Le rôle des femmes est essentiel dans la transformation de l’agriculture en Afrique, réaffirme le président de la BAD

18/07/2016
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Le président de la Banque africaine de développement, Akinwumi Adesina (premier à l’extrême gauche, au premier plan) lors de la cérémonie d'ouverture de la 27e session ordinaire du Sommet de l’UA, le 17 Juillet 2016, Kigali, Rwanda

Le président de la Banque africaine de développement (BAD), Akinwumi Adesina,  a réaffirmé l’engagement de son institution à soutenir l’autonomisation des femmes dans les activités agricoles, afin que le potentiel de ce secteur puisse s’exprimer pleinement.

Il intervenait le 16 juillet,  à Kigali, à une importante réunion de chefs d’État et de gouvernement et de partenaires dont le thème  était relatif à la mise en œuvre des initiatives « Autonomiser les femmes dans l’agriculture » (EWA) et « Discrimination positive en matière de financement pour les femmes d’Afrique » (AFAWA). Cette réunion s’est tenue en marge du 27ème Sommet de l’Union africaine,  dans la capitale rwandaise, les 17 et 18 juillet 2016.

« Pour que l’agriculture se transforme, nous devons reconnaître le rôle critique que jouent les femmes dans ce secteur en Afrique. Nous devons investir dans des mesures orientées vers les besoins des agricultrices, qui comprennent notamment l’accès à la terre, l’amélioration de l’accès aux marchés, une possibilité accrue d’acquérir des outils qui facilitent le travail, ainsi que la fourniture de semences améliorées et d’engrais de bonne qualité », a t-il déclaré.

Le président Adesina a souligné combien il est important de garantir l’accès au financement. « Les femmes remboursent leurs emprunts. Elles sont solvables, mais le système bancaire ne leur accorde pas des prêts », a-t-il dit, en ajoutant : « Nous voulons changer cette situation, en éliminant les risques du système financier qui permettraient aux institutions de proposer des prêts aux femmes ». Il a fait référence au programme « Discrimination positive en matière de financement pour les femmes en Afrique » (AFAWA) de la BAD, qui a été lancé lors des Assemblées annuelles 2016 de la Banque dans le but de rendre les services financiers disponibles, accessibles et abordables aux femmes d’affaires à travers un certain nombre d’institutions financières.

L’envoyée spéciale de la BAD pour les questions de genre, Geraldine Fraser-Moleketi, a informé  l’assistance que les activités au titre du programme AFAWA ont déjà commencé, et que la Banque commence à recevoir des demandes provenant d’institutions de financement. Le programme va également renforcer le pouvoir d’action des femmes d’affaires en leur fournissant des informations, de la formation et des connaissances. Cette approche est particulièrement importante pour les entreprises du secteur agricole, dont beaucoup sont classées comme micro et petites entreprises.

 

La présidente du Libéria, Ellen Johnson Sirleaf,  coprésidente d’EWA, a loué le programme de la Banque qui, selon elle, a les mêmes objectifs que ceux d’EWA. L’autonomisation des femmes, a-t-elle ajouté, « donne la possibilité de faire des millions de personnes sortir de la pauvreté, en particulier par le biais de l’agriculture ». Elle a exhorté les États à intégrer les intérêts des agricultrices dans les programmes qui visent à la transformation de l’agriculture en Afrique. « Cela garantira que les femmes participent à la croissance économique et au développement », a-t-elle dit.

 Le président sénégalais, Macky Sall, pour sa part, a  lancé un appel en faveur de la mise en œuvre rapide de mesures permettant aux femmes de jouer un rôle de premier plan dans les activités d’élevage et les chaînes de valeur agricoles. « Nous avons beaucoup discuté en Afrique ; nous devons maintenant passer à l’action pour devenir une partie de la chaîne de valeur agricole mondiale. Nous avons à faire progresser la productivité des femmes et accroître leur participation dans des activités commerciales et à forte valeur ajoutée dans le secteur de l’agriculture, car les femmes y représentent plus de 50 pour cent de la main-d’œuvre de l’Afrique ».

Cependant, la question de la propriété de la terre reste un facteur critique sur un continent où un grand nombre de femmes ne possèdent pas de terres et ne disposent toujours pas de contrôle sur cette ressource, a déclaré Carlos Lopes, secrétaire exécutif de la Commission économique des Nations Unies pour l’Afrique. « Il est urgent de procéder à une réorganisation de la manière dont nous gérons les terres. Elles sont un intrant clé de l’agriculture, et elles constituent donc un facteur déterminant dans l’accès des femmes à d’autres ressources et services productifs ».

Toutefois, selon un ouvrage de la BAD publié sous le titre de Economic Empowerment of African Women Through Equitable Participation in Agricultural Value Chains (« L’autonomisation économique des femmes africaines grâce à la participation équitable aux chaînes de valeur agricoles »), la résolution du problème du foncier ne sera pas une tâche facile. L’étude réalisée en 2015 souligne en effet que malgré l’existence des politiques garantissant l’égalité des droits fonciers dans la plupart des pays, les femmes qui possèdent des terres doivent souvent affronter des obstacles d’ordre culturel.

De gauche à droite : Bineta Diop, fondatrice et présidente de Femme Arica Solidarité ; Emmanuel Nnadozie, Secrétaire exécutif de la Fondation pour le renforcement des capacités en Afrique ; Ellen Johnson Sirleaf, présidente du Libéria ; Macky Sall, président du Sénégal ; Rhoda Peace Tumusiime, Commissaire de l'UA pour l'Economie rurale et de l'Agriculture ; Akinwumi Adesina, président de la Banque africaine de développement ; et Gerardine Mukeshimana, ministre de l'Agriculture du Rwanda