Croissance verte droit devant : le Plan Maroc Vert

20/05/2013
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En juillet 2012, la BAD a alloué, sous la forme d’un prêt, une enveloppe de 105 millions d’euros au Programme d’appui au Plan Maroc Vert (PAPMV).

Entériné par les autorités marocaines en avril 2008, le Plan Maroc Vert (PMV) a été lancé sur douze ans (2008-2020), afin de mettre en œuvre et de concrétiser le vaste chantier de réformes structurelles et sectorielles liées à l’agriculture, pilier central de l’économie marocaine. Le PMV a pour objectif stratégique de contribuer au renforcement de la compétitivité du secteur agricole, tout en promouvant une croissance économique inclusive. Il ambitionne d’ailleurs de stimuler une vague massive d’investissements agricoles à hauteur de 10 milliards MAD par an, de sorte à ériger le secteur agricole – et toutes ses partie prenantes, à commencer par les paysans marocains – en véritable levier du développement socio-économique.

L’agriculture, au cœur du Maroc

Le secteur agricole contribue pour 15 % à 20 % du PIB du Maroc. C’est dire son importance dans l’économie du Royaume, d’autant qu’il contribue à hauteur de 40 % à la création d’emplois. L’agriculture demeure le principal employeur du pays en milieu rural, et la source de revenus principale de 1,5 millions d’agriculteurs marocains.

Prévu pour s’achever en 2014, le PAPMV, quant à lui, a pour but spécifique d’améliorer le climat des affaires et la gestion durable de l’eau agricole, dans un contexte de raréfaction croissante de ces ressources. Aussi est-il axé sur la modernisation des infrastructures hydro-agricoles ; l’amélioration de la gouvernance en matière de gestion des ressources en eau  (une économie de 360 millions m3 d’eau agricole escomptée au terme à terme) ;  la valorisation de l’eau agricole ;  l’optimisation du climat des affaires ; la promotion du genre ; et l’économie de l’énergie.

Beni Moussa, « baignée des eaux »

Sur la rive gauche de l’oued Oum Rabiaâ, dans la plaine de Tadla, Beni Moussa déroule ses champs de culture sous les rayons ardents du soleil. Pour Salah Atir, agriculteur dans cette petite commune rurale située à 200 km au sud-est de Casablanca, le changement et la technique modernes ont du bon. Sans conteste : « Avant le système du goutte à goutte, c’était le gaspillage. Aujourd’hui, avec moins d’eau, nous obtenons de bonnes cultures. »

Salah Atir fait partie de l’association Al Raja (“l’espoir”), qui rassemble 819 agriculteurs des environs. A la tête de la jeune association, née en 2010, Chikaoui Najih explique son rôle : « l’association a pour but de minimiser la consommation d’eau, de promouvoir la qualité, en plus de diminuer les charges et la main d’œuvre. » Le groupement  permet aussi un encadrement des agriculteurs et «  sert d’interface vis-à-vis de l’Office des bassins hydrauliques. »

« Avec des engrais bien répartis, nous produisons 50 tonnes à l’hectare, au lieu de 30 tonnes auparavant, se réjouit Salah Atir. Tout ceci, avec de la qualité, en plus ! »

Béni Moussa, sur la rive gauche de l’oued Oum Rabiaâ, constitue, avec Béni Amir sur la rive droite, les deux périmètres irrigués, d’une étendue de 100 ha, qui bénéficient d’un financement de la BAD – un prêt de 53,59 millions d’euros, approuvé en  décembre 2009.

Projet d’appui au Programme national d’économie d’eau d’irrigation (PAPNEEI)

Subissant un fort stress hydrique, le Maroc n’a pas le choix : il devient maintenant impératif de gérer efficacement et économiquement les ressources en eau, de plus en plus rares. Une gestion efficace passe nécessairement par une utilisation valorisante et durable de l’eau d’irrigation, qui consomme plus de 80 % des ressources en eau mobilisées. C’est dans ce contexte, que le gouvernement marocain a adopté le Programme national d’économie de l’eau d’irrigation (PNEEI), qui vise à reconvertir en irrigation localisée une superficie totale de 500 000 ha.

Approuvé par la BAD en décembre 2009, le Programme d’appui au Programme national d’économie d’eau d’irrigation (PAPNEEI) consiste donc en un appui budgétaire (53,59 millions d’euros) à l’initiative vertueuse des autorités marocaines. Le projet, qui se concentre sur les régions agricoles du Loukkos, de Tadla, de Doukkala et de la Moulouya sur environ 20 000 ha, se présente comme un instrument privilégié permettant une triple conversion : du potentiel irrigué du gravitaire et aspersion vers l’irrigation localisée ; une conversion culturale vers des cultures à haute valeur ajoutée ; et une conversion institutionnelle vers de nouveaux systèmes d’organisation (agrégation, gestion déléguée...). Le fait qu’une gestion durable des ressources en eau ne pourra qu’aider à l’amélioration des conditions de vie des populations rurales n’est pas la moindre des qualités dudit projet.

Centrale thermo-solaire à cycle combiné de Aïn Beni Mathar

Le 12 mai 2010, à 81 km au sud d'Oujda, et à une trentaine de kilomètres seulement de la frontière algérienne, était inaugurée la centrale thermo-solaire hybride de Aïn Beni Mathar – une première en Afrique, voire dans le monde. A la pointe de la technologie, cette centrale à cycle combiné solaire, gaz, vapeur, d’une puissance totale de 472 MW et alimentée via une conduite de 12,6 km de long connectée au gazoduc Maghreb-Europe (GME), s’étend sur 160 ha. Son champ solaire couvre, à lui seul, 88 hectares environ. Les rayons du soleil participent à l’augmentation de la puissance totale de la centrale à hauteur de 20 MW.

L’environnement reste une priorité pour les responsables du site, tel que Mohamed Bouziane, ingénieur et responsable du traitement des eaux : « Nous n’utilisons ni produits chimiques, ni combustibles. C’est une centrale adaptable à l’environnement ».

D’un coût total de 420 millions d’euros, le projet, cofinancé par le Fonds mondial de l’environnement (FEM) à travers la Banque mondiale, le Fonds bilatéral ICO d’Espagne et l’ONEE (Office national de l’électricité et de l’eau potable au Maroc), a bénéficié de deux prêts, d’un montant total de 287 millions d’euros, de la Banque africaine de développement. « La BAD a été notre principal bailleur de fonds, confirme Noureddine Badaoui, chef de projet ONEE. En outre, elle nous a accompagnés pendant l’établissement du marché, la période de l’appel d’offres et du jugement ».

Energie à pleins tubes

En moins de dix ans, la consommation énergétique a bondi de 41,24 %, atteignant 13,7 millions de tonnes équivalent pétrole (Tep) en 2007, contre 9,7 millions Tep en 1999. Quant à l’énergie électrique nette, sa progression est encore plus spectaculaire, passée de 13 263 Gwh en 1999 à 22 608 Gwh huit ans plus tard. Soit un bond de 70,46 % !