Financement du commerce : la BAD compte étendre son portefeuille de produits sur tout le continent africain

26/05/2016
Share |

Soucieuse de combler le déficit de financement existant pour soutenir les transactions commerciales, la Banque africaine de développement (BAD) compte étendre ses produits de financement du commerce sur l'ensemble du continent africain dans les années à venir.

Aujourd’hui, le commerce africain pâtit d'un déficit de financement de 120 milliards de dollars EU environ.

L’initiative de la BAD permettrait de répondre aux besoins cruciaux des marchés africains en matière de financement du commerce, en offrant un appui au développement du commerce dans des secteurs économiques vitaux, comme l’agro-industrie et la production manufacturière. En outre, cela favorisera le développement du secteur financier et l'intégration régionale, tout en aidant à augmenter les recettes publiques.

Ces annonces ont été faites jeudi 26 mai 2016, à l'occasion d'un événement intitulé « Financement du commerce ‑ Favoriser l'intégration régionale et la coopération Sud-Sud » organisé dans le cadre des Assemblées annuelles 2016 de la Banque africaine de développement (BAD), qui se déroulaient du 23 au 27 mai à Lusaka, en Zambie.

« La BAD va, à l'avenir, redoubler d’efforts pour améliorer le financement du commerce », a confirmé Yaw Kuffour, spécialiste en chef des opérations de financement du commerce au sein du Département du développement du secteur financier, précisant que son département avait soumis au Conseil d'administration de la Banque une proposition pour doubler – voire plus – les programmes destinés à faciliter le financement des échanges commerciaux. 

En 2013, le Conseil de la BAD avait d’ailleurs approuvé un programme de financement du commerce de 1 milliard de dollars EU pour soutenir le commerce africain et ainsi offrir des liquidités aux institutions et aux entreprises africaines qui éprouvent des difficultés à se financer.

Le financement du commerce et l'intermédiation financière aident les entreprises à gérer les risques inhérents aux transactions internationales, améliorent leurs liquidités et leur permet d’investir au mieux pour renforcer leur croissance, a fait observer Yaw Kuffour. 

À lire les nombreuses études de la BAD, les banques africaines buttent sur de nombreuses contraintes pour répondre à la demande de financement commercial. 

L'accessibilité limitée du dollar EU (devise prédominante dans les échanges internationaux, et donc dans le financement des échanges) et l’insuffisance des limites de crédit auprès des banques de confirmation au regard de la certification des lettres de crédit figurent au premier rang.

Il y en a d’autres, comme le maigre volume des bilans des entreprises, qui a pour conséquence d’entraîner pour les emprunteurs uniques des limites de crédit bien souvent contraignantes.

De telles contraintes tendent à suggérer que le programme de la BAD de financement du commerce, ainsi que ceux mis en œuvre par les institutions financières internationales, sont nécessaires et pertinents pour assouplir les plus contraignantes d’entre elles. 

Les participants à la table-ronde ont souligné que la majorité des banques africaines sont dotées d’un faible capital de base, ce qui limite leur capacité à obtenir auprès des banques de confirmation internationales des lignes de crédit suffisantes et à assumer des transactions importantes à même d’avoir un véritable impact sur le développement.

Autre constat : si les risques commerciaux sont davantage répartis dans le monde, les banques locales en Afrique ne profitent clairement pas de cette répartition.

Le président et directeur général de PTA Bank, Admassu Tadesse, a indiqué que sa banque est en train d’étendre ses investissements à l'ensemble de l'Afrique et pousse à créer des infrastructures pour faciliter les échanges. « L'intégration régionale et les zones de libre-échange aident la banque à fournir des financements pour le commerce », a-t-il dit. 

Bien qu’essentiel, l'accès à des données fiables qui permettraient d’améliorer les opérations de financement du commerce reste limité dans la plupart des pays africains, ont déploré les participants au débat : taille du marché, disparités entre sous-régions, ampleur du déficit de financement, financement du commerce alloué au commerce intra-africain, l'importance  des financements consolidés par rapport aux financements hors bilan et les contraintes subies par les banques..., ce sont autant d’éléments méconnus.

Pour Denys Denya, vice-président directeur général d'Afreximbank, l'Afrique doit d’urgence créer des emplois et de la valeur pour permettre d’améliorer le financement du commerce. Afreximbank a lancé une initiative relative aux enjeux de conformité en matière de financement du commerce.

Autres constats, qui ont fait l’unanimité parmi les intervenants : augmenter le financement du commerce est essentiel au commerce international. Dans le même temps, les pays africains doivent faire plus d'efforts pour abattre les barrières au commerce intra-régional sur le continent africain.

Pour l’heure, le commerce intra-africain ne représente que 11 % (110 milliards de dollars EU) de la valeur totale du commerce africain, d’après les estimations de la BAD. 

Nisrin Hala, responsable du Bureau Afrique et des échanges internationaux à la Sumitomo Mitsui Banking Corporation Europe, a mis l'accent sur l'importance des enjeux de conformité sur fond de durcissement de la réglementation. Les exigences vis-à-vis des nouveaux clients sont en effet très complexes, a-t-elle expliqué, insistant sur la nécessité pour les pays de s'assurer qu'ils satisfont aux exigences de mise en conformité. La diversification limitée des économies africaines, avec des pays qui dépendent de quelques matières premières, augmentent les risques pour les emprunteurs, a-t-elle aussi indiqué.