La BAD pour une politique migratoire commune de la CEDEAO

25/06/2013
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La Banque africaine de développement (BAD) et la Communauté économique des États d'Afrique de l'Ouest (CEDEAO) ont organisé, les 20 et 21 juin 2013 à Dakar, au Sénégal, un atelier de réflexion pour les experts en migration et les parties prenantes des États membres de la CEDEAO. Mené par la Division intégration régionale et commerce de la BAD, avec l’appui du  Fonds de coopération technique du Nigeria, l’atelier a permis de poser les bases de la conception d'une future politique migratoire régionale commune.

Une fois développée, la politique migratoire commune fournira les éléments essentiels à la révision et la modernisation du Protocole de la CEDEAO sur la libre circulation des personnes ainsi que les droits de résidence et d'établissement. La mise en œuvre du Protocole initial, conçu en 1979, a révélé des faiblesses, qu'une version actualisée devra corriger.

Les points essentiels à aborder au cours de l’atelier portent sur les besoins en compétences, l’exploitation des talents de la région, l’amélioration des mécanismes de transfert de fonds, la double nationalité, le renforcement de la protection des populations migrantes, conformément aux conventions internationales.

Mamadou Seck, conseiller du ministre des Affaires étrangères du Sénégal, qui représentait le ministre lors de la cérémonie d'ouverture, a fait observer « [qu’] avec ses richesses matérielles et humaines, son potentiel économique, historique et les affinités culturelles de ses peuples, la CEDEAO constitue une entité homogène. Une politique migratoire commune conçue et mise en œuvre dans un tel espace géographique ne peut que promouvoir la croissance et le développement. C'est pourquoi le gouvernement sénégalais soutient fermement cette grande initiative ».

Résumant la dynamique migratoire de la région, Inye Briggs, fonctionnaire de la BAD, a rappelé que plus de 7,5 millions d’Africains de l’Ouest (environ 3 % de la population de la région) circulent actuellement dans la sous-région – à comparer aux 0,5 % d’Européens qui circulent au sein de l'Europe. Ces chiffres ne tiennent pas compte des dynamiques transfrontalières ni des migrations saisonnières.

« Ces chiffres, a-t-il poursuivi, montrent que l'Afrique de l’Ouest ne peut se permettre d'ignorer cette tendance, car les moyens de subsistance d'une partie importante de ses citoyens dépendent de la migration intra-communautaire. Ils signifient aussi que, pour être pertinente dans la vie des Africains de l’ouest, toute politique migratoire doit avoir une perspective ouest-africaine. »
Inye Briggs a rappelé que la Banque a lancé en 2009 son Initiative “Migration et développement”, soutenue par un fonds visant à maximiser l'impact des transferts d’argent dans les pays récipiendaires, en les canalisant vers des investissements productifs et en encourageant les opportunités d'affaires ainsi que la création d'emplois.

Sur les questions de migration et d'emploi, N'Fally Sanoh, directeur de la libre circulation et du tourisme de la CEDEAO, a évoqué ce qu'il nomme « la préférence de la CEDEAO », et qui devrait s'appliquer à l'emploi dans tous les secteurs. « Il est important de créer, au sein de la CEDEAO, un marché régional de l'emploi, qui pourrait être une solution à court terme pour la pénurie de travailleurs qualifiés dans des secteurs spécifiques que connaissent tous les pays de la CEDEAO. C'est aussi une alternative possible à l'émigration vers les pays du Nord », a-t-il ajouté.

« Nous assistons aujourd’hui à une dynamique puissante, au moment où la CEDEAO, forte de neuf pays ouest-africains, s’achemine vers une politique migratoire commune. Cette dynamique devra s’appuyer sur le passage du contrôle de l'immigration à la gestion de la migration pour un nombre croissant de jeunes en Afrique de l'Ouest ; elle devra s’appuyer ensuite sur la transition vers une mise en commun prévoyante des compétences régionales, principalement grâce à une harmonisation des qualifications, afin de faciliter le recrutement des ressortissants de la CEDEAO dans la sous-région », a déclaré Anne Sofie Olsen, experte en migration de la BAD, présente également à l'atelier.

Les délégués des pays de la CEDEAO ont partagé leurs expériences sur la gestion des migrations, leurs interactions avec la diaspora et l’élaboration de leurs politiques migratoires nationales. Quatre volets d’importance ont été soulevés au cours des échanges, que les délégués souhaitent voir inclus dans la politique migratoire régionale commune : l'absence de reconnaissance mutuelle des qualifications des cadres ; le déficit de données sur les transferts intra-régionaux et le manque de compréhension de leur impact sur le développement ; l’insuffisante sensibilisation de la diaspora ouest-africaine à l’enjeu de l’accroissement des investissements transfrontaliers ; enfin, l’absence de facilitation du commerce transfrontalier.

Les participants ont également examiné les coûts des transferts de fonds vers l'Afrique de l’Ouest, où un opérateur gère à lui seul 70 % de la totalité des transferts, soulignant l'absence de compétitivité dans le domaine. La compétitivité est fonction de l'environnement réglementaire, ainsi que de la capacité et des ressources, des champs que la région doit réétudier à l'avenir. Le marché évolue également, avec une forte composante informelle et de nouvelles technologies, ce qui conduit à de nouveaux canaux de distribution des envois de fonds tels que les téléphones mobiles et des points de vente alternatifs,  représentant de nouveaux défis pour les régulateurs.

Une motion importante adoptée indique que la CEDEAO a besoin, en effet, d'une politique migratoire commune, qui soit en phase avec les réalités de la vie moderne et qui serve de cadre pour aborder la dynamique migratoire dans la région, au bénéfice de ses citoyens.