspectives de formation d’un gouvernement unitaire sont meilleures, mais les villes côtières de Syrte et de Derna restent contrôlées par l’État islamique.
  • La politique urbaine adoptée dans les années 1970 a produit des effets positifs sur la transformation structurelle, en particulier sous l’impulsion du dynamisme industriel de villes comme Tobrouk, Misrata, Zaouïa, El Beïda et Derna.

Avec plusieurs mois de retard, la Chambre des représentants a été élue en juin 2014, remplaçant le Congrès général national (CGN), qui était l’organe législatif de la Libye depuis juillet 2012. Cette élection a été contestée par les factions islamistes, lesquelles ont ensuite rappelé le CGN à Tripoli au mois d’août. Il existe par conséquent deux gouvernements rivaux en Libye : l’un lié à la Chambre des représentants, qui est le gouvernement reconnu par la communauté internationale, et l’autre au CGN. Cette situation témoigne du chaos administratif et bureaucratique qui règne dans le pays.

Les Nations Unies et les partenaires humanitaires estiment que 4.35 millions de personnes, soit près de la moitié de la population du pays, sont affectées par le conflit armé. Les divisions politiques et les combats intenses qui font rage depuis août 2014 entre milices rivales ont causé des centaines de morts et déplacé plus de 435 000 personnes. La plupart des déplacés vivent dans les centres urbains, au sein de communautés d’accueil, et à peine plus de 100 000 d’entre eux ont trouvé refuge dans des centres collectifs à ciel ouvert ou dans des bâtiments comme des écoles ou des entrepôts vides. C’est à Benghazi, Al Djabal al Gharbi, Al-Zawiya, Tripoli et Misrata que l’on dénombre le plus de déplacés. En outre, à Tripoli comme dans tout le pays, le conflit perturbe gravement la fourniture et l’accessibilité des biens et services de base, tout particulièrement les soins de santé, l’approvisionnement alimentaire, le logement, l’eau salubre, l’assainissement et l’éducation.

La situation désastreuse au plan politique et sécuritaire a eu de graves conséquences sur l’économie, les finances publiques et les réserves officielles en 2015. En raison des affrontements incessants autour des sites pétroliers entre les tribus et les milices associées aux différentes factions politiques, la production et les exportations pétrolières se sont comprimées de plus des deux tiers par rapport à leur niveau d’avant la crise. En 2015, le pays a produit, en moyenne, 400 000 barils par jour (bpj), contre 1.8 million en 2010. Par conséquent, selon les estimations, le PIB s’est contracté de 6.0 % en 2015, alors qu’il s’était replié de 23.5 % en 2014 et qu’il devrait, selon les prévisions, afficher un recul de 0.8 % en 2016 si la sécurité dans le pays ne s’améliore pas.

Après plusieurs tentatives, les efforts déployés par la communauté internationale pour parvenir à une feuille de route faisant consensus ont abouti en décembre 2015, lorsque les factions se sont entendues sur un gouvernement d’unité nationale lors d’une réunion organisée par les Nations Unies en Tunisie. Un gouvernement d’union nationale a ainsi été annoncé le 19 janvier 2016, et 32 ministres ont été proposés. Cependant, la Chambre des représentants a rejeté ce gouvernement d’unité appuyé par les Nations Unies car il comptait trop de ministres, et a demandé au Conseil présidentiel basé à Tunis de proposer sous 10 jours un cabinet resserré. Une liste de ministres révisée et raccourcie a été soumise le 15 février, mais, à la fin du mois, aucun accord n’avait encore été trouvé.

En 2016, la situation économique du pays dépendra, dans une large mesure, de l’installation du gouvernement d’unité nationale et de la stabilisation sur le plan de la sécurité. Dans ce contexte, le redressement économique prendra du temps, en particulier dans le secteur pétrolier. En 2017, la mise en œuvre d’un programme de réformes de grande ampleur pourrait libérer un potentiel de croissance substantiel et se traduire par des améliorations significatives du solde budgétaire et du solde des opérations courantes. Les réserves officielles de la Libye s’en trouveraient stabilisées, et ces avancées contribueraient à instaurer un climat de confiance pour les investisseurs potentiels.