Journée mondiale de lutte contre le sida 2008 - Entretien avec Thomas Hurley, directeur du développement humain, BAD

28/11/2008
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« Mener – Responsabiliser – S’activer » est le slogan de cette année qui marque le 20e anniversaire de la Journée mondiale de lutte contre le sida. Des réponses positives ont été données à l'épidémie depuis 1988, date à laquelle la Journée a été établie, mais l'Afrique reste confrontée à de grands défis. La Banque africaine de développement a été un partenaire des gouvernements africains dans la lutte contre le VIH / sida. «L'épidémie de VIH / sida a un impact négatif évident sur le bien-être, l'augmentation du taux de mortalité et le recul des gains en espérance de vie», rappelle Thomas Hurley, directeur du département du développement humain à la BAD. Interview.

Question: Quel est l'impact du sida sur l'Afrique en matière de développement économique?

Réponse: Le VIH / sida reste, et restera pour l'avenir prévisible, un énorme défi économique, social, humain pour l'Afrique sub-saharienne. L'impact du VIH sur la réalisation des Objectifs du millénaire pour le Développement (OMD) et l'indice de développement humain est le plus élevé dans cette région. L'impact de l'épidémie sur les ménages, le capital humain, le secteur privé et le secteur public, sape les efforts déployés pour atténuer la pauvreté dans la région. Les pays à forte prévalence du VIH ont tous connu des diminutions de l'espérance de vie entre 1990 et 2006, allant de 8 à 25 ans. Les pays sont confrontés à une augmentation de la mortalité causée par le sida parmi les groupes d'âge productif (les femmes âgées de 20-29 ans et les hommes âgés de 25-34 ans).

L'épidémie de VIH / sida a un impact négatif évident sur le bien-être, l'augmentation des taux de mortalité et le recul des gains en espérance de vie en raison de la maladie. Les ménages sont directement affectés par la perte de revenu et une diminution de l'offre de travail au fur à mesure que la santé des membres de la famille se détériore. Quand les femmes sont chefs de famille, elles butent souvent sur une autonomisation limitée, un accès restreint aux ressources et au patrimoine, sans véritable pouvoir de contrôle, cela a un impact sur les ménages. Selon une étude de la Banque mondiale, dans l'ouest du Kenya, l'accès à la thérapie antirétrovirale a entraîné à une augmentation de 35 % des heures de travail hebdomadaire, illustrant d’une part l'ampleur de la maladie et son impact sur la productivité et, d’autre part, les avantages économiques potentiels du traitement. En outre, l'augmentation des dépenses liées aux soins, aux funérailles et aux frais connexes épuise l'épargne des ménages, réduit la consommation et les possibilités d'investissement, contribuant à la persistance de la pauvreté.

L'épidémie épuise les économies, réduit l'offre de travail, augmente la vulnérabilité des ménages aux chocs, réduit la productivité dans les secteurs privé et public, avec une incidence négative sur les finances publiques. Le plus grand sujet de préoccupation réside dans les importantes conséquences économiques négatives qui persistent dans le long terme, l'épidémie conduisant à l'augmentation du nombre d'orphelins tout en affectant l'accumulation de capital humain.

Le VIH / sida réalise d'énormes ponctions sur les secteurs public et privé des finances. Il conduit à une diminution de la productivité et à l'augmentation de l'absentéisme, et du taux de rotation de la main-d'œuvre, avec ce que cela implique comme coûts additionnels. Plus pernicieux encore, la maladie frappe généralement les travailleurs dans les années les plus productives de leur vie. En outre, les frais médicaux et mortuaires ainsi que les prestations y afférentes augmentent. Les petites et moyennes entreprises ainsi que le secteur informel risquent d’être les plus lourdement touchés parce qu'ils n'ont pas les ressources nécessaires pour atténuer ces coûts. Dans le même temps que l'épidémie provoque une augmentation de la demande de services publics, elle conduit à des réductions des recettes publiques, puisque la base imposable diminue, sans compter les effets négatifs de l'épidémie sur le long terme se font sentir au niveau du rendement. En outre, l’épidémie génère un certain nombre de coûts fiscaux indirects, comme le soutien des orphelins, la prise en compte des besoins sexo-différenciés des survivants, le versement des pensions de retraite des fonctionnaires ou du personnel éligible morts du sida, ainsi que l'augmentation du taux de dépendance.

Question: Qu’a fait la BAD pour aider les pays africains dans leur lutte contre le VIH / sida?

Réponse: Au cours de la période de 1997-2006, la Banque a engagé près de 224 millions de dollars EU pour financer les interventions dans le domaine de la lutte contre le VIH / sida. L'allocation des ressources de la BAD pour le VIH / sida a essentiellement ciblé les projets de santé (51%), ou des projets autonomes (30%) tels que le renforcement des conseils nationaux sur le SIDA (NAC / CNLS) dans une série de pays. 15% des ressources ont été allouées à des projets régionaux sur le VIH / sida comme l'appui aux pays autour du lac Tchad et les îles de l'océan Indien. La plupart des projets soutenus par la Banque comprennent d’importants volets de renforcement du système de santé, y compris l'assistance technique ainsi que la formation des ressources humaines ou la construction et l’équipement d'infrastructures physiques.

Question: Quelle est la voie à suivre pour la Banque en matière de VIH / sida?

Réponse: Le projet de Stratégie à moyen terme de la Banque (2008-2012) prévoit de se concentrer sur la réduction de la pauvreté, en appuyant principalement les moteurs d’une croissance plus forte et équitable, l'intégration économique et la création d’opportunités. La Banque entend également désormais être une banque de résultats, clairement identifiés et prouvés, visant l’excellence dans toute la gamme de ses activités et dans tous ses pays membres régionaux (PMR), tout en se concentrer de façon plus sélective sur certains secteurs, à savoir: les infrastructures, la gouvernance, le secteur privé et l'enseignement supérieur.

La Stratégie à moyen terme souligne qu’il n’y aura guère de progrès durables sur les OMD relatifs à la santé, y compris le VIH / sida, sans des investissements appropriés. La Banque a l'intention de rester engagée directement dans les secteurs sociaux (santé, éducation et protection sociale) avec une gestion plus efficace de son portefeuille actif et en fournissant un soutien plus sélectif en coordination avec d'autres partenaires. La Banque jouera un rôle de catalyseur dans les PMR, en améliorant l'accès aux ressources des fonds verticaux et leur utilisation. En outre, la Banque exploitera davantage les passerelles entre objectifs de développement humain (y compris le VIH / sida) et ses opérations dans les infrastructures, telles que l'eau et l'assainissement, tout en cherchant à améliorer l'accès à l'énergie et à l’électricité.

Parmi les domaines prioritaires d'engagement dans le domaine du VIH / sida, citons:

  • l’intégration du VIH / sida parmi les priorités opérationnelles sélectives de la Banque;
  • le renforcement institutionnel et le renforcement des capacités humaines pour les systèmes de santé, la gestion financière, les acquisitions; et
  • établir des partenariats pour former de nouvelles alliances avec des partenaires clés tels que la Banque mondiale, le Fonds mondial, l'ONUSIDA et d'autres afin de compléter l'appui en cours et à venir de la Banque à ses pays membres régionaux.

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Speaker

Nom: Thomas Hurley Titre: AfDB Human Development Department Director at the AfDB