La BAD lance un plan ambitieux pour dynamiser l’agriculture, créer des emplois et nourrir l’Afrique

26/05/2016
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La Banque africaine de développement (BAD) entend opérer la transformation du secteur agricole africain avec un nouveau plan des plus ambitieux qui favorise notamment l’autonomisation des petits agriculteurs et des jeunes.

Au deuxième jour des Assemblées annuelles de la BAD à Lusaka, une table ronde s’est tenue sur le thème « Vers la transformation de l’agriculture en Afrique », (voir la vidéo complète de la session ici ), réunissant le président de la BAD Akibnwumi Adesina ; Amadou BA, ministre sénégalais de l’Economie et des Finances et à ce titre gouverneur de la BAD ; Saint Ange Périn, vice-président adjoint du FIDA ; Bukar Tijani, directeur général adjoint et représentant régional de la FAO pour l’Afrique ; Manal Abdel Moneim, présidente et directrice générale de SOBECK

L’agriculture demeure une source importante de revenus en Afrique, a tenu à souligner Chiji Ojukwu, directeur du Département de l’agriculture et de l’agro-industrie de la BAD. Mais le fait que son potentiel demeure largement inexploité se traduit par une persistance de la pauvreté et la détérioration de la sécurité alimentaire, a-t-il déploré. Et d’indiquer que la BAD, avec d’autres partenaires, a réfléchi à sept catalyseurs, qui permettront de remédier aux différents problèmes identifiés comme des entraves à la croissance de l’agriculture en Afrique : « La BAD, en collaboration avec ses partenaires, contribuera à orchestrer, dessiner, proportionner et reproduire la transformation au travers de sept catalyseurs ».

Car pour atteindre l’objectif « Nourrir l’Afrique », l’une des Cinq grandes priorités de développement que s’est assignées la Banque, d’importants investissements sont nécessaires, outre obtenir des revenus substantiels. Ce sont 315 à 400 milliards de dollars EU qu’il faudrait investir dans les dix ans, soit  32 à 40 milliards de dollars EU par an, pour pouvoir transformer le secteur africain de l’agriculture.

Les stratégies élaborées visent donc à augmenter la productivité, à donner de la valeur à une production accrue et à accroître les investissements dans les infrastructures physiques et non physiques.

D’autres catalyseurs du plan s’articulent autour du financement de l’expansion de l’agriculture, d’une amélioration de l’environnement agroalimentaire d’une inclusivité, d’une durabilité et d’une nutrition renforcées, ainsi que d’une meilleure coordination.

 « La BAD et ses partenaires du secteur public vont stimuler les financements privés et institutionnels, en créant un environnement favorable aux investissements privés, en utilisant des outils d’atténuation des risques innovants et en mixant les financements », a expliqué le directeur du Département de l’agriculture et de l’agro-industrie de la BAD.

Vice-président adjoint du Fonds international de développement agricole (FIDA) où il est chargé du Département de gestion des programmes, Périn Saint-Ange a précisé de son côté que le FIDA a décidé d’allouer, à compter de cette année et pour les trois ans à venir, 500 millions de dollars EU par an au développement du secteur agricole en Afrique. Cette aide ira aux petits agriculteurs et aux jeunes, à qui elle donnera accès à de meilleures technologies, aux intrants agricoles, aux installations de traitement et aux marchés, a-t-il expliqué.

Si elle veut réaliser son rêve de diversification, l’Afrique doit voir l’agriculture sous un autre angle, a déclaré quant à lui le président de la BAD, Akinwumi Adesina. L’agriculture a le potentiel de stabiliser les économies, mais ce secteur doit  être considéré comme une activité commerciale. « Nous ne pouvons pas continuer de rester assis sur un potentiel. Nous devons changer de mentalité, a lancé le président Adesina. L’agriculture est une activité économique comme les autres. Pourquoi les gens qui vivent de l’agriculture sont-ils pauvres ? C’est cela que nous devons changer ; l’agriculture est une activité économique et une source de création de richesses et d’emplois ».

Il a ajouté qu’il faut revoir la plupart des programmes des établissements d’enseignement supérieur, dépassés et qui ne sont plus adaptés à à l’époque moderne.

« Quand on parle de recherche, parlons d’une recherche qui a un impact et non pas des retombées universitaires. Nous devons changer ces programmes qu’on enseignait dans les années 1950, parce qu’ils ne s’appliquent plus à l’époque actuelle. Les gens ne mangent pas du papier [des diplômes universitaires], ils mangent de la nourriture », a-t-il déclaré.

Le directeur général adjoint de l’Organisation pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) et représentant régional pour l’Afrique, Bukar Tijani, a affirmé qu’il faut accélérer les progrès vers une amélioration du secteur agricole africain. Ce processus ne devrait pas être très long – probablement moins de dix ans –, selon lui. Il s’est félicité que plusieurs parties prenantes, notamment l’Union africaine (UA), déploient actuellement de gros efforts pour atteindre cet objectif.