Treizième reconstitution du FAD : Réponse innovante et ciblée aux besoins de l’Afrique - Allocution d’ouverture du président de la BAD

25/09/2013
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Événement : Treizième reconstitution du FAD – Troisième réunion – Séance d’ouverture

Le FAD-13 va lancer des instruments financiers innovants et revoir le système d’allocation fondée sur la performance afin d’aligner l’allocation des ressources sur la vision stratégique de la Banque. La Banque concentre ses efforts sur les domaines d’importance pour les donateurs : les États fragiles, le genre et la gouvernance. Nous proposons deux scénarios de reconstitution réalistes : l’un implique moins d’engagements, mais aide moins d’Africains ; l’autre implique plus d’engagements et aide plus d’Africains.

J’ai le plaisir de vous accueillir à Paris pour cette dernière manche de la reconstitution du FAD-13. Je tiens à remercier les plénipotentiaires et les ministres qui représentent les PMR d’avoir trouvé le temps d’être des nôtres aujourd’hui. Je voudrais également, en votre nom, à remercier Richard Manning pour le travail remarquable qu’il a accompli dans la coordination de cette reconstitution.

Nous arrivons au terme d’un processus entamé en février 2013, qui se déroule à un moment très propice pour l’Afrique :

  • Nombre de pays africains connaissent actuellement une période de forte croissance économique ;
  • 50 après l’accession à l’indépendance, les pays africains sont prêts à faire davantage pour eux-mêmes ;
  • Nous approchons de l’horizon 2015, où nous verrons où nous nous situons par rapport aux objectifs du millénaire pour le développement.
  • Nous avons inversé la tendance à la baisse et la performance économique de l’Afrique repart à la hausse. Nous sommes maintenant sur la voie d’une croissance de qualité, durable. La Banque et le FMI – institutions solides comprenant des experts dévoués – sont les vecteurs de cette croissance.

Je mettrai aujourd’hui l’accent sur trois aspects concernant le FAD-13 : il sera innovant ; il sera ciblé ; et il sera stratégique. Il proposera de nouveaux instruments et de nouvelles idées en réponse à ce que les plénipotentiaires et les PMR nous demandent de faire. Je vais aussi évoquer deux scénarios de reconstitution réalistes.

La bonne nouvelle, c’est qu’aujourd’hui les pays africains prennent de plus en plus en main le développement de l’Afrique. Je suis très encouragé de constater que le nombre de pays membres régionaux donateurs du FAD augmente, avec l’arrivée de la Libye et de l’Angola comme nouveaux donateurs, venant rejoindre l’Afrique du Sud et l’Égypte.

A.  Innovant

Je voudrais commencer par les financements innovants et la réforme du système d’allocation. Jusqu’à présent, tous les pays exclusivement FAD étaient soumis aux mêmes conditions de prêt. Désormais, trois modalités distinctes s’appliqueront aux différents clients du FAD :

  • pays exclusivement FAD ordinaires, conditions les plus concessionnelles ;
  • pays exclusivement FAD avancés, conditions légèrement moins concessionnelles ; et
  • pays à financement mixte/atypiques/en voie de reclassement, conditions les moins concessionnelles.

Nous avons conçu la structure de la sorte, de manière à fournir les ressources les plus concessionnelles là où le besoin se fait le plus sentir, tout en préservant la viabilité financière à long terme du FAD.
Nouveaux instruments

Avec le FAD-13, nous lançons deux nouveaux instruments innovants pour l’ensemble des clients du FAD. Ils permettront de tirer parti des rares ressources du Fonds pour attirer des sources de financement commerciales.

Le premier est la Garantie partielle de crédit (GPC). Vous vous rappellerez que nous avons accepté d’introduire les GPC dans le FAD-13 à titre pilote. Elles sont destinées à relever les défis auxquels sont confrontés les pays FAD performants, qui présentent un risque de surendettement faible ou modéré dans leur quête de mobilisation des financements commerciaux internes et externes. La Banque est prête à les accompagner dans ce processus de transition. Ce produit servira en partie à garantir les obligations de service de la dette des pays éligibles et à s’assurer qu’il n’y a pas d’accumulation imprudente de la dette. Cela devrait créer les conditions idoines pour attirer davantage d’IDE vers l’Afrique et aider à déployer plus efficacement les ressources de la Banque dans tous les PMR.
Le second instrument est la Facilité de rehaussement de crédit du secteur privé (FSP), pour laquelle nous sollicitons 165 millions d’UC. Grâce à la FSP, la Banque devrait pouvoir quadrupler ses prêts dans les pays FAD et avoir ainsi plus d’impact sur le développement qu’auparavant. L’importance de la FSP réside dans la priorité accordée au secteur privé, qui sera le véritable moteur de développement pour les pays FAD.

Réforme du système d’allocation

Pour ce qui est de la réforme du système d’allocation, un accord n’a pas encore été trouvé sur ce volet de nos discussions et il importe d’y parvenir lors de cette réunion. Nous devons impérativement adapter le système d’allocation fondée sur la performance afin de soutenir davantage les priorités de nos clients.

La performance reste le principal facteur déterminant de l’allocation des ressources, mais nous devons veiller à la cohérence entre notre système d’allocation et notre orientation stratégique. À cet égard, il est impérieux d’aligner nos instruments et la performance du FAD sur la stratégie de la Banque pour 2013-2022.

Nous mesurons pleinement la préoccupation des plénipotentiaires et souscrivons à la nécessité d’éviter d’apporter des bouleversements ou des distorsions aux allocations pays. Notre analyse montre que les changements proposés auront un effet de redistribution limité, mais suffisant pour avoir une incidence favorable (environ 100 millions d’unités de compte pour l’ensemble du cycle). Mais le principe est très important pour nous. Il s’agit d’aligner le système sur notre mission et d’affecter nos ressources là où elles sont de nature à produire le plus d’impact.

Si l’affinement de l’AFP ne devrait pas provoquer de grands changements dans la répartition, nous en attendons en revanche des gains importants pour le dialogue sur les politiques à mener.

Concernant la performance, le groupe E est une nouvelle partie de l’EPIP destinée à analyser les politiques et les institutions qui permettent le développement des infrastructures et favorisent l’intégration régionale. Ce sont des domaines qui n’ont pas été évalués correctement par le passé, alors que nous y consacrons beaucoup de notre argent, de notre temps et de nos efforts. L’évaluation du groupe E va permettre à la Banque d’approfondir le dialogue avec les clients sur ces enjeux. L’EPIP étant un exercice annuel et intensif, nous devrions en faire le meilleur usage, notamment pour le dialogue sur les politiques avec nos clients. L’infrastructure immatérielle pourrait être mieux développée et le groupe E va nous fournir des analyses factuelles permettant d’engager avec les PMR un dialogue franc, approfondi et fondé sur des données probantes.

Du côté des besoins, nous voulons nous pencher sur le déficit d’infrastructure et l’accessibilité limitée dans chaque pays, ce que fait l’AIDI.

Nous sommes pleinement conscients du souci des plénipotentiaires de garder la simplicité du système et de ne pas trop le compliquer, et nous reconnaissons que ces préoccupations sont tout à fait légitimes. L’AIDI rend compte du déficit d’infrastructure dans chaque pays et les PMR sont entièrement acquis à la nécessité d’obtenir de ces informations.

B.  Ciblé

Je voudrais à présent aborder mon deuxième thème majeur d’aujourd’hui – être ciblé. Je pense que nous convenons tous de l’utilité de concentrer nos efforts dans les domaines que les donateurs considèrent comme importants pour le développement de l’Afrique et où le continent a le plus besoin de fournir des efforts : les États fragiles, le genre et la gouvernance.

1.  États fragiles

En ce qui concerne les États fragiles, le Fonds entend désormais mettre l’accent sur les pays qui ont le plus besoin d’aide, tandis que ceux qui peuvent faire davantage pour eux-mêmes seront encouragés à le faire. Nous affinons notre approche d’engagement dans les États fragiles afin de nous attaquer aux causes profondes de la fragilité, et non pas seulement traiter les symptômes. À cet effet, nos instruments et procédures doivent être souples et aptes à faire face à différentes situations afin que nous puissions faire plus et plus rapidement sans rien perdre de l’efficacité opérationnelle et de l’impact sur le développement.

Cette catégorie regroupera plus de pays que par le passé, puisque nous constatons une augmentation du nombre de pays et de sous-régions en proie à des conflits en Afrique. Notre stratégie d’intervention et d’assistance aux pays s’appuiera sur une meilleure compréhension de l’économie politique sur le terrain et des facteurs de conflit. Nous prendrons en compte la dimension régionale des États fragiles et accorderons plus d’attention aux partenariats et à la coordination entre bailleurs de fonds dans les États fragiles dans le cadre du New Deal pour la consolidation de la paix et le renforcement de l’État. Tandis que nous explorons les voies et moyens d’adapter nos règles et procédures de manière à répondre mieux et plus rapidement aux besoins des États fragiles, le Panel de haut niveau se penche parallèlement sur ces enjeux et d’autres qui leur sont apparentés.

2.  Genre

En deuxième lieu, j’ai le plaisir de vous annoncer que nous enregistrons des avancées rapides dans notre engagement de mieux prendre en compte la problématique du genre. La nouvelle Stratégie pour le genre, portant sur la période de 2013 à 2017, a été présentée au Conseil d’administration, qui l’a examinée cette semaine.

L’envoyée spéciale sur le genre est à pied d’œuvre pour asseoir l’orientation stratégique de la Banque sur les activités liées au genre et le renforcement des capacités internes, le dialogue sur les politiques à mener et le plaidoyer auprès des pays membres régionaux. Elle vous en dira plus long demain.
Le nouveau cadre de mesure des résultats reflète la priorité accrue que la Banque accorde aux questions de genre. Il comporte plusieurs indicateurs et traduit l’engagement de désagréger autant que possible les résultats par genre. Cela permettra d’assurer un meilleur suivi et de rendre compte de l’impact de nos programmes et projets sur les femmes et les filles.

3.  Gouvernance

Troisièmement, la Banque demeure convaincue que la gouvernance et la responsabilisation favorisent une croissance inclusive. Par conséquent, le FAD-13 va s’appuyer sur les résultats obtenus lors du FAD-12 pour renforcer les systèmes publics de base, les dispositifs de gestion des finances publiques et un environnement porteur pour les affaires.

Le FAD entend également, dans ses opérations, porter plus d’intérêt au dialogue sur les politiques et au plaidoyer, à la gouvernance de l’infrastructure, à la gestion des ressources naturelles et à la mobilisation des ressources intérieures. Nous allons améliorer nos prestations dans ces domaines d’intervention conformément au Cadre de gouvernance et au Plan d’action II pour la gouvernance.

C.  Stratégique

1.  Cadre de mesure des résultats

L’orientation stratégique est le troisième grand thème d’aujourd’hui. Le cadre de mesure des résultats pour 2013-2016 illustre la volonté de la Banque de produire des résultats à tous les niveaux d’intervention et ce, en portant un intérêt particulier au rapport coût-efficacité et à la valeur ajoutée. Le CMR est ciblé et aligné sur la stratégie décennale du Groupe de la Banque. En outre, il reflète mieux l’impact de la Banque sur le développement, en faisant clairement le lien entre les produits (niveau 2) et les effets (niveau 1). Il fixe des cibles ambitieuses pour la performance opérationnelle (niveau 3) et l’efficacité organisationnelle (niveau 4).

Ces enjeux s’inscrivent dans un large éventail d’initiatives prises par la Direction en vue renforcer l’efficacité organisationnelle. La Direction se félicite du rôle constructif des plénipotentiaires du FAD qui invitent la Banque à gagner en efficacité institutionnelle et à poursuivre une culture de résultats qui donne plus d’autonomie au personnel et favorise l’innovation.

2.  Initiatives et la Stratégie décennale

D’autres réformes et initiatives en cours visent à améliorer la sensibilité aux besoins des clients (grâce notamment à la décentralisation et à la délégation de pouvoirs), afin de fournir des prestations de services efficientes et efficaces, et de créer des conditions de travail propices à la productivité optimale du personnel.

Avec McKinsey, nous nous employons à donner plus d’ampleur aux domaines clés qui requièrent davantage d’attention pour fournir des services plus rapides et efficients à nos clients, internes comme externes. Cela est essentiel pour concrétiser harmonieusement nos deux grandes priorités – le retour à Abidjan et la décentralisation accrue.

Notre approche d’« une seule Banque » signifie que nous ne faisons plus de distinction entre la stratégie du FAD et la stratégie de la Banque. Le FAD-13 coïncidera avec les trois premières années de mise en application de la Stratégie de la Banque pour la période 2013-2022. La stratégie concentre nos efforts sur certains des besoins de l’Afrique et nous commençons à voir un impact réel. L’histoire de l’Afrique est en train de changer et nous faisons partie intégrante de ce changement. Nombreuses sont les personnes à féliciter pour ces bons résultats.

Toutefois, il reste encore beaucoup à faire et de nombreux besoins auxquels le FAD doit répondre. Autant dire que le FAD demeure encore une nécessité pour l’Afrique. Pour que nos efforts puissent porter des fruits le plus loin possible, nous devons mettre l’accent sur notre avantage comparatif. Nous possédons de l’expertise dans certains domaines. C’est là que la Stratégie décennale pour 2013-2022 concentre nos efforts.

D.  Scénarios de reconstitution

Avant de conclure, permettez-moi de dire un mot sur les scénarios de reconstitution.

Nous mesurons la situation budgétaire difficile que traversent nombre de pays donateurs ainsi que les différents défis en jeu : ralentissement économique dans les pays industrialisés ; contraintes financières internes ; mutation de l’aide multilatérale vers l’aide bilatérale ; et évolution du paradigme de l’APD. Autrement dit, les ressources disponibles s’amenuisent, raison pour laquelle nous écartons les deux scénarios les plus ambitieux. Nous avons plutôt gardé le scénario auparavant considéré comme faible et avons ajouté un autre, encore plus faible :

  • Le scénario 1 repose sur une variation nominale nulle de la contribution des donateurs en unité de compte ;
  • Le scénario 2 repose sur une variation réelle nulle de la contribution des donateurs en unité de compte, ce qui revient à une hausse de 7 % en tenant compte de l’inflation.
  • Les deux scénarios prévoient pour le FAD-13 des ressources d’un montant total inférieur au niveau du FAD-12 : de 18 % dans le scénario 1 et de 12 % dans le scénario 2. Même si nous pourrons intégrer d’autres types de ressources dans la présentation finale (comme le solde du pilier 2 de la Facilité en faveur des États fragiles ou les montants dégagés par les projets annulés), les ressources annuelles disponibles pour les pays vont diminuer. C’est pourquoi, et je crois que tout le monde en convient ici, il importe de préserver les acquis réalisés en Afrique et de ne pas régresser. Nul d’entre nous ne veut voir s’écrouler le moindre pan du mur que nous avons laborieusement bâti ensemble. Au minimum, pour maintenir notre situation actuelle, nous préconisons le scénario 2. Dans ce scénario, nous pourrons ensemble fournir un concours essentiel à près de 57 millions de personnes :
  • raccorder 20,8 millions de personnes à l’électricité ;
  • permettre à 19,7 millions de personnes d’avoir accès aux marchés et aux services grâce à une meilleure infrastructure de transport ;
  • faciliter à 7,9 millions de personnes l’accès à l’eau et à l’assainissement ;
  • donner à 3 millions de personnes un meilleur accès à l’éducation ; et
  • accroître la productivité agricole et la sécurité alimentaire de 7 millions de personnes.

Et si les donateurs nous donnent plus, nous pourrons faire plus. Vous avez bien entendu la latitude, et vous y êtes encouragés, de donner plus que ce que prévoient ces scénarios. Par exemple, avec un milliard d’unités de compte de plus que le scénario 2, nous pourrions aider 4,7 millions de personnes à avoir accès à l’électricité, faciliter le transport à 4,5 millions de personnes et améliorer l’accès à l’eau à 1,8 million de personnes. Ce ne sont là, évidemment, que quelques exemples et nous serons en mesure de faire davantage.

Dans ses analyses et calculs, la Banque a fait montre de pragmatisme et de réalisme, sans renoncer à ses ambitions pour le continent. Nous comptons désormais sur les plénipotentiaires pour atteindre cet objectif pragmatique et réaliste du scénario 2, d’autant plus qu’il y a davantage de pays africains que par le passé qui contribuent : la Libye et l’Angola se sont engagés, et Maurice pourrait éventuellement intervenir. Il doit être clair pour tout un chacun que l’Afrique prend de plus en plus en main son propre développement.

C’est également le lieu de saluer la participation de nouveaux donateurs : la Turquie, le Luxembourg et l’Australie nous apportent constamment leur soutien et je tiens à les en remercier. Il serait fortement avantageux pour l’Afrique s’ils se joignaient officiellement à nous durant ce cycle du FAD 13.

Conclusion

Mesdames, Messieurs, le FAD-13 offre aux pays membres non régionaux la possibilité d’investir dans leur propre avenir en raison de ce que l’Afrique est appelée à devenir. Lorsque certaines personnes qui ne sont pas réellement au fait de la situation regardent l’Afrique aujourd’hui, elles voient le déficit d’infrastructures, des États fragiles, la mauvaise gouvernance à maints endroits et une pléthore d’autres éléments négatifs. Mais les gens présents dans cette salle sont experts sur l’Afrique et, ensemble, nous avons une vision différente. Nous voyons ce que l’Afrique est en passe de devenir : un pôle de croissance pour le système économique mondial, un partenaire commercial, un centre de production relié aux chaînes de valeur mondiales et un marché encore largement inexploité de consommateurs pour les pays industrialisés.

C’est cette foi dans l’avenir que nous finançons aujourd’hui. Comme je l’ai fait observer lors d’une réunion précédente, notre objectif doit être de maintenir l’élan de l’Afrique pendant ces années cruciales. Durant la treizième reconstitution, vous avez posé une question tout à fait légitime, celle de savoir pourquoi le Fonds devrait recevoir la priorité à un moment de choix budgétaires difficiles. La réponse est simple, mais aussi pertinente : l’Afrique nous connaît et nous fait confiance. Travailler avec nous, c’est le moyen le plus efficace d’assurer le développement du continent.

Je vous remercie.