Perspectives économiques en Tunisie

  • Le nouveau gouvernement, entré en fonction en février 2015, a poursuivi la politique de relance mise en œuvre depuis 2011, avec une hausse notable de 21.6 % des dépenses d’investissement par rapport à 2014.
  • La dégradation de la situation sécuritaire liée aux attentats terroristes de Sousse et de Tunis ainsi que la multiplication des mouvements sociaux ont affecté la croissance, qui ne devrait pas dépasser 0.5 % en 2015, dans un pays entré en récession au second trimestre 2015.
  • Le lancement de la décentralisation en 2015 et les élections municipales de 2016 devraient promouvoir la démocratie locale, une des clés de la réussite d’une urbanisation participative et durable.

Projeté à 3 % dans la Loi de finances de 2015, le taux de croissance n’a pas dépassé 0.5 % en 2015 contre 2.3 % en 2014. Cette contre-performance résulte de la contraction des industries non manufacturières au premier trimestre 2015, marquée par une baisse des hydrocarbures et l’arrêt quasi-total de l’extraction de phosphate dans le centre du pays, suite à des conflits sociaux. Cette baisse n’a été qu’en partie compensée par la croissance de l’agriculture, des services non commerciaux et de l’industrie manufacturière. Le tourisme, 7 % du PIB, traditionnel pourvoyeur de devises et d’emplois (400 000 emplois directs et indirects) a accusé une forte baisse de ses recettes, de 35 % inférieures à celles de 2014.

Comme en 2015, la consommation intérieure restera le principal moteur de l’économie en 2016 et 2017. De son côté, l’investissement est estimé à 18.5 % du PIB en 2015, contre 21.9 % en 2014. Et ce, en dépit d’une légère reprise des investissements directs étrangers (IDE) au deuxième trimestre 2015, suite au bon déroulement des élections.

La faible performance de 2015 ainsi que les déséquilibres macroéconomiques existants empêchent la Tunisie de faire face à ses principaux défis. Le chômage reste en effet élevé, à 15 % en 2015, malgré les importants recrutements effectués dans le secteur public depuis 2011. Plus important chez les femmes (21.1 %) que chez les hommes (12.5 %), il frappe particulièrement les diplômés de l’enseignement supérieur (31.4 %).

De même, les disparités régionales persistent, en raison d’un faible taux d’investissement public et du manque d’efficacité des administrations locales. Centralisé sur le plan administratif et polarisé sur le plan économique, le pays voit ses activités concentrées dans les régions du littoral, où s’est joué un phénomène de métropolisation. Du coup, l’écart s’est creusé entre les grandes villes côtières et les villes moyennes de l’intérieur. Dans une moindre mesure, il s’est aussi élargi entre les zones urbaines et rurales, notamment dans trois des six régions du pays (Nord-Ouest, Centre-Ouest et Sud).

Le dernier recensement, en 2014, a montré qu’en matière d’équipements, d’infrastructures routières, de services de santé et de loisirs, les gouvernorats de Kasserine, Sidi Bouzid, Gafsa, Jendouba, Kebili et Kairouan marquent un retard par rapport à la moyenne nationale, mais aussi par rapport à la moyenne des gouvernorats côtiers et même des régions de l’intérieur.