Financement du commerce en Afrique : la BAD publie un rapport

03/12/2014
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Le financement du commerce est indispensable au commerce international. Cette intermédiation financière aide les entreprises à gérer les risques inhérents aux transactions internationales, à améliorer leurs liquidités, tout en leur permettant d’investir de façon optimale pour favoriser leur croissance.

Voilà pourquoi, en 2013, le Conseil d’administration de la Banque africaine de développement (BAD) a approuvé un programme de financement du commerce, à hauteur de 1 milliard de dollars EU. Avec cet objectif : soutenir le commerce africain, en fournissant des financements aux institutions et sociétés financières basées en Afrique et mal desservies. Malgré son importance, le marché du financement du commerce en Afrique reste largement méconnu. Ainsi ignore-t-on la taille de ce marché, les différences entre sous-régions, l’étendue des besoins en financement, la part de financement du commerce consacrée au commerce intra-africain, l’importance relative du financement figurant au bilan par rapport au financement hors bilan, outre les contraintes auxquelles les banques sont confrontées.

Ce nouveau rapport de la BAD, intitulé Le financement du commerce en Afrique, tente précisément de combler ce déficit d’informations sur le sujet. Il se fonde sur une enquête spécifique portant sur les activités de financement du commerce que les banques commerciales ont menées en Afrique en 2011 et 2012. Notre questionnaire a été adressé à quelque 900 banques sur le continent. Nous avons obtenu un taux de réponse élevé, qui a abouti à un ensemble de données englobant 276 banques dans 45 pays. Toutes les sous-régions du continent sont représentées dans l’enquête.

Nous avons constaté que le volume de financements du commerce obtenus par l’intermédiaire des banques oscille entre 330 milliards et 350 milliards de dollars EU environ, et que près de 93 % des banques détiennent des actifs de financement du commerce. Le marché est loin d’être uniforme entre sous-régions, les actifs de financement du commerce que détiennent les banques en Afrique du Nord dépassant de loin ceux des autres sous-régions. La part des financements du commerce obtenus par l’intermédiaire d’une banque et consacrée au commerce intra-africain s’avère limitée, ne représentant que 18 % environ (68 milliards de dollars EU) du total des actifs de financement du commerce des banques africaines. À noter toutefois que la part du commerce intra-africain représente 11 % (110 milliards de dollars EU) de la valeur totale du commerce africain. Au vu du taux estimé de demandes de financement rejetées qui sont recensées dans l’enquête, une estimation prudente de la valeur que représentent les demandes non satisfaites de financement par l’intermédiaire des banques la situe entre 110 milliards et 120 milliards de dollars EU – soit nettement plus que les estimations précédentes, qui la situaient autour de 25 milliards de dollars EU environ. Ces chiffres démontrent que l’offre disponible sur le marché est largement inférieure aux besoins.

De nombreux facteurs empêchent les banques africaines de répondre à la demande de financement pour le commerce. L’enquête révèle que les principaux obstacles consistent en l’insuffisance de liquidités disponibles en dollars EU (de loin la monnaie la plus utilisée dans les échanges internationaux et, par extension, dans les activités de financement du commerce) et en l’insuffisance des limites de crédit dont elles disposent auprès des banques confirmatrices pour confirmer les lettres de crédit. La faible taille des bilans, qui tend souvent à rendre contraignantes les limites de crédit par débiteur, est encore un autre frein.

Ces obstacles montrent combien le programme de financement du commerce de la BAD, ainsi que ceux que d’autres institutions financières internationales ont mis en place, sont nécessaires et se prêtent à l’assouplissement de certaines des contraintes les plus lourdes.

Enfin, l’enquête montre que les perspectives des banques, s’agissant du financement du commerce, restent positives : 72 % d’entre elles espèrent accroître leurs activités de financement du commerce dans un avenir proche. Les banques entrevoient cependant des freins à la croissance de leur portefeuille de financement du commerce, tels que l’insuffisance de liquidité en dollars EU, le respect des normes réglementaires, la faiblesse de la croissance économique sur certains marchés et l’incapacité à évaluer la solvabilité des emprunteurs potentiels.