L’incapacité de l’Afrique à relever les défis émergents préoccupe les participants au séminaire de la BAD

29/05/2012
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Les Africains doivent reconnaître la légitimité des intérêts personnels  et cesser de vouloir faire porter aux autres le blâme de l'échec de leurs économies à être compétitives avec le reste du monde. C’est ce qu’a déclaré, le 29 mai, un intervenant aux Assemblées annuelles 2012 du Groupe de la Banque africaine de développement (BAD).

«Nous savons ce que nous voulons. Mais qu’est-ce qui nous empêche d’exécuter nos programmes de développement ? Ce qui ressort immanquablement des dialogues sur le développement, c’est que les Africains n'arrivent pas à se comprendre eux-mêmes », a déclaré Nkosana Moyo, qui a présidé un séminaire de haut niveau sur les questions émergentes des économies africaines, organisé en marge des assemblées.

M. Moyo, ancien vice-président et Chief operating officer (chef de l’exploitation) de la BAD, a déclaré que le continent africain a besoin de bonnes politiques pour être plus productif et plus concurrentiel.

« Nous ne pouvons pas tout attendre des investisseurs étrangers. Les investisseurs veulent toujours prendre le dessus, et nous sommes les perdants. Les gouvernements devraient se concentrer sur l’élaboration des bonnes politiques pour protéger les intérêts nationaux et africains, sinon les étrangers vont emporter nos richesses », a indiqué M. Moyo, fondateur et président exécutif de l’Institut Mandela des études de développement.

Un autre intervenant, Ali Mufuruki, s’est demandé pourquoi certains gouvernements africains passent beaucoup de temps à faire des politiques et, en dépit de tous les efforts généreux qu’ils déploient, leurs économies périclitent. Pourtant, les investisseurs voient dans ces pays des destinations pour leurs capitaux.

Pour M. Mufuruki, président exécutif du Groupe Infotech Investment de Tanzanie, les Africains devraient se demander ce qu'ils doivent faire pour leurs propre pays, au lieu de laisser les institutions et les entreprises étrangères « décider ce qui est bon pour nous. C'est un aspect du début de l’intelligence ».

Réfléchissant aux tendances actuelles du commerce mondial, M. Mufuruki pose la question suivante : «Sommes-nous prêts à engranger les revenus des produits de base, ou attendons-nous une fois encore pour dire que c'était une autre occasion manquée ? »

Certains participants ont exprimé leur consternation de voir les ressources africaines, en particulier les minéraux, exportées pour être raffinées ailleurs, puis ramenées pour être vendues sur le continent à des prix élevés.

«Nous devons rompre ce cercle vicieux et créer des instruments novateurs pour protéger les intérêts de l'Afrique, si nous voulons éradiquer la pauvreté de ce continent », a déclaré Terence Sibiya, directeur et chef des ventes sur les marchés mondiaux à la Standard Bank.

La BAD a organisé la session pour offrir un aperçu de certaines des forces importantes qui peuvent façonner l'avenir de l'Afrique, et pour explorer les choix critiques dans les  politiques publiques qui peuvent être opérés au niveau national et régional.

«Toutes les politiques que nous concevons doivent avoir une base empirique, et non se fonder sur les perceptions des autres », a suggéré M. Mufuruki. Et d’ajouter : «Les Africains ne se sont pas préparés à ce qui arrive dans l'économie mondiale ».

Selon un certain nombre de participants, ce qui est généralement venu à l'esprit des gens au sujet des nouveaux enjeux économiques,  c’étaient la crise économique mondiale et le changement climatique sous l’angle  de la sécurité alimentaire. Mais, l’Africain moyen, par exemple, perçoit-il la situation grecque comme symptomatique des problèmes qui peuvent surgir sur ce continent?

« Dans le contexte mondial, il est important d'examiner les questions émergentes du point de vue de leur impact sur le développement humain et le développement physique de l'Afrique », a déclaré David Luke, conseiller principal au commerce et coordinateur du Programme des Nations Unies pour le développement.

Soulignant l'importance de la recherche de partenaires au développement plutôt que la quête d’aide et de charité, M. Luke a indiqué que ce partenariat doit être mutuellement bénéfique. « Nous devons considérer un partenariat plus inclusif tourné vers le développement durable. »

Il a souligné que la croissance des économies africaines doit sortir les gens de la pauvreté et créer des emplois pour les jeunes.

« Nous devons mettre le chômage au sommet de ce programme consacré questions émergentes. Faute d’avoir les politiques appropriées, la jeunesse deviendra un fardeau plutôt qu'un atout», a-t-il noté.

Exhortant les pays africains à rompre avec la dépendance de l'aide, Njuguna Ndungu, de la Banque centrale du Kenya, a appelé à la création d'institutions fortes pour sortir le continent de la pauvreté.

«Il y a très longtemps que nous vivons avec les nouveaux problèmes. Il nous faut déployer l'investissement public d'une manière innovante, et développer le commerce intra-africain. La pauvreté est un produit de l'échec institutionnel. Avons-nous changé de paradigme du développement ? Nous ne l'avons pas fait », a ajouté M. Ndungu.


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