La BAD et le prix Nobel Muhammad Yunus renforcent leur coopération pour booster l’entreprenariat social en Afrique

14/05/2014
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« En un an, nous avons parcouru un long chemin et la Tunisie est en train de prendre des mesures concrètes dans l’adoption du “social business”. Elle sera bientôt un modèle pour les pays africains et j’en suis très heureux », a déclaré le professeur Muhammad Yunus, prix Nobel de la paix 2006, pionnier du micro-crédit et co-fondateur du Yunus Social Business (YSB), lors de sa visite en Tunisie, les 9 et 10 mai 2014. Ce fut de nouveau pour lui l’occasion de rencontrer les représentants de la Banque africaine de développement (BAD) pour faire le point sur les réalisations accomplies en Afrique à la suite de sa participation à la Conférence nationale de 2013 et du lancement conjoint, par la BAD et l’YSB, du Mouvement holistique de social business (MHSB).

« Aujourd’hui, le programme MHSB est bien avancé en Tunisie et démontre l’intérêt que peut susciter l’entreprenariat social dans le pays » a souligné Aly Abou-Sabaa, vice-président en charge de l’agriculture, de l’eau, du développement humain, de la gouvernance et des ressources naturelles à la BAD. Dans le cadre de ce programme, un comité de pilotage, composé de représentants du gouvernement, du secteur privé, de la société civile et de prestataires de services a déjà  été mis en place, et un incubateur d’entreprises créé, avec le lancement du premier accélérateur de Social Business en Tunisie, appelé « iBDA » (« Démarre », en arabe).

Dans la foulée de l’appel à projets d’iBDA, lancé le 25 mars 2014, ce sont plus de 2 300 candidatures qui ont été reçues, en provenance de plusieurs régions de Tunisie L’initiative vise à offrir aux entrepreneurs sociaux potentiels l’opportunité de bénéficier d'une formation accélérée de 2 mois, suivie d'un financement de 100 000 à 600 000 DT par projet, outre un coaching personnalisé pour les finalistes.

Sur la base de critères tels que l'impact social du projet, la solidité du business plan, la possibilité de reproduire le projet et la capacité de l'entrepreneur, 42 candidats ont été retenus et invités à passer un entretien. A l’issue de, les 11 entrepreneurs les plus prometteurs ont été sélectionnés pour suivre, à partir du 5 mai 2014, leur programme de formation et de coaching.

Lors de sa visite en Tunisie, Muhammad Yunus n’a pas manqué de rencontrer ces futurs entrepreneurs sociaux, parmi lesquels le Groupement des potières de Sejnène, qui valorise l’artisanat des femmes de cette région rurale et leur facilite l’accès aux circuits de commercialisation, ou encore le projet Dar Allema, qui soutient les personnes âgées marginalisées.

« La transition sociale en Tunisie est le moment opportun pour ouvrir la voie à la créativité, devenir acteur au sein de sa communauté et bâtir un pays sur de nouvelles bases », a précisé Muhammad Yunus.

Le prix Nobel a également rencontré des représentants du gouvernement tunisien, dont Taoufik Jelassi, ministre de l’Enseignement supérieur, de la Recherche scientifique, des Technologies de l’information et de la communication, ainsi que des chefs d’entreprises, pour les sensibiliser à ce nouveau modèle de développement de l’entreprenariat basé sur la création d’emplois et mieux le promouvoir.

« Une année plus tard, c’est un mouvement endogène qui s’est développé en Tunisie. Et nous avons aujourd’hui la preuve que ce modèle peut être une alternative, voire un modèle de développement différent, ancré dans la dynamique de la société civile et du secteur privé à but non lucratif » a tenu à souligner Agnès Soucat, directrice du Département du développement humain à la BAD. « L’une des priorités de la Banque est de favoriser l’entreprenariat qui privilégiée l'emploi des jeunes, le développement régional et l'amélioration des services sociaux. Nous avons déjà entamé des projets en faveur de la création d’emplois, comme Souk At-tanmia, et sommes prêts à investir davantage dans le mouvement de l'entrepreneuriat social en Afrique » a-t-elle ajouté.

Dans la stratégie décennale de la Banque africaine de développement pour 2013-2022, ainsi que dans sa stratégie du capital humain (en phase d’élaboration finale), l'entreprise sociale est présentée comme une nouvelle approche à même de promouvoir la création d’emplois, le développement du secteur privé, l'innovation sociale et la croissance inclusive. Le programme pilote, qui a été lancé en Tunisie et en Ouganda, sera étendu au Togo grâce à des financements en cours d’étude.

Le Yunus Social Business en bref

Cofondé et présidé par Muhammad Yunus, lauréat du prix Nobel de la paix 2006, le centre YSB intervient le plus souvent via des incubateurs, qui recherchent, sélectionnent et accompagnent des entreprises de “social business” et des fonds d’investissement pour les financer (sous la forme de prêts et de capitaux propres), après un processus de sélection dûment approfondi. YSB offre également des prestations de conseil aux entreprises, aux ONG, aux fondations et aux gouvernements. Aujourd'hui, le YSB est implanté en Albanie, au Brésil, en Colombie, en Haïti, en Inde, en Ouganda et en Tunisie, tout en accompagnant également des projets dans d'autres pays.

La BAD au service de l’entreprenariat en Tunisie

Outre l’initiative IDBA, la BAD soutient d'autres actions destinées à développer l’entreprenariat en Tunisie, à l’instar de Souk At-tanmia. Lancé en juillet 2012, ce programme, basé sur le principe du partenariat, entend encourager la création d’entreprises, en offrant un soutien intégré, qui combine financement (sous forme de dons) et services d’accompagnement. Après une phase pilote en 2012-2013 qui fut couronnée de succès et qui a permis de financer 61 projets, pôur la plupart porté par des personnes issues de miluex défavorisés, une 2e édition a été lancée le 30 avril 2014. L’appel à proposition est d’ailleurs ouvert jusqu’au 30 juin 2014. Pour de plus amples informations : www.soukattanmia.org ou la page Facebook dédiée à l’initiative.

Avec Souk At-tanmia et Ibda, la Banque met à profit les synergies existant entre ces deux programmes, au bénéfice de l’emploi et des Tunisiens.