16 juin, Journée de l’enfant africain

Thème 2016 : « Conflits et crises en Afrique : protéger les droits de tous les enfants »

15/06/2016
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Il y a tout juste 40 ans, le 16 juin 1976, des milliers d’écoliers de Soweto se lèvent pour converger en une marche de protestation face au régime de l’apartheid. Ils dénoncent les discriminations qu’ils subissent dans l’enseignement en tant que noirs, la faible qualité des cursus et exigent que l’on respecte leur droit à un enseignement dispensé dans leur propre langue. Face aux enfants, la police sud-africaine lâche les chiens et tire à balles réelles. Les représailles policières durent deux semaines. Des centaines d’enfants sont tués et des centaines d’autres blessés. La marche des enfants de Soweto est réprimée dans le sang, dix-sept ans avant que l’apartheid ne rende l’âme.

En souvenir, la Journée de l’enfant africain est célébrée tous les 16 juin, une commémoration lancée en 1991 par l’Organisation de l’union africaine (OUA) – à laquelle a succédé l’Union africaine –, dans la foulée de sa Charte africaine des droits et du bien-être de l'enfant adoptée en juillet 1990. Laquelle proclame : « les enfants sont les bâtisseurs des nations de demain et porteurs des espérances du futur ».

Cette année, la Journée de l’enfant africain est placée sous le thème « Conflits et crises en Afrique : protéger les droits de tous les enfants ».

Le continent africain a la population la plus jeune au monde. Les enfants de moins de 15 ans y représentent 41 % de la population, comme l’indique le récent rapport 2016 de Perspectives économiques en Afrique – une population qui devrait plus que doubler pour atteindre les 2,5 milliards d’habitants d’ici à 2050, d’après les projections.

Nos enfants sont l’avenir de l’Afrique, une ressource précieuse. Mais si le boom démographique que vit le continent peut se transformer en dividende et en moteur de croissance (comme cela a été débattu lors des dernières Assemblées annuelles de la BAD à Lusaka), il aiguise aussi davantage de nombreux défis, en termes de santé, de qualité de vie et de développement, de formation et de perspectives d’avenir – autant de combats que mène la Banque africaine de développement (BAD) aux côtés de ses pays membres et des partenaires au développement. La Banque œuvre à un meilleur avenir du continent – et donc de ses enfants, comme en témoignent les Cinq grandes priorités de développement, dites Top5, qu’elle s’est assignée fin 2015 sous l’égide de son président Akinwumi Adesina.

Santé et mortalité infantile : des progrès grâce aux OMD

L’Afrique a fait de gros progrès ces dernières décennies. « Les progrès en termes d’éducation, de santé et de niveaux de vie se poursuivent », confirme l’édition 2016 de Perspectives économiques en Afrique, une publication conjointe de la BAD, de l’OCDE et du PNUD, avant de déplorer : « Mais ils sont trop lents ».

Nafoussatou fait des ménages dans le quartier de Cocody, à Abidjan. Pour gagner un peu plus d’argent, elle récupère aussi les bouteilles en plastique vides qu’elle revend au poids. Cette mère courage, comme il y en a tant en Afrique, ne ménage pas sa peine pour ses enfants : « le plus dur, c’est la santé et les études. Sans argent, tu ne peux rien : ni les soigner, ni les envoyer à l’école, ni leur donner une bonne éducation. » La jeune femme a quatre enfants, mais l’un est décédé à 15 ans, faute de soins et de médicaments : « c’était pendant la crise [post-électorale] en 2011, raconte-t-elle. Un jour, il s’est levé en ayant mal à la tête. En moins d’un mois, il est devenu paralysé, il ne pouvait plus marcher, ni utiliser ses bras ou ses mains. Puis il a fait une crise, on a couru à l’hôpital mais il était déjà mort. » Paludisme ? Méningite ? « On ne sait pas », répond la jeune femme, qui n’a jamais eu la chance d’aller à l’école et qui tient d’autant plus aujourd’hui à scolariser ses enfants.

Réduire la mortalité infantile était l’objectif numéro 4 des Objectifs du Millénaire pour le développement (OMD) – auxquels ont succédé les Objectif de développement durable (ODD) fin 2015.

La mortalité infantile a, en effet, fortement baissé sur le continent, et cette baisse s’est accélérée entre 2000 et 2013. La baisse de la mortalité des moins de cinq ans correspondrait ainsi à 48 millions de vies sauvées en Afrique subsaharienne depuis 2000, note l’Organisation mondiale de la santé dans un mémo en janvier 2016. A comparer les sous-régions, l’Afrique de l'Est et l'Afrique australe ont davantage progressé en ce domaine que l'Afrique centrale et l'Afrique de l'Ouest. « L'Angola, l'Éthiopie, l’Érythrée, le Liberia, Madagascar, le Malawi, le Niger et le Rwanda ont connu une chute spectaculaire de la mortalité infantile au cours des deux décennies allant de 1990 à 2010 », selon l’UNICEF. Mais, comme le souligne un rapport conjoint de la BAD, de la CEA, du PNUD et de l’Union africaine paru sur les OMD fin 2015, le continent compte encore près de la moitié de tous les décès d’enfants de moins de 5 ans survenus dans le monde – contre 29  % il y a vingt ans, car les autres régions du monde ont aussi progressé en ce domaine.

Nutrition : Investir dans la matière grise

La santé est aussi une question de nutrition – là encore, un thème au cœur des Assemblées annuelles 2016 de la BAD. Des enfants mal nourris présentent un retard de croissance, un poids trop faible et leurs facultés d’apprentissage sont altérées. La malnutrition en Afrique subsaharienne coûterait même 25 milliards de dollars EU par an, selon l’UNICEF.

« Environ 33 % des enfants africains vivent dans la faim chronique, 40 millions de moins de cinq ans ont un retard de croissance, tandis que la malnutrition infantile en Afrique a un impact économique de 2 à 16 % du PIB annuel », a révélé le directeur du Département agriculture et agro-industrie de la BAD, Chiji Ojukwu, lors du forum intitulé « L’Afrique nourrit l’Afrique » que la Banque avait organisé en avril 2016 à Ibadan, au Nigeria.

« Le plus grand contributeur à la croissance économique n’est pas l’infrastructure physique, mais […] la matière grise », a déclaré le président Adesina à Wahsington en avril 2016. Qui a répété l’ambition des objectifs que la Banque s’est assignés dans son allocution d‘ouverture des Assemblées annuelles à Lusaka, le 24 mai 2016 : « atteindre l’autosuffisance alimentaire en Afrique dans les dix ans, éradiquer la malnutrition et la faim, hisser l’Afrique au sommet des chaînes de valeur agricole et accélérer l’accès à l’eau et à l’assainissement. » Outre ses Cinq grandes priorités, dont celle de « Nourrir l’Afrique » qui entend transformer le secteur de l’agriculture pour atteindre l’autosuffisance alimentaire, la BAD a récemment scellé deux actions en faveur d’une meilleure nutrition en Afrique : un accord de deux millions de dollars EU conclu avec la Big Win Philanthropy et la fondation Dangote ; et l’initiative des Leader africains pour la nutrition, lancée avec le Panel mondial sur l'agriculture et les systèmes alimentaires pour la nutrition (présidé par l’ex-président ghanéen John Kufour), l’Union africaine/NEPAD, la Fondation Bill and Melinda Gates, la Fondation Kofi Annan, la Big Win Philanthropy, la Fondation Dangote et le Programme alimentaire mondial.

« Si la croissance de nos enfants est retardée aujourd'hui, c'est celle de nos économies qui le sera demain, lançait le président Adesina à Lusaka, en mai 2016. Mais quand les enfants d'Afrique seront bien nourris et pourront accomplir leur croissance, étudier et atteindre leur plein potentiel, c'est le potentiel du continent entier que nous parviendrons à libérer ».

Education – Former les esprits de demain

« Je voulais être pilote, mais je ne suis jamais monté dans un avion, explique Trésor, 8 ans, tiré à quatre épingles. Je crois que je vais devenir avocat ! » Scolarisé à Abobo, un quartier d’Abidjan, l’enfant est fier d’indiquer qu’il est de nouveau premier de sa classe, même après avoir sauté un niveau en début d’année et malgré les effectifs surchargés – ils sont plus d’une soixantaine à se partager les bancs de la salle de classe.

Mais nombreux sont les enfants qui n’ont toujours pas la chance d’aller à l’école. Pourtant, « assurer l’éducation primaire pour tous » était l’un des OMD. Il y a deux ans, la Journée de l’enfant africain avait d’ailleurs pour thème « Une éducation de qualité, gratuite, obligatoire et adaptée pour tous les enfants en Afrique. » Certes, des progrès ont été constatés ces dernières décennies, surtout en matière de scolarisation en cycle primaire. Au nombre des bons élèves, figure ainsi le Sénégal, qui a alloué jusqu’à 5 %  de son PIB au secteur de l’éducation de 2000 à 2011. Grace à quoi, le Sénégal est parvenu à atteindre un taux de scolarisation de 79,4 % en 2012, contre 44,7 % en 1990, souligne le rapport 2015 sur les OMD. Le Burkina Faso a lui aussi enregistré des progrès spectaculaires, en passant de 36,7 % de taux net de scolarisation en 2000 à 66,8 % en 2012. Autre exemple prometteur : la Côte d’Ivoire, qui a rendu l’école obligatoire pour tous les enfants de 6 à 16 ans l’an dernier. Toutefois, rien qu’en Afrique de l’Ouest, « plus d’un million d’enfants âgés de 7 à 15 ans sont déscolarisés, dont 380 000 depuis quatre ans, ce qui compromet leurs chances de finir leur scolarité, est-il noté dans le dernier rapport Perspectives économiques en Afrique.

Les temps changent, l’Afrique aussi

Le continent vit une urbanisation galopante, qui ne fait qu’aiguiser les défis de toutes sortes auquel il est confronté.

Pour permettre à tous les enfants d’Afrique d’aller à l’école, d’apprendre et de croître dans de bonnes conditions, et de façonner l’Afrique de demain, il faut mettre un terme au manque d’électricité (plus de 640 millions d'Africains n'ont pas accès à l'énergie et trop d’enfants apprennent leurs leçons dans le noir ou à la lumière d’un lampadaire), à l’insécurité alimentaire, à l’extrême pauvreté, et leur donner accès à l’eau potable et à des conditions de vie salubres (la pneumonie, la diarrhée, le paludisme, la rougeole et le VIH/sida, qui causent à elles seules plus de la moitié des décès d’enfants, sont endémiques dans les bidonvilles urbains, en raison de conditions de vie désastreuses). Ce à quoi s’attaquent précisément les Cinq grandes priorités de la Banque : Eclairer l’Afrique et l’alimenter en énergieNourrir l’AfriqueIndustrialiser l’AfriqueIntégrer l’Afrique – et Améliorer la qualité de vie des Africains.

Et, parce que les mères courages comme Nafoussatou sont nombreuses en Afrique, pour aider les enfants, il faut aussi soutenir les mères. Pour ce faire, la Banque porte de plus en plus d’attention aux projets de développement qui œuvrent en faveur des jeunes femmes. Dernièrement, lors de ses Assemblées annuelles à Lusaka, la BAD a lancé l’initiative AFAWA, « Affirmative Finance Action for Women in Africa » (voir la vidéo de la session dédiée à Lusaka), un dispositif de financement au profit des femmes. 

L’Afrique doit prendre soin de ses enfants, son meilleur capital pour un avenir propice. Leur offrir des perspectives d’emploi, la promesse d’un avenir sur son sol. Le continent a la chance d’être le plus jeune au monde. Tous ces jeunes Africains sont tous de potentiels Kelvin Doe, ce jeune Sierra-Léonais qui, dès 12 ans, a inventé un système de batteries pour éclairer son village. Le jeune garçon, 16 ans aujourd’hui et toujours fourmillant d’idées et d’innovation, était d’ailleurs l’un des invités vedette des Assemblées annuelles de la BAD à Lusaka (voir son interview sur la web TV de la BAD ici).