Perspectives économiques au Lesotho

  • Si la croissance est restée soutenue pendant quatre ans, à 4.3 % par an en moyenne, elle a ralenti à environ 3.4 % en 2015, essentiellement à cause d’une baisse de régime dans les secteurs de la construction et des industries manufacturières ; elle devrait rester modérée en 2016 et 2017.
  • Compte tenu du caractère non inclusif de la croissance, le chômage, la pauvreté et les inégalités sont généralisés.
  • Face au rythme d’urbanisation trop rapide, les autorités n’ont pas été en mesure de fournir les services requis, et les conditions de vie insoutenables pour une grande partie de la population urbaine demeurent un problème critique.

Au Lesotho, la croissance économique s’est ralentie pour s’établir à un taux estimé de 3.4 % en 2015, contre 3.6 % en 2014. Elle devrait rester faible, à 2.6 % en 2016 et 2.9 % en 2017. En 2015, la croissance a été freinée de façon significative par le faible taux d’exécution du budget d’investissement public qui a fortement pénalisé le secteur de la construction et d’autres secteurs interdépendants, éminemment tributaires des dépenses publiques. La faible croissance du secteur manufacturier et les effets du ralentissement de la croissance de l’économie sud-africaine ont également entravé la croissance.

En dépit des performances économiques solides du pays au cours des années récentes (2010- 14), la croissance continue à faire des exclus, de sorte qu’une grande partie de la population vit encore dans une grande indigence. Le chômage demeure élevé, à 24 %, et le coefficient de Gini (0.5) atteste d’inégalités importantes. En prenant pour base le chiffre de 1.25 USD par jour pour mesurer le taux de pauvreté dans le pays, on constate que l’extrême pauvreté touche 56.2 % de la population. Les efforts visant à promouvoir une croissance inclusive sont mis en échec par la forte prévalence du VIH (22.9 % de la population totale) et par l’instabilité des recettes versées par l’Union douanière de l’Afrique australe (SACU), qui finance 50 % du budget.

Un afflux massif d’habitants des campagnes vers les villes a entraîné une urbanisation rapide. Cet exode rural a été déclenché par de multiples facteurs, notamment le changement climatique qui a entraîné une baisse de la productivité agricole et les inégalités spatiales, qui font que les zones urbaines offrent souvent plus de services et de perspectives économiques. Sachant que la population urbaine est estimée à 22.8 % de la population totale et qu’elle augmente de 37 % tous les dix ans, cette situation est insoutenable. La croissance de la population urbaine a été trop rapide pour permettre aux autorités de fournir des services sociaux adaptés, ce qui a souvent entraîné d’autres difficultés : amoncellement des déchets, pollution des plans d’eau, logement et d’infrastructures sociales et économiques insatisfaisants. Pour que l’urbanisation reste viable, les responsables publics doivent imaginer des politiques novatrices et s’engager à les mettre en œuvre. Le gouvernement prévoit de relier des pôles de croissance urbains à l’économie rurale. Par ailleurs, sa volonté de mettre en œuvre des initiatives d’adaptation au changement climatique est louable.