Le Forum de la BAD sur le genre organisé à Tunis plaide pour l'autonomisation des femmes

10/05/2013
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La première édition du Forum de la Banque africaine de développement (BAD) sur le genre s'est tenue à Tunis, le 10 mai 2013. Les participantes ont mis l’accent sur la nécessité d'accorder toute l’importance requise à la reconnaissance institutionnelle, au leadership, à la mobilisation des ressources, au renforcement des capacités et à la valorisation de l'expertise, « si nous voulons changer efficacement l'état de l'égalité de genre en Afrique».

S'adressant en séance plénière à un rassemblement de plus de 150 femmes, en présence de femmes ministres, d’organisations de la société civile, d’administrateurs, d’experts et de chefs de projet, le Premier vice-président de la Banque et chef de l'exploitation (COO), Emmanuel M'bi Ebot, a fait remarquer que l'égalité de genre demande un travail acharné et une détermination sans faille de tous les acteurs.

Il a également indiqué comment la Banque s'efforce de promouvoir l'égalité de genre, notant qu’il est avéré que 67 % des projets financés par la Banque en 2012 ont un impact satisfaisant sur la promotion de l'égalité de genre. Les projets agricoles ainsi que  l’approvisionnement en eau et l'assainissement viennent en tête. Néanmoins, a-t-il expliqué, il existe des opportunités considérables pour améliorer l'intégration des femmes, en particulier dans les domaines de la gouvernance, les infrastructures et le secteur privé.

À cet égard, le COO a présenté la promotion de l'égalité de genre comme un volet essentiel de la stratégie décennale de la Banque (2013-2022) et une étape importante vers une croissance plus inclusive. « Pour réussir rapidement une croissance inclusive et une transformation économique viables, il faut que les mesures appropriées soient prises pour intégrer efficacement la promotion de l'égalité et l'autonomisation des femmes », a-t-il déclaré par la suite aux journalistes.

Ginette-Ursule Yoman, cheffe de la division Genre et développement social de la BAD, a présenté une étude sur le statut juridique et les droits des femmes, le développement humain, le marché du travail et le travail à domicile, le droit à l’expression, la participation au débat public. Elle a également souligné le faible niveau de la participation des femmes à la vie politique dans la plupart des pays africains, et a appelé les autres pays à se joindre au Rwanda, où 56 % des sièges du parlement sont occupés par des femmes.

Les débats ont également souligné la nécessité d'élaborer des politiques durables pour traduire les engagements internationaux en lois et actions  concrètes, ainsi que la nécessité d'identifier des mesures incitatives efficaces pour réussir la mise en œuvre des réformes durables. Les participants ont également invité les gouvernements à faire preuve d’efficacité en concevant les instruments censés promouvoir l’égalité de genre. Dans ce même cadre, les gouvernements devraient donner force de loi aux engagements internationaux pour résoudre de façon durable les problèmes de genre en latence depuis longtemps.

« Diverses politiques durables sont discutées depuis longtemps, et changer la situation de l'égalité de genre reste toujours un défi », a déclaré Lorna Rutto, lauréate 2011 du Prix de l'Initiative Cartier pour  l'Afrique sub-saharienne.  Rutto a souligné qu’«il devrait y avoir un changement de comportement», et qu’« améliorer les conditions de vie des femmes, c’est contribuer à la promotion du développement économique. »

À cet égard, tout en remerciant la Banque pour le thème choisi, la ministre tunisienne de la Femme et de la famille, Sihem Badi, a affirmé qu’en plus de l'éducation, seules les mesures concrètes et leur application effective peuvent apporter des solutions durables à la question de l'égalité de genre en Afrique, et en Tunisie particulier.

Absa Wade Ngom, directrice de l’Equité et de l’égalité de genre au Sénégal, a plaidé pour le dialogue politique et la mobilisation des ressources, en mettant l'accent sur l'appui institutionnel. De son côté, la ministre ghanéenne du Genre, de l’enfance et de la protection sociale, Nana Oye Lithur, a expliqué que les systèmes hérités n'ont pas de composante sur le genre. À son avis, il est nécessaire de cultiver l'expertise en genre, en mettant l'accent sur les meilleures pratiques en Afrique.

Pour sa part, Everjoice Win, directrice adjointe d'Oxfam-Zimbabwe, a reconnu dans l’autonomisation des femmes, ainsi que dans de solides relations avec les mouvements de femmes «la source du pouvoir et du changement que nous appelons de nos vœux ».  Quant à Diana Rivington, ancienne experte de l'égalité de genre à l'Agence canadienne pour le développement international (ACDI),  elle a également partagé son expérience. Se faisant  l’écho des autres membres du panel, elle a insisté sur la nécessité de planifier, de disposer de ressources financières et de développer l'expertise.