Perspectives économiques en Gambie

  • Après une progression faible en 2014 (0.9 %), la croissance devrait rebondir à 4.7 % en 2015 et pourrait dépasser 5 % en 2016 si l’État met en œuvre les réformes politiques appropriées.
  • La détérioration de l’équilibre budgétaire s’est poursuivie en 2015 et les réserves de change se sont retrouvées sous pression ; le financement du fort déficit anticipé pour 2016 (9.3 % du PIB) entraîne également des dérapages politiques qui assombrissent les perspectives économiques.
  • Près de la moitié de la population de la Gambie réside en zone urbaine, et l’urbanisation sauvage progresse rapidement, confrontant le pays à d’importants défis socioéconomiques et environnementaux.

Les performances économiques de la Gambie ont pâti de plusieurs chocs externes. L’impact de l’épidémie régionale d’Ebola sur le tourisme, l’arrivée tardive des pluies estivales en 2014, ainsi que la faiblesse de la mise en œuvre des politiques économiques ont conduit à une contraction du produit intérieur brut (PIB) réel, dont le taux de croissance s’est établi à 0.9 % en 2014, bien en deçà des 7 % initialement estimés. La croissance devrait rebondir à 4.7 % en 2015, puis 5.5 % en 2016 sous l’effet de la reprise du tourisme et du secteur agricole.

Le pays a connu de forts déséquilibres budgétaires dus aux dérapages politiques qui ont perduré ces dernières années et aux difficultés financières des entreprises publiques. Des niveaux de dépenses plus élevés que prévu ont alourdi le déficit budgétaire global, qui est passé de 4.4 % du PIB en 2012 à 11.0 % en 2014 et environ 9.6 % en 2015. Le financement de ce déficit repose largement sur l’emprunt intérieur, tant il est difficile de mobiliser des ressources extérieures. Le taux d’intérêt des emprunts d’État à un an a ainsi augmenté de 10 points de pourcentage depuis la mi-2013, pour atteindre 21.9 % en novembre 2015, et l’encours de la dette s’est établi à 108 % du PIB à la fin 2015, contre un peu moins de 70 % à la fin 2010. Par conséquent, le paiement des intérêts de la dette du secteur public a absorbé 40 % des recettes publiques en 2015, en hausse par rapport aux 25 % de 2013. Les perspectives pour 2016 sont assombries par les dérapages politiques dus au financement d’un déficit de nouveau élevé, à 9.3 % du PIB. En parallèle, une crise importante de la balance des paiements a entraîné une réduction des réserves de change de la Gambie, qui ne couvraient plus que trois mois d’importations au début 2016, contre six mois à la fin 2012. L’inflation s’est établie autour de 6.5 % à la fin 2015, en hausse par rapport à 2013, où elle était d’environ 5.3 %.

Bien que l’urbanisation présente d’immenses opportunités en Gambie, elle a été perçue comme un risque au cours des dernières décennies. L’urbanisation sauvage et rapide en est la principale raison. Elle a en effet entraîné des inondations à grande échelle et créé d’autres dangers environnementaux, tout en pesant sur les services sociaux. Près de 50 % de la population du pays vit en zone urbaine. L’urbanisation n’a pour l’instant jamais été encadrée par une politique ou une stratégie globale, en dépit de la contribution importante des zones urbaines à l’économie et à l’emploi. Elle est largement poussée par un exode rural élevé et une forte croissance démographique. L’absence de cadres politiques adaptés et la faiblesse des institutions ont considérablement dégradé le potentiel de l’urbanisation et la gestion des risques qui en découlent.