Les gouverneurs de la BAD pour le Rwanda et le Nigéria projettent un tableau réaliste et optimiste de l’Afrique

16/04/2016
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Les « Cinq grandes priorités » de la Banque africaine de développement pour l’Afrique ont été clairement évoquées par deux des gouverneurs de la Banque dans leur présentation de la situation économique du continent. C’était au cours des assemblées annuelles de la Banque mondiale et du FMI vendredi 15 avril 2016, à Washington D.C.

Éclairer et fournir de l’électricité à l’Afrique, nourrir l’Afrique, industrialiser l’Afrique, intégrer l’Afrique et améliorer les conditions de vie des Africains sont les questions traitées par Claver Gatete, ministre des Finances du Rwanda, et par Kemi Adeosun, ministre des Finances du Nigéria, comme étant les priorités actuelles ou à venir pour leur pays.

Les membres du panel du FMI pour débattre du thème « La situation en Afrique subsaharienne - seulement une période difficile à affronter ? » ont souligné que l’Afrique a souffert d’une chute des prix des produits de base et d’un retournement de la bonne santé financière au niveau mondial. « Je suis optimiste », a déclaré Mitsuhiru Furusawa, directeur général adjoint du FMI, estimant que 13 des 45 pays de l’Afrique subsaharienne ont bouclé l’année 2015 avec une croissance supérieure à 5 %.

« L’avenir n’est pas aussi sombre que vous pouvez l’imaginer », a déclaré la ministre Adeosun, en passant en revue le dilemme auquel fait face son pays avec le pétrole. Le pétrole représente seulement 13 % de PIB du Nigéria, mais il assure 70 % des revenus de l’État. « La question que nous devons nous poser est donc la suivante : pourquoi 87 % de notre économie génèrent si peu de recettes ? »

Le ministre Gatete a révélé quelques-uns des secrets de la réussite du Rwanda, due à sa stabilité macroéconomique et sa croissance sous l’impulsion du secteur privé. La croissance est inclusive et moderne, dans la mesure où 90 % des Rwandais détiennent des comptes bancaires et font donc partie du système financier.

Arvind Subramian, chercheur au Center for Global Development, a souligné qu’il n’y a aucune corrélation dans la durée entre la croissance économique et les cours des produits de base, et que « la dynamique de départ en Afrique est clairement positive et basée sur une croissance entraînée par les investissements publics ».

Les ministres Gatete et Adeosun ont exprimé leur optimisme quant à ce qui a fonctionné dans leurs économies respectives, et ce qui reste encore à faire fonctionner.

« Lorsque les prix du pétrole sont faibles », a déclaré Mme Adeosun, « ils apportent une dose de réalisme, de sobriété et de discipline. Ils forcent à bien faire les choses et à se livrer à des réformesMais la meilleure protection fiscale ne provient pas des réserves à disposition ou même des politiques appliquées. Vous devez vous-même de trouver la façon de résoudre vos problèmes ». En se référant à la première, la deuxième et la cinquième des Cinq grandes priorités, elle a ensuite fait ressortir celles qui ont un caractère immédiat pour le Nigéria : transformer l’agriculture en industries agro-alimentaires et mettre fin à l’importation de denrées alimentaires ; garantir la fourniture de l’alimentation électrique ; et créer des emplois pour les jeunes.

M. Gatete a choisi d’évoquer la quatrième priorité, en soulignant l’importance de l’intégration régionale et le travail auquel le Rwanda et ses voisins se sont livrés pour réduire le coût de traversée de leurs frontières. Ils ont satisfait aux besoins en infrastructures lourdes, et se sont équipés en infrastructures légères afin d’améliorer les procédures douanières et l’utilisation de monnaies locales. Il a passé en revue la troisième priorité - industrialiser l’Afrique – soulignant l’importance de la diversification économique.

A la question de savoir pourquoi son pays était si propre, il fait allusion à la cinquième priorité, celle consistant à améliorer la qualité de la vie des citoyens. « Après le génocide, nous avons décidé de donner à notre peuple la dignité », a-t-il ajouté. « Un élément clé de ce travail consiste à instaurer la responsabilité collective et à établir un réseau partout à travers le pays que nous appelons Umuganda, à travers lequel tout le monde - du Président au simple citoyen - s’engage à faire quelque chose pour sa communauté le dernier samedi du mois. Nous sommes responsables de notre développement et de notre propre société ».

Un dernier mot à l’adresse de ceux qui croient à la « période difficile » : « En Afrique, nous sommes en pleine croissance, nous sommes jeunes, nous sommes des adopteurs tardifs et nous constituons une terre d’opportunités », a déclaré la ministre Adeosun. « À tous les investisseurs, je dirai : réalisez vos plans à moyen terme avec nous ».