Nigeria : la BAD appuie l’intégration des nomades dans le système scolaire

20/05/2013
Share |

  • Trois  millions d'enfants  nomades en âge de scolarisation
  • Elargissement de l'accès aux compétences professionnelles
  • Relèvement du  niveau de vie de toute la communauté

Présentes dans une vingtaine de pays à travers le continent africain, les nomades constituent environ 6 % de la population totale du continent, soit environ 50 millions de personnes. Cette vaste population se répartit en trois grands groupes : les éleveurs, les pêcheurs migrants et les agriculteurs. Ils ont en partage le mode de vie nomade.

Mais la réduction  des zones de pâturage, le blocage constant des couloirs de pâturage, l’augmentation de l’insécurité, la hausse des conflits et des tensions entre les communautés sédentaires et les nomades rendent ce mode de vie nomade traditionnel de plus en plus difficile. Ces contraintes obligent de nombreux peuples nomades à abandonner leur mode de vie itinérant et leurs activités pour se fixer, avec une éducation formelle limitée, et exercer des petits métiers urbains.

Pour tenter de protéger ces populations nomades de l'impact négatif des changements auxquels elles sont confrontées aujourd'hui, l'Etat de Kaduna, au Nigeria, a supervisé la création de 258 écoles nomades à travers le pays. Le Centre nomade financé par la Banque africaine de développement (BAD), au km 26 de la route de Kaduna, est considéré par le gouvernement fédéral  comme un projet modèle. 

Une initiative qui s'inscrit dans le cadre de la réduction de la pauvreté lancée par le gouvernement et des efforts qu’il déploie pour élargir l'accès aux compétences professionnelles de base et à l'éducation. Le projet vise à promouvoir l’Initiative gouvernementale de l'éducation pour tous et à atteindre les Objectifs du millénaire pour le développement (OMD).

Trois millions d'enfants  en âge de scolarisation

La population nomade du Nigeria compte environ 9,4 millions de personnes, dont plus de 3 millions d'enfants  en âge de scolarisation. Préoccupées par leur très faible taux de scolarisation et d'alphabétisation, qui vont d’à peine 0,2 % à 20 %, plusieurs agences internationales de développement, entre autres la BAD offrent un soutien aux enfants dans ce cadre.

Le Projet de formation technique et d’enseignement professionnel pour les populations nomades (Nomadic Skills Training and Vocational Education Project, STVEP), financé par la BAD, situé à 26 km de la ville de Kaduna, est un projet transformationnel par sa conception et l'impact escompté. Outre le Centre du kilomètre 26, le STVEP comprend neuf autres sites, avec un effectif de 100 à 150 élèves.

Malam Ibrahima Yamta, secrétaire exécutif par intérim de la Commission nationale nigériane de l'éducation des nomades (Nigerian National Commission of Nomadic Education, NCNE), a déclaré à la BAD qu’avec ce projet, le Nigeria et la Banque ont entrepris un voyage socio-culturel majeur qui affectera des millions de personnes au Nigeria et ailleurs.

Le projet va donner une éducation formelle aux enfants nomades, tout en contribuant à préserver leur mode de vie traditionnel, estime Yama. Les élèves passeront d'une école à l'autre au sein du système, au fur et à mesure des migrations de leurs communautés traditionnelles d'appartenance.

Une formation professionnelle en plus de l’élevage

Le Projet BAD du Centre du Kilomètre 26  a engendré une nouvelle réalité. Aujourd’hui, les enfants nomades, autrefois défavorisés du point de vue pédagogique, apprennent non seulement le métier familial de l’élevage, mais ils acquièrent aussi une formation professionnelle.

Les avantages de l'intégration de ces populations nomades dans le système éducatif du Nigeria sont immenses et ne sauraient être surestimés. La transition peut ne pas être facile. Mais la BAD et le Nigeria sont fermes dans leur détermination à offrir aux communautés nomades l'éducation formelle et les savoir-faire qui leur permettront d’apporter leur contribution à la vie socio-économique et politique du pays et à  être compétitifs.

Le Projet BAD du kilomètre 26  a mené des études sur les facteurs qui, dans le passé, entravaient l'éducation des communautés nomades au Nigeria. Ces facteurs ont pour noms : manque de financement,  lacunes dans l’orientation scolaire,  programmes inadaptés, faible taux de scolarisation des élèves,  migrations continuelles des élèves,  tabous culturels et religieux, etc.
Les études ont aidé le projet à adopter des approches plus créatives et  innovantes pour l'éducation des enfants.  Et ce  avec des programmes plus adéquats, la sélection de méthodes pédagogiques appropriées et le recours à des enseignants nomades formés. Le  suivi  des projets  est plus efficace et la supervision plus régulière. Le projet utilise également des supports didactiques convenant aux enfants  en mouvement, comme la radio.

Relèvement du  niveau de vie de toute la communauté

Pour Yamta, la BAD est intervenue au bon moment, en faisant profiter  son expérience au  système d'éducation des nomades au Nigeria. Les composantes du projet comprennent également des services d'éducation et de formation professionnelle pour adultes.  Ceci est de nature à relever le niveau de vie de toute la communauté rurale de Kaduna. Les compétences enseignées aux populations nomades peulhes viennent répondre à leurs besoins quotidiens de consommation.
Sur le site du Projet du km 26 les élèves apprennent la couture, la production de lait, de fromage et de yaourt, ainsi que la confection de nattes. De ce fait, le projet comble les écarts d'alphabétisation et de compétences entre les communautés nomades et le reste de la société.
Contrairement aux écoles précédentes pour  nomades, le projet BAD du km 26 dispose de constructions en dur.  Il offre  des salles de classe, des ateliers, des bibliothèques, des zones pour les enseignants, de l'eau et de l'électricité et des latrines.  C’est un projet qui  répond à la politique du gouvernement de  mettre l'éducation formelle au service de l’amélioration des conditions socio-économiques de cette population rurale.

À ce jour, le projet a un taux d’exécution physique d’environ 45 %.  Les  communautés bénéficiaires  s’en réjouissent.  Elles  ont confiance qu’il améliorera l'accès de leurs enfants à la formation technique et à l'enseignement professionnel.

Certains d'entre eux ont demandé que le gouvernement nigérian achète les terres aux alentours  des écoles pour éviter aux familles nomades l’obligation de quitter les locaux temporaires tous les soirs. La BAD  suit la proposition visant à assurer un environnement sédentarisé aux  communautés nomades.