Chapitre 3. De fortes inégalités érodent les effets de la croissance sur le recul de la pauvreté

Principaux messages

  • L’incidence de la croissance sur la réduction de la pauvreté n’est pas linéaire, en raison du rôle majeur joué par les inégalités. La combinaison de fortes inégalités initiales qui remontent à l’époque coloniale, et de schémas plus récents de changement structurel font de l’Afrique l’un des continents les plus inégalitaires de la planète. Ce constat est important, car les effets de la croissance sur le recul de la pauvreté dépendent de la distribution initiale des revenus et de son évolution, elle-même influencée par la mondialisation et par les stratégies de développement nationales.
  • La capacité des pays à mettre la croissance au service de la lutte contre la pauvreté diffère selon l’ampleur et la composition sectorielle de cette croissance. Le recul de l’activité et de la productivité agricoles, la stagnation du secteur manufacturier et l’importance du secteur informel freinent la croissance et sa capacité à faire reculer la pauvreté. Le schéma actuel de changement structurel qui s’opère en Afrique, dans lequel la main-d’œuvre a tendance à quitter l’agriculture au profit d’emplois informels et mal rémunérés dans les services, n’a pas permis de réduire les inégalités.
  • L’évolution des inégalités dépend à la fois de la demande de main-d’œuvre et de la structure de l’offre de main-d’œuvre, et particulièrement des caractéristiques du système éducatif. L’effet égalisateur de l’éducation a été limité, car les pays disposent de peu de capital physique pour compléter une main-d’œuvre africaine dont la quantité et la qualité augmentent. Les principaux obstacles à la réduction des inégalités semblent provenir en grande partie de la mauvaise qualité de la gouvernance et de la fragmentation ethnique et linguistique. Il importe de mettre en place des institutions inclusives.
  • Une croissance inclusive, axée sur l’emploi et induisant une répartition plus équitable des opportunités et des revenus, ferait reculer la pauvreté tout en jetant les bases d’une accélération de la croissance future. Pour y parvenir, il convient de recourir à la fois à des interventions de réduction de la pauvreté axées sur la croissance et à des interventions de croissance pro-pauvres. Les priorités à cibler sont les suivantes : création d’emplois, préférence dans le secteur formel, afin d’absorber efficacement l’exode rural, développement de l’infrastructure dans les zones rurales pour accroître l’accès des agriculteurs aux marchés, interventions améliorant la productivité agricole des pauvres, mesures et institutions contribuant à réduire les inégalités, par exemple par l’adoption de programmes inclusifs de protection sociale et d’emplois. Bien conçue, la protection sociale peut redistribuer les gains générés par la croissance et contribuer ainsi à améliorer cette croissance.