Au Sommet de la TICAD, le président de la BAD expose sa feuille de route pour la transformation agricole de l’Afrique

26/08/2016
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Le président de la Banque africaine de développement (BAD), Akinwumi Adesina, a exposé les grandes lignes d’une feuille de route pour la transformation de l’agriculture en Afrique, vendredi 26 août 2016, lors de la 4e Conférence internationale de Tokyo sur le développement de l’Afrique (TICAD), qui se poursuit à Nairobi. Dans son intervention, M. Adesina a mis l’accent sur la lutte contre la malnutrition chez les enfants, sur la transformation des terres agricoles du continent en productrices majeures de denrées destinées à l’exportation, et sur l’octroi de fonds à des banques locales pour créer une source de financement stable pour les investissements agricoles.

S’adressant aux acteurs majeurs du monde agricole présents à la TICAD VI, le président Adesina a souligné que les investissements de 24 milliards de dollars EU que la BAD entend déployer pour promouvoir l’agriculture africaine s’inscrivent au nombre des initiatives lancées à cette fin.

« Il faudra s’y mettre à plusieurs pour transformer l’agriculture. Il est temps de faire de l’agriculture une activité commerciale à succès. Et nous devons associer l’Afrique à cette évolution », a-t-il dit au cours d’une table ronde sur le thème « L’avenir de l’alimentation en Afrique subsaharienne : examiner les progrès, baliser les prochaines étapes », organisée par le Groupe de la Banque mondiale en marge de la TICAD VI, qui a pris fin dimanche 28 août.

Le président Adesina a indiqué qu’investir dans l’agriculture contribuera à éradiquer l’extrême pauvreté et la malnutrition qui affecte 58 millions d’enfants en Afrique. Cela implique de transformer l’Afrique d’importateur en exportateur de denrées alimentaires, et d’accorder aux banques des financements qui leur permettent de prêter aux agriculteurs souhaitant recourir aux nouvelles technologies de production agricole.

La Banque a alloué 24 milliards de dollars EU à des établissements financiers pour qu’ils puissent accorder des crédits agricoles au cours des 10 prochaines années. Ce financement va faciliter l’accès aux capitaux nécessaires pour le déploiement d’investissements dans des innovations agricoles.

Le président Adesina a fait remarquer que la sècheresse a affecté les efforts de la plupart des agriculteurs et des États africains visant à garantir la sécurité alimentaire. Et d’ajouter que les financements mis à disposition par la BAD permettront aux investisseurs d’envergure de créer des centres de transformation des récoltes et de progresser rapidement vers une industrialisation de l’agriculture à travers l’Afrique.

À l’instar des zones de transformation à l’exportation, qui bénéficient d’un statut fiscal spécial dans certains pays africains, la BAD entend imprimer l’ultime impulsion au lancement d’un programme d’industrialisation agricole en Afrique. Des initiatives du même genre ont déjà été lancées sous la forme de projets pilotes en République démocratique du Congo, qui prévoit de connecter les exploitations agricoles situées dans un rayon de 40 km au moins par des infrastructures modernes afin de promouvoir l’agriculture. Le président Adesina a également salué l’initiative du gouvernement rwandais pour améliorer la nutrition des familles pauvres avec son programme « une vache, une famille ».

Prenant la parole, la ministre rwandaise de l’Agriculture et des Ressources animales, Geraldine Mukeshimana, a souligné que son pays a su conjuguer des ressources limitées et un leadership de qualité pour mettre en œuvre une série de mesures visant à développer l’agriculture. « Quand vous n’avez que des ressources limitées, vous devez employer des moyens peu conventionnels pour aller de l’avant. Nous avons procédé par des étapes descendantes peu habituelles. Nous y sommes parvenus en formant des agriculteurs qui à leur tour ont formé d’autres exploitants. Nous avons déployé des agents pour étendre les services de vulgarisation auprès des agriculteurs, et avons réuni des agriculteurs au sein de coopératives pour améliorer leur accès au crédit. Cela nous a aidés à progresser », a déclaré Mme Mukeshimana.

Le succès des initiatives déjà lancées a permis au secteur privé d’investir dans des équipements d’entreposage, a-t-elle précisé. Dans le même temps, le Rwanda accède aux marchés régionaux par le biais de la Communauté de

l’Afrique de l’Est (AEC), et recourt aux bourses de matières premières pour élargir les débouchés de ses produits agricoles, a ajouté la ministre.

La table ronde a réuni des personnalités de renom, à l’instar de Graziano da Silva, directeur général de l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), l’un des responsables d’organisations internationales présents au sommet de la TICAD. M. Graziano a cité les conflits en cours et le défi de leadership technique parmi les problèmes qui entravent la croissance du secteur agricole africain. Le directeur général de la FAO a également appelé à ce que les gouvernements africains prennent des mesures pour que les politiques agricoles ne varient pas au gré des changements de gouvernements.