La BAD approuve un prêt de 800 millions de dollars au Maroc pour faire progresser ses ambitions éoliennes et solaires

03/09/2012
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Durant le premier semestre de 2012, la Banque africaine de développement (BAD) a démontré son engagement vis-à-vis de la promotion des énergies renouvelables en Afrique en approuvant un prêt de 800 millions de dollars  pour encourager les investissements privés dans les marchés éoliens et solaires en pleine expansion au Maroc. Grâce au soutien technique et financier apporté par la Banque pour la mise en œuvre du plan mis en place par le Maroc en vue de développer une centrale à énergie solaire concentrée (ESC) à Ouarzazate et à son programme de développement intégré des énergies éoliennes et solaires et d’électrification rurale, le Maroc pourra atteindre son objectif d'augmentation de sa capacité installée d'énergie renouvelable de 42% d’ici 2020 pour ainsi devenir un chef de file dans l'industrie des énergies renouvelables.

« Le Maroc est devenu l'un des pionniers du développement des énergies renouvelables à grande échelle, et nous sommes fiers de soutenir cet essor. Les enseignements tirés de ces projets vont éclairer les efforts réalisés à l'avenir dans ce pays, dans la région et dans le monde entier », a déclaré Hela Cheikhrouhou, Directrice du Département Energie, Environnement et Changement Climatique au sein de la BAD.

« Miser sur le soleil »

En mai 2012, la BAD a approuvé un prêt de 168 millions d’euros provenant de ses ressources propres et un prêt concessionnel de 100 millions de dollars issu du Fonds pour les Technologies Propres (FTP), un Fonds d'investissement climatique (FIC), en vue de financer la première phase d'une centrale solaire concentrée à Ouarzazate. Celle-ci vise à produire 120 à 160 MW d’énergie dans sa première phase et 500 MW à pleine capacité, ce qui fera d’elle la plus grande centrale d’énergie solaire concentrée (ESC) dans le monde. Le projet est structuré sous la forme d’un partenariat public-privé (PPP) conclu entre l'Agence marocaine de l'énergie solaire (MASEN) et un partenaire privé. D’un coût total estimé à 1,04 milliards d’euros, le projet sera financé conjointement par six autres organismes, dont la Banque Mondiale, la Banque Européenne d'Investissement, l'Agence Française de Développement, la Banque Allemande de Développement (KfW), la Facilité d'Investissement pour le Voisinage (Commission Européenne), ainsi que d'autres institutions marocaines.

La centrale de Ouarzazate est le premier projet à être mis en œuvre au titre du programme ambitieux de renforcement en ESC à l’échelle de l'Afrique du Nord et du Moyen-Orient (MENA) qui vise à déployer une capacité de production d’environ 1 GW à travers une série de centrales à énergie solaire concentrée et d'infrastructures de transmission associées s'étendant à travers le Maroc, l'Algérie, la Tunisie, l'Egypte et la Jordanie. Les objectifs de ce projet sont l’accès local à l'énergie, la croissance économique et l'intégration régionale ainsi que d’éventuelles exportations vers l'Europe.

Investir dans le vent

Un mois plus tard, en juin 2012, la Banque a donné son approbation pour le plus grand projet à ce jour pour l’année 2012 avec un prêt de 359 millions d’euros provenant de ses ressources propres et un prêt de 125 millions de dollars en faveur du programme marocain du développement intégré des énergies éoliennes et solaires et d’électrification rurale. Le programme vise à accroître la capacité d'énergie éolienne de 1070 MW et à étendre l'électrification rurale à 79 436 ménages dans les 24 districts les plus isolés et les plus vulnérables du Maroc. Il est mis en œuvre par l'utilité publique du Maroc, l’Office National de l'Électricité (ONE), pour un coût total de 2,16 milliards de dollars.

La composante éolienne / hydroélectrique du projet est conçue pour maximiser la production d'énergie éolienne, utiliser l'énergie éolienne excédentaire pour stocker l'eau aux fins de la production ultérieure d'hydroélectricité, et s’approvisionner en eau pour produire de l'hydroélectricité pendant la saison sèche. Le projet appuiera également de nouvelles infrastructures de transport et de stockage de l'eau. L'achèvement est prévu pour 2017.

Pour des énergies renouvelables viables

Alors que ces projets disposent d’un réel potentiel, la mise en œuvre des technologies éoliennes en ESC s’avère très coûteuse. Même après ajustement pour tenir compte des coûts du carburant, d'exploitation et de maintenance, il apparaît qu’une centrale classique alimentée au charbon coûte moins cher, présente moins de risques commerciaux et moins de risques liés à la performance et aux incertitudes.

L'Agence Internationale de l'Energie souligne que « ce n'est que grâce à l’apprentissage de la technologie suite au déploiement sur le marché que ces coûts sont réduits et que le produit est adapté au marché. » Le financement concessionnel aidera à réduire ces coûts supplémentaires et à établir des critères de coût et de performance pour un déploiement plus large des technologies par des prestataires publics et privés au Maroc et dans la région MENA.

« Si un projet est éligible à un financement concessionnel, que ce soit des subventions ou des prêts, cela implique un soutien politique. Ceci inciterait tous les acteurs à s’impliquer dans le projet et renforcerait la confiance des uns et des autres  quant à son succès », a déclaré Richard Claudet du Département du Secteur Privé de la BAD lors d'un atelier co-organisé par la BAD et la Banque Mondiale le 28 juin dernier sur les enseignements tirés en matière d’initiative de renforcement de l’ESC dans la région MENA.

Mme. Cheikhrouhou ajoute : « Le financement à l’instar du Fonds pour les Technologies Propres, qui comporte une composante importante assimilable à des subventions, rend la viabilité économique et financière des projets plus proche de la réalité. Ainsi le projet devient plus viable et les subventions étatiques moins nécessaires. »
Sans les fonds fournis par la BAD et le FTP, la capacité financière de l’ONE à lancer le programme d'énergie éolienne serait gravement compromise et le programme pourrait être retardé ; sa portée pourrait même en être réduite. L’équilibre financier de l’ONE pâtirait d’un coût plus élevé de l'énergie éolienne et des infrastructures associées, par rapport au coût moyen de l'énergie produite par l'ONE à partir des sources conventionnelles.

Structurer la centrale à énergie solaire concentrée de Ouarzazate en tant que producteur indépendant d'électricité est aussi bénéfique du point de vue coût. Une gamme de financements privés et publics peuvent être envisagés et la construction et l'exploitation des installations peuvent être optimisées par des considérations de retour. Cependant, un producteur indépendant nécessite des contrats robustes et fiables, en particulier l'accord d'achat d'électricité.

La stabilité de l’environnement politique et réglementaire au Maroc, ainsi que l'expérience en cours chez les producteurs indépendants, contribuent à renforcer la confiance des investisseurs.

Les initiatives prises par le Maroc dans le domaine des énergies solaires et éoliennes représentent des exemples concrets des possibilités de croissance verte en Afrique. S'exprimant lors de la Conférence des Nations Unies sur le développement durable (Rio+20), Mme. Cheikhrouhou a expliqué : « La croissance verte, c’est trouver la voie pour réaliser ses propres ambitions en termes de développement social et économique d'une manière respectueuse de l'environnement, non seulement en étant un agent du développement mondial, mais aussi en laissant aux générations futures des économies plus robustes et plus aptes à créer des emplois et à résister aux risques climatiques et aux catastrophes. »