«La Bad va lancer un cadre pour l'investissement dans les énergies propres en Afrique» - Interview de Peter Ngomba, manager, Bad

08/04/2008
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«La Bad va lancer un cadre pour l'investissement dans les énergies propres en Afrique» - Interview de Peter Ngomba, manager, Bad

Le changement climatique mondial fait figure désormais d’important défi à relever pour l’Afrique. Face à l’évidence de plus en plus manifeste de ses causes et de ses effets, les chefs d’État et de Gouvernement du G8, lors de leur Sommet de Gleneagles en juillet 2005, ont invité la Banque mondiale et les banques de développement régional à préparer des propositions concrètes pour tenter de trouver les bonnes réponses à trois questions intimement liées: augmenter l’accès à l’approvisionnement en énergie sûre particulièrement pour les pauvres ; promouvoir l’investissement dans les énergies propres et dans une vision du développement économique fondé sur des énergies en basse teneur en carbone ; et aider les pays en développement à mettre en place des mesures concrètes pour s’adapter au changement climatique et renforcer leur capacité de gestion de la variabilité climatique croissante et des phénomènes météorologiques exceptionnels.

Leçons tirées des opérations de la Bad dans le secteur de l’énergie Depuis près d’une quarantaine d’années, la Banque africaine de développement soutient ses pays membres régionaux (PMR) dans leurs efforts de développement énergétique. Les approbations de projets dans le secteur énergétique représentent environ 12 % du total des approbations du Groupe de la Banque depuis 1967. D’importantes leçons ont été tirées durant la mise en œuvre des opérations, notamment les éléments suivants:

  • les grands projets électriques restent essentiels pour répondre à la demande énergétique croissante des zones urbaines où l’on trouve une proportion grandissante de la population et la majeure partie des activités économiques;
  • cela dit, les besoins énergétiques des zones rurales où plus de la moitié de la population africaine vit ne peuvent pas être satisfaits exclusivement par l’extension des réseaux électriques nationaux en direction de ces zones ; des solutions locales décentralisées ont un rôle à jouer;
  • la coopération régionale et l’intégration des marchés sont essentiels pour assurer l’accès pour tous à l’énergie dans la plupart des pays africains ;
  • les partenariats public-privé présentent des possibilités considérables qui attendant d’être exploitées ; et
  • le consensus et la compréhension mutuelle entre parties prenantes sont essentiels pour accélérer le développement énergétique.

Faits et chiffres

  • La production énergétique – électricité, transports, et industries - est responsable d’environ deux tiers des émissions de gaz à effet de serre dans le monde.
  • La production énergétique de l’Afrique représente environ 9,5 % de la production mondiale totale, mais le continent ne consomme qu’environ 3 % de la production énergétique mondiale ; il est donc un exportateur net de ressources énergétiques.
  • L’hydroélectricité représente 45 % de la production électrique en Afrique subsaharienne, mais moins de 4 % du potentiel commercialement exploitable du sous-continent a été exploité.
  • La part du continent africain dans les émissions annuelles de gaz à effet de serre dans le monde (GHG) ne représente que 4,9 %.

En outre, les dirigeants africains ont consacré une bonne partie du Sommet de l’Union africaine de janvier 2007 à essayer de trouver les voies et moyens de faire face aux défis posés au continent par le changement du climat mondial et ont adopté un Plan d’action pour l’Afrique sur l’information climatologique au service du développement. Peter Njoh Ngomba, manager au département des politiques opérationnelles et des normes, nous dévoile la cadre de la Bad pour l'investissement dans les énergies propres en Afrique.

Q: Pourquoi la Banque africaine de développement songe-t-elle à lancer un nouveau cadre pour l'investissement dans les énergies propres en Afrique?

Ce cadre est la réponse de la BAD à la demande du G-8 et aux préoccupations des dirigeants africains concernant le changement climatique et la rareté de l’énergie. C’est un cadre global qui permet de s’attaquer au chantier de l’augmentation de l’accès à l’énergie et de l’utilisation optimale des différentes formes d’énergie propre en Afrique. Il est le lieu où sont examinés les problèmes essentiels, les défis, les possibilités ainsi que les besoins en ressources et le rôle que la Banque est appelée à jouer dans l’effort d’augmentation de l’accès à l’énergie et de développement des énergies propres, contribuant ainsi aux efforts d’atténuation du changement climatique mondial.

Q: Quel est le potentiel d’énergie propre en Afrique ?

Le continent recèle d’énormes potentialités inexploitées d’énergie propre. Il est absolument nécessaire que les pays africains, en particulier en Afrique subsaharienne, fassent un plus grand usage de leurs énormes potentialités inexploitées d’énergie renouvelable, notamment l’hydroélectricité, l’énergie géothermique, l’énergie solaire et la puissance éolienne, et l’utilisation plus efficace de la biomasse. Le développement de telles formes d’énergie pourrait être financé en partie par la vente des ″droits de pollution״. La nécessité de promouvoir une plus grande efficacité et économie énergétique tout en investissant dans l’accès du plus grand nombre à l’énergie est également importante.

Q: Parlant de financement, quelle est l’ampleur des investissements nécessaires pour développer de telles potentialités d’énergie propre sur le continent ?

Les besoins de financement des approvisionnements énergétiques de l’Afrique à la mesure des besoins de la population entière – zones rurales comprises – tout en intensifiant l’exploitation des sources d’énergie propre, sont considérables. Cela nécessite la coordination des efforts des partenaires au développement et des gouvernements. Le Groupe de la Banque a un rôle prépondérant à jouer. Il cherchera à donner un plus grand effet multiplicateur à ses ressources en collaborant plus étroitement avec les pays membres régionaux (PMR) sur la création d’un environnement politique et institutionnel favorable à l’investissement du secteur privé. En tant qu’institution financière unique dédiée exclusivement à l’Afrique, la BAD occupe une position qui lui permet de jouer le rôle d’organisme de coordination, de courtier et de fournisseur de services de syndication aux PMR, aux institutions bilatérales et multilatérales, et aux partenaires au développement privés, pour soutenir les stratégies d’accès à l’énergie et de développement fondé sur des énergies en basse teneur en carbone. Les pays africains devraient faire de cette approche la pierre angulaire de leurs stratégies en matière d’énergie propre.

Interview conducted by Yvan Cliche, y.cliche@afdb.org


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Speaker

Nom: Peter Njoh Ngomba Titre: Manager, Operations Policies and Compliance Department