La BAD à 50 ans : Ouvrir la voie à la transformation économique et sociale de l’Afrique

12/05/2014
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Le 22 avril dernier, la Banque africaine de développement (BAD) a lancé à Tunis les festivités qu’elle organise dans le cadre des célébrations de son jubilé d’or par une cérémonie haute en couleur sur le fond du sobre souvenir de sa longue marche vers le développement et des défis que l’Afrique aura à relever.

M. Donald Kaberuka, président de la BAD, a rendu hommage aux pères fondateurs de cette institution et au dur travail des pionniers qui ont présidé à son démarrage. Il a réaffirmé la nécessité pour la Banque de continuer à se montrer dynamique et innovante dans son soutien aux objectifs de développement de l’Afrique.

Se faisant l’écho des propos de M. Kaberuka, le président du Conseil des gouverneurs de la Banque et ministre rwandais des Finances, M. Claver Gatete, a fait état de l’évolution remarquable de cette institution, qui est devenue la première organisation de financement du développement en Afrique et le premier centre de connaissance sur les questions du développement continental. M. Gatete a dit s’attendre à voir la Banque faire encore mieux, ces prochaines années, dans les domaines de la connaissance.

Pour revenir sur le passé, rappelons que le 4 novembre 2014 marquera le cinquantenaire de la réunion inaugurale du Conseil des gouverneurs de la Banque, tenue du 4 au 7 novembre 1964 à Lagos, l’ancienne capitale du Nigéria.

La Banque n’a lancé ses opérations qu’en juillet 1966, après avoir inauguré son siège l’année précédente à Abidjan, en Côte d’Ivoire. Khartoum figure également en bonne place dans les annales de la Banque, car ce fut dans la capitale soudanaise que 23 pays africains nouvellement indépendants ont signé, le 4 août 1964, l’accord établissant la Banque.

La BAD, fille de la nécessité, est issue de l’Afrique tumultueuse des années 1960. Pendant ces années, ce qui est aujourd’hui la République démocratique du Congo, un pays symbolisant le cœur de l’Afrique, était déchiré par des conflits. En Afrique de l’Ouest, la partie ouest du Nigéria était le théâtre d’une crise grave, qui allait entraîner une guerre civile. Le Soudan s’efforçait de réprimer sa révolution d’octobre 1964, tandis que l’Afrique du Sud était absorbée dans une campagne mondiale contre l’apartheid. Des mouvements de libération avaient pris naissance dans plusieurs parties d’un continent assoiffé d’indépendance.

Un tel environnement, certainement, n’était pas favorable au traitement des problèmes du développement. Pour cette raison, la BAD a connu des débuts forts modestes, avec seulement un capital de 250 millions de dollars US et 10 collaborateurs.

Un demi-siècle plus tard, la Banque est devenue le leader incontesté des institutions de financement du développement en Afrique, s’assurant le respect d’organisations paires bien plus anciennes, telles que la Banque mondiale et le Fonds monétaire international.

L’actionnariat de la BAD, qui initialement comportait 33 pays, a été porté à 79 pays, dont 53 sont africains, et 26 non africains. Son capital social se monte aujourd’hui à 103,53 milliards de dollars US, et le nombre de ses effectifs s’élevait à 2065 collaborateurs à la fin de 2013.

Dans le domaine des opérations, les chiffres sont tout aussi éloquents. Entre 1967 et 2013, la Banque a engagé un total de 4003 prêts et subventions pour un montant de 104 milliards de dollars US au profit des pays membres régionaux (PMR).

Le Groupe de la BAD finance aujourd’hui des projets et des programmes ainsi que la production et la diffusion de connaissances sur des questions de développement dans tous les PMR, y compris dans des États fragiles et des pays connaissant des troubles civils tels que la Somalie et le Soudan du Sud. Orientée stratégiquement, sa couverture sectorielle s’étend des infrastructures, qui reçoivent plus de la moitié de ses financements totaux, aux domaines social, financier et environnemental, en passant par des multisecteurs, l’agriculture et le développement rural.


Jalons

  • 1966- Côte d’Ivoire La Banque africaine de développement démarre ses opérations avec un capital de 250 millions de dollars, 33 pays membres africains et 10 collaborateurs.
  • 1972- Algérie La Banque et 13 pays membres non régionaux établissent le Fonds africain de développement. Ce guichet concessionnel au profit de pays à faible revenu mobilise 327 millions de dollars US pour son premier cycle
  • 1976- Nigéria Le gouvernement de la République fédérale du Nigéria et la Banque établissent le Fonds spécial du Nigéria avec une contribution initiale de 80 millions de dollars US.
  • 1982- Zambie Les pays membres non régionaux peuvent entrer dans le capital de la Banque. Le capital social de la Banque passe à environ 3,4 milliards de dollars US en 1983 et à 22,3 milliards en 1987 à la suite de l’augmentation de 200 % de son capital (la quatrième).
  • 2003- Tunisie La Banque quitte Abidjan temporairement pour se réinstaller à Tunis.
  • 2010- Côte d’Ivoire La sixième augmentation du capital de la Banque triple son capital social, qui atteint alors 101,4 milliards de dollars US, montant souscrit par 77 pays membres (53 africains et 24 non africains). La Banque compte 1900 collaborateurs.
  • 2010- Tunisie La 12ème reconstitution triennale du Fonds africain de développement mobilise 9,5 milliards de dollars, montant le plus élevé de l’histoire du Fonds. Renouvelées pour 10 ans en 2008, les ressources du Fonds spécial du Nigéria se montent à 241,3 millions de dollars US en 2010.
  • 2012- Tanzanie Le Soudan du Sud adhère à la Banque et en devient le 54ème membre régional.
  • 2013 - Tunisie La 13ème reconstitution triennale du Fonds africain de développement mobilise 7,3 milliards de dollars US pour la période de 2014 à 2016.
  • 2014- La Banque réintègre son siège légal à Abidjan.

Les ressources allouées par la Banque sont constamment alignées sur ses stratégies et celles des pays bénéficiaires. Par exemple, la Stratégie décennale 2013-2011 se concentre sur deux piliers : la croissance inclusive et la transition vers la croissance verte. Ses priorités opérationnelles portent sur les infrastructures, les compétences et les technologies, l’intégration régionale, le secteur privé, la gouvernance et la responsabilisation. La Banque accorde une attention particulière à la dimension du genre, aux États fragiles, à l’agriculture et à la sécurité alimentaire.

Son existence continue s’explique en grande partie par les ressources matérielles et intellectuelles vitales qui ont pu être mobilisées par suite de la création du Fonds africain de développement (FAD) en 1972. Au nombre de 26, les pays membres du FAD proviennent de l’OCDE, de l’Asie, des Amériques et du Moyen-Orient. Ils offrent des ressources concessionnelles pour le financement de projets et de programmes dans quelque 38 PMR qui ne sont pas en mesure d’emprunter auprès du guichet de la BAD alimenté par les marchés financiers.

Ainsi, bénéficiant de solides garanties souveraines, du FAD, du Fonds spécial du Nigéria (FSN) et d’autres ressources bilatérales, la Banque est en mesure d’augmenter les capitaux dont elle dispose tout en mobilisant, à des conditions préférentielles, des ressources sur les marchés financiers internationaux, grâce à la notation « AAA » qui lui est accordée par les principales agences de notation financière internationales.

Aux yeux d’observateurs proches de la BAD, ses interventions intelligentes face à la crise financière de 2008, qui ont sauvé de nombreuses économies africaines se trouvant au bord de la ruine, ont représenté une étape glorieuse de son histoire. Depuis lors, elle a pu ajouter d’autres fleurons à son palmarès, devenant la première banque de développement multilatérale à recevoir, au cours d’une même année - 2013 - la Distinction d’impact sur le développement du Département du Trésor américain pour deux projets qu’elle avait financés, respectivement en Côte d’Ivoire et en Ouganda.

Le président actuel de la Banque, M. Donald Kaberuka, a été nommé « Africain de l’année 2013 » par le quotidien nigérian Daily Trust pour s’être fait le champion de la création du Fonds Afrique 50, parmi d’autres accomplissements. Il s’est vu accorder cette distinction « en reconnaissance d’une idée innovante qui a conduit à l’établissement du Fonds Afrique 50 destiné à accélérer le financement d’infrastructures sur le continent ».

La Banque a su convertir de nombreux « afro pessimistes », grâce à la mise en œuvre réussie d’innombrables initiatives, politiques et programmes répondant aux besoins essentiels de développement de l’Afrique.  

La décentralisation de ses opérations a favorisé l’appropriation nationale de ses projets et programmes, à l’avantage de leurs résultats. Cela a permis à la BAD d’être reconnue comme institution de confiance reliant l’Afrique au reste du monde.

Les experts du développement sont d’accord pour considérer que l’Afrique est en train de progresser et qu’elle possède le potentiel de devenir le prochain pôle de développement, animé par des investissements en ressources naturelles, la croissance démographique, une urbanisation rapide, une classe moyenne en expansion et une demande de consommation croissante.

Ils font valoir qu’à l’exception de la République centrafricaine et du Soudan du Sud, l’Afrique connaît aujourd’hui moins de guerres qu’autrefois, et que d’anciens pays à conflit comme l’Éthiopie, la Côte d’Ivoire, la Sierra Leone, le Mozambique et l’Angola rejoignent les rangs de pays performants comme le Botswana, Maurice, les Seychelles et le Cap-Vert, devenus des mini-pôles de la croissance économique du continent. De plus, le continent, fort de ses richesses naturelles considérables, compte maintenant parmi les régions les plus riches de la planète.  

D’après les projections actuelles, l’économie de l’Afrique devrait progresser de 4,8 % en 2013 et de 5,3 % en 2014. Bien que ces chiffres soient très en deçà des taux de croissance moyens requis pour dépasser les taux de croissance démographique et améliorer les niveaux de vie, ils montrent que l’Afrique est sur une voie ascendante et qu’elle pourra réaliser encore plus si les conditions appropriées sont réunies.

Parmi ces conditions figure le développement d’infrastructures, car celles-ci conditionnent l’intégration économique, l’expansion des marchés et la réalisation des économies d’échelle nécessaires pour développer la demande et créer de la richesse.  

Parallèlement, le besoin impérieux se présente de résoudre les enjeux pressants que sont une urbanisation rapide et les pressions démographiques d’une population jeune, le chômage, la dégradation environnementale et une insécurité croissante.

S’il est vrai que la réalisation de changements positifs passe obligatoirement par une bonne gouvernance, des mécanismes intelligents et commercialement viables de financement d’infrastructures matérielles et immatérielles en faveur de la croissance, dont le Fonds Afrique 50 offre un exemple, pourraient profondément modifier la donne en Afrique.

En ces temps remarquables, on ne peut que se ranger à l’avis de M. Donald Kaberuka quand il déclare : « Cinquante ans après l’indépendance, le moment est venu de procéder à un changement radical, marqué par la prise en main de son destin par l’Afrique, par la mobilisation de ses propres énergies et ressources, par l’affectation de son épargne à la construction de ses infrastructures, et par la rentabilisation des investissements ainsi déployés ».