Pour les membres du panel de la BAD, combler le déficit des infrastructures est capital pour la transformation de l’Afrique

30/05/2012
Share |

Le manque d'infrastructures suffisantes et fiables continue à freiner le potentiel de croissance de l’Afrique et sa transformation économique.

Ce point de vue a été au centre d'un débat de haut niveau sur le thème, «L'Afrique au service de la transformation de l'Afrique », lors des Assemblées annuelles en cours de la Banque africaine de développement (BAD). Les participants ont souligné le déficit d'infrastructures du continent dans tous les secteurs, y compris les routes, l’eau, l’énergie, les transports et la faiblesse des réseaux de communication. Ils y voient un frein essentiel à la transformation économique du continent.

Participant au débat, le président de la BAD, Donald Kaberuka, a souligné que bien que les projets d'infrastructure du continent soient confrontés à un déficit de financement, une meilleure coordination au niveau institutionnel est également nécessaire pour combler de déficit.

Il a notamment visé l'inefficacité des institutions à travers le continent qui, non seulement entraînent des lenteurs inutiles, mais constituent également des obstacles majeurs à la mise en œuvre des projets d'infrastructure.

« Ce (le problème d'infrastructure de l'Afrique) n'est pas seulement une question d'argent, il y a beaucoup d'autres choses à corriger. Nous avons besoin corriger la réglementation et les institutions », a déclaré M. Kaberuka. Il a souligné la nécessité d'un meilleur cadre institutionnel pour faciliter la mise en œuvre des projets d'infrastructure.

Le président de la BAD a souligné que les communautés économiques régionales telles que l'EAC, la CEDEAO et la SADC doivent jouer un rôle de premier plan dans la lutte contre le déficit d'infrastructures sur le continent.

« Nous avons suffisamment d'institutions en Afrique, mais il nous faut mettre ces institutions au travail. La Banque est prête à travailler avec des blocs économiques régionaux », a-t-il dit.

Toutefois, le président de la BAD a également noté que les pays africains doivent aller sur les marchés émergents pour trouver les ressources qui leur permettront de répondre aux besoins de financement croissants pour le développement des infrastructures.

« Les grandes sommes se trouvent dans les marchés émergents», a déclaré M. Kaberuka, ajoutant que les ressources en provenance des marchés émergents peuvent compléter les ressources existantes, comme les fonds des diasporas.

Le manque d'infrastructures de base comme une alimentation électrique fiable entrave la production ; l'absence de bonnes routes ralentit les transports et l'insuffisance de l’accès aux technologies modernes limite l'industrialisation du continent et son intégration au marché mondial.

Les carences et les gaspillages qui en résultent font de l'Afrique l'endroit le plus difficile et le plus coûteux pour faire des affaires ; de plus, ils ralentissent la croissance économique et nuisent au développement en général.

Consciente que ce secteur (l’infrastructure) est à la traîne, la Banque a, depuis sa création, favorisé l'infrastructure en consacrant 36 pour cent du total de ses engagements, soit environ 52 milliards de dollars EU à ce secteur.

Pour sa part, la ministre des Finances du Nigéria et ancienne directrice générale de la Banque mondiale, Ngozi Okonjo Iweala, a souligné la nécessité de mobiliser davantage de ressources pour financer le déficit d'infrastructure.

« Il est nécessaire de reconstituer les financements pour les infrastructures. Ce n'est pas seulement le manque d'argent (qui explique le déficit de l'infrastructure de l'Afrique), mais il nous en faut», a déclaré Mme Okonjo-Iweala, soulignant la nécessité pour les pays d’accroître les investissements dans les infrastructures.

Elle a également mis le doigt sur la nécessité d'une institution continentale pour coordonner les projets d'infrastructure sur le continent.

Selon Andrew Alli, président-directeur général d’Africa Finance Corporation, la solution au déficit d'infrastructure de l'Afrique ne requiert pas seulement des mécanismes de financement innovants, mais également un meilleur climat d'investissement sur le continent.

« Nous avons déjà la plupart des instruments pour les investisseurs, ce qu’il nous faut, c’est améliorer le climat de l'investissement. La concurrence pour les capitaux à investir se joue à l’échelle mondiale», a-t-il dit.

M. Alli a également souligné que les gouvernements doivent améliorer leurs cadres réglementaires afin de faciliter l'investissement privé.

« Il nous faut des approches plus rapides et plus systématiques », a-t-il dit, notant que la présence de longues procédures, non seulement retarde les projets, mais est également un élément dissuasif pour l'investissement privé.

Pour sa part, Eleni Gabre Madhi, directrice générale de la Ethiopian Commodity Exchange, estime que l’Afrique doit non seulement combler le déficit d’infrastructure, mais aussi investir davantage dans le secteur agricole afin d'avoir une croissance économique assez forte pour sortir des millions de personnes de la pauvreté.

Elle a également exhorté les gouvernements à mettre en place des incitations pour que les membres des diasporas africaines reviennent dans leurs pays, au lieu de se concentrer uniquement sur l’appel des envois de fonds.

Le débat de haut niveau était organisé conjointement par la Banque africaine de développement et la Société financière africaine.