CEA 2013 - Interview avec Charles Leyeka Lufumpa, directeur du Département des Statistiques de la BAD

31/10/2013
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Les progrès des statistiques  contribueront à la transformation de l’Afrique. Quel bilan faites-vous de ce secteur dans le contexte de l’intégration régionale du continent ?

Le programme d’intégration de l’Afrique porte sur trois grands domaines, à savoir l’intégration politique, l’intégration économique, l’intégration sociale et culturelle. Pour porter pleinement ses fruits, il nécessite des informations statistiques de qualité, mais aussi des données harmonisées et comparables dans le temps et l’espace. La Banque, qui travaille avec la Commission de l’Union africaine (CUA) et la Commission économique des Nations Unies pour l’Afrique (CEA), a été la cheville ouvrière de l’élaboration de la Stratégie pour l’harmonisation des statistiques en Afrique (SHaSA), adoptée par les chefs d’État et de gouvernement de l’Union africaine en 2011, pour renseigner le programme d’intégration régionale.

On me demande parfois pourquoi les statistiques jouent un rôle aussi important. Eh bien, les utilisateurs les plus divers des secteurs public et privé ont besoin de données sur des sujets comme le développement des infrastructures, le commerce, l’intégration financière, les performances et la gestion macro-économiques, le changement climatique, le développement rural et la sécurité alimentaire. Les décideurs politiques, aux niveaux national, sous-régional et régional, dépendent de plus en plus de recherches adéquatement documentées. Et cela exige des statistiques fiables, à jour et harmonisées, que la Banque fournit via son Portail de données, au profit de tous ses pays membres régionaux et ses partenaires au développement. A ce titre, la Banque constitue un pôle régional qui favorise une approche standardisée du développement statistique à travers le continent.

On a également besoin de données concernant des aspects moins quantifiables tels que l’engagement politique et financier en faveur de l’intégration régionale, notamment par la suppression des obstacles au commerce intra-africain, mais aussi tels que l’amélioration du climat des affaires et de la compétitivité. La Banque cherche à fournir également des informations sur ces domaines pour soutenir l’intégration régionale.

En somme, les statistiques sont essentielles pour renseigner le programme d’intégration continentale, pour identifier les problèmes, pour élaborer les politiques d’intégration et les stratégies nécessaires pour relever les défis, ainsi que pour contrôler la mise en œuvre des politiques et des stratégies.

Dans quelle mesure diriez-vous que les statistiques ont permis d’actualiser la vision de l’intégration régionale de la Banque ?

Dans le cadre de ses efforts pour faire avancer son programme d’intégration régionale, la Banque a mis en place une base de données d’indicateurs d’intégration régionale. Cette base de données fournit des informations statistiques sur le niveau d’engagement politique et financier de chaque pays africain et des communautés économiques régionales (CER), sur les performances et la gestion macro-économiques, la croissance et les principaux moteurs de croissance, l’intégration financière, le commerce, le climat des affaires, la compétitivité, le développement des infrastructures, etc.

La stratégie d’intégration régionale de la Banque met l’accent sur le développement des infrastructures, en particulier sur les transports (amélioration des liaisons ferroviaires, des routes régionales, par exemple), sur les TIC (accès à la connectivité Internet haute vitesse dans les foyers et les entreprises), mais aussi sur les infrastructures immatérielles (développement des postes frontières uniques, zones de libre-échange, assouplissement des tarifs et des contrôles de visas, par exemple), pour permettre d’encourager l’intégration régionale en facilitant la circulation des personnes, des biens et des services entre pays africains.

L’information fournie sur le portail des statistiques sur l’intégration régionale et le commerce, qui fait partie de l’Autoroute de l’information en Afrique de la Banque, oriente le processus de suivi du programme d’intégration régionale. Les données disponibles ont, par exemple, révélé que le commerce entre les pays africains augmente en volume et en proportion, quoique bien plus lentement que ce que l’on souhaiterait. D’après les informations disponibles, même si la part du commerce intra-africain des biens et des services reste faible, elle a augmenté, passant d’environ 8,5 % (30,6 milliards de dollars EU) en 2000 à 10,5 % (153 milliards de dollars EU) en 2012.

La Banque continue d’aider les CER à renforcer leurs capacités à harmoniser et standardiser les méthodologies et à mettre en place des bases de données de statistiques sur l’intégration régionale conformes aux normes internationales. Cela comprend un soutien aux centres régionaux de formation en statistiques pour renforcer les compétences des jeunes statisticiens.

A travers son Programme de connaissance des infrastructures en Afrique (AIKP), la Banque cherche à améliorer de façon significative les connaissances sur l’état des infrastructures en Afrique, ses performances et les besoins en investissements. Un certain nombre de rapports et d’études clés ont été réalisés, notamment une « Approche intégrée de la mise à disposition d’infrastructures en Afrique », un « État des infrastructures en Afrique de l’Est », ainsi que des profils statistiques de l’intégration régionale pour certaines CER. Tous ces produits de savoir ont permis d’actualiser la vision de la Banque sur l’intégration régionale.

Quels projets de statistiques particuliers ont été prioritaires dans les activités de la Banque en matière d’intégration régionale ?

Comme je l’ai déjà mentionné, la Banque a élaboré, en collaboration avec la CUA et la CEA, la Stratégie pour l’harmonisation des statistiques en Afrique (SHaSA). Cette stratégie identifie les besoins en données pour appuyer le programme d’intégration, ainsi que les processus de transformation nécessaires pour produire ces données.

Dans le cadre de l’exécution de la Stratégie, je citerai quelques initiatives que la Banque met actuellement en place à travers son programme continu de renforcement des capacités statistiques. Premièrement, la Banque soutient l’établissement des Indices des prix à la consommation harmonisés (IPCH) dans les CER. Les IPCH sont destinés à mesurer la stabilité des prix à l’échelon régional, la convergence macro-économique et les niveaux d’inflation dans les CER participantes. Nous produisons actuellement des IPCH, tous les mois, pour les pays de la SADC et du COMESA, et des travaux sont en cours pour générer des données similaires pour les pays membres de la CEDEAO, de l’UMA et de la CAE.

L’Autoroute de l’information en Afrique, lancée par la Banque en novembre 2012, a établi des liens de données automatiques en ligne entres les 54 pays africains et 16 organisations sous-régionales et régionales. L’objectif principal de cette autoroute est d’accroître sensiblement l’accès du public aux statistiques officielles et à d’autres statistiques en Afrique, tout en aidant les pays africains à améliorer la qualité, la gestion et la diffusion des données. L’utilisation de normes communes améliore la comparabilité des données à travers l’Afrique et favorise ainsi la réalisation du programme d’intégration continentale. La Banque joue par ailleurs un rôle de premier plan dans la coordination du Programme de comparaison internationale (PCI) pour l’Afrique, qui vise à établir des données comparables à l’échelle mondiale sur les prix et les dépenses, ainsi que des estimations de la parité de pouvoir d’achat (PPA) pour faciliter les comparaisons de niveaux de prix entre pays, les produits intérieurs bruts (PIB) et des agrégats économiques en valeur réelle, ainsi que des distorsions liées aux prix et aux taux de change.

L’Initiative des marchés financiers africains (IMFA), lancée par la Banque en 2008, vise à favoriser l’intégration financière dans toute l’Afrique en soutenant la création de marchés obligataires en monnaie locale. La base de données de l’IMFA – qui fait partie de l’Autoroute de l’information en Afrique de la Banque – fournit des informations à jour sur les marchés obligataires africains en monnaie locale.

Ce ne sont là que quelques-unes des contributions du Département des Statistiques de la Banque à une approche harmonisée de collecte, de gestion et de diffusion de l’information à travers le continent.