Perspectives économiques en Sierra Leone

  • La Sierra Leone peine actuellement à se remettre des retombées de la crise Ebola et de la baisse durable des cours mondiaux du minerai de fer. En conséquence, on estime que le PIB du pays s’est contracté de plus de 20 % en 2015.
  • Des politiques de remédiation sont nécessaires pour améliorer les indicateurs qui ont été dégradés par la crise du virus Ebola, tandis que d’importants progrès ont été accomplis en matière de gouvernance économique et politique.
  • Avec une population urbaine d’environ 40 %, la Sierra Leone connaît une urbanisation sans industrialisation (industrie manufacturière), ce qui ne favorise pas l’émergence des liens structurels appropriés ni la nécessaire transformation durable de l’économie.

La Sierra Leone se remet toujours des conséquences des 18 mois d’épidémie d’Ebola et de la baisse durable des cours mondiaux du minerai de fer. L’épidémie d’Ebola a affecté les moyens de subsistance et l’équilibre socioéconomique du pays, en bouleversant les services de santé et d’éducation, la production agricole et le commerce. Le déclin des cours mondiaux du minerai de fer a affecté la stabilité macroéconomique et inversé la trajectoire de croissance remarquablement positive que connaissait le pays : l’économie est passée d’une croissance impressionnante de 20.1 % en 2013 à 4.6 % en 2014, avant de se contracter de 21.5 % en 2015 selon les estimations les plus récentes. Le produit intérieur brut (PIB) devrait rester relativement stable en 2016 et croître légèrement en 2017. L’inflation, modérée au premier trimestre 2015, est désormais estimée à 9.9 % pour 2015, et devrait avoisiner les 10 % en 2016 et 2017. La Banque de Sierra Leone (BSL) doit rester vigilante vis-à-vis de la seconde vague de pressions inflationnistes résultant de la dépréciation de la monnaie nationale, le leone, et des niveaux planchers des cours du pétrole brut. La marge de manœuvre budgétaire du pays est très limitée, du fait d’un ratio recettes/PIB historiquement bas et de dépenses publiques plus élevées.

Le pays a accompli des progrès considérables en matière d’indice de développement humain (IDH), puisque celui-ci est passé de 0.344 en 2005 à 0.413 en 2014 (ce qui représente une amélioration de plus de 20 %), mais ces progrès devraient être contrebalancés par l’impact de la crise Ebola sur la santé (notamment sur l’espérance de vie à la naissance), l’éducation (durée de scolarisation) et le niveau de vie de la population (revenu national brut par habitant). N’étant pas parvenus à atteindre la plupart des Objectifs du Millénaire pour le développement (OMD) en 2015, les autorités gouvernementales et les partenaires de développement sur le terrain ont pris conscience de la pertinence des 17 Objectifs de développement durable (ODD) et de leur caractère indissociable, ce second aspect signifiant principalement que l’action pour le développement doit couvrir tous les secteurs. De plus, les autorités doivent accentuer leurs efforts de lutte contre la pauvreté en tirant parti des nouvelles données et informations qui ressortiront du recensement de la population et du logement réalisé en décembre 2015.

La Sierra Leone compte 6.3 millions d’habitants, dont environ 39.1 % vivaient en zone urbaine (Freetown, Bo, Kenema, Makeni, parmi d’autres) en 2015, et le taux d’urbanisation devrait atteindre 43.8 % à l’horizon 2030 selon les projections. On voit que le secteur manufacturier est le « chaînon manquant » de la transformation structurelle de la Sierra Leone, car la main-d’œuvre passe directement d’activités agricoles à faible productivité dans les zones rurales à des services à faible productivité (emplois informels dans les zones urbaines), sans secteur industriel vecteur de transformation.