Pour une plus forte implication de la BAD dans la gestion des ressources naturelles en Afrique

12/12/2013
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« Le super cycle de la flambée actuelle des cours des matières premières dont jouissent les économies reposant sur ces ressources, pourrait tout simplement cesser sans que n’en perdurent les bienfaits, si cette tendance n’est pas exploitée pour avoir des effets durables sur le développement. C’est pour aider à résoudre ce problème sur le continent africain, que la Banque africaine de développement (BAD) a créé le Centre africain des ressources naturelles. Celui-ci a pour mission de fournir aux pays membres régionaux, en temps réel et de manière coordonnée, des prestations de conseil ainsi qu’une assistance technique, et de renforcer leurs capacités », a déclaré Mthuli Ncube, vice-président de la BAD et économiste en chef, alors qu’il présidait une table ronde sur le thème  “Une meilleure gestion des ressources naturelles”, organisée dans le cadre de la conférence de 2013 dédiée aux “défis des gouvernements”, qui s’est tenue le 10 décembre 2013, à la Blavatnik School of Government de l’université d’Oxford, au Royaume-Uni.

Cette conférence, qui s’est penchée sur les défis que pose le “pouvoir du peuple”, a réuni experts et décideurs qui, deux jours durant, ont réfléchi à la manière dont les États peuvent répondre aux attentes croissantes des citoyens s’agissant, d’une part, de prestation de services, de création d’emplois et de développement et, d’autre part, de la façon dont les actions citoyennes peuvent façonner et améliorer les politiques gouvernementales. Présidé par la BAD, le panel de la table ronde, comprenait des experts et des professionnels de terrain, à l’instar de Paul Collier de l’université d’Oxford ; de Richard Konteh, chef de cabinet du président de la Sierra Leone ; Sheila Khama, directrice du Centre africain des ressources naturelles de la BAD ; et de Frazer Thompson, membre de l’institut Mackenzie Global. Tous ont réfléchi, ensemble, à la façon dont les pouvoirs publics peuvent tirer parti des ressources naturelles, au profit de leurs citoyens et avec la volonté d’améliorer leur niveau de vie.

De l’avis de Paul Collier, il s’agit de faire en sorte que chaque ressource naturelle qui s’épuise soit remplacée par un actif plus productif et plus durable – qu’il s’agisse d’infrastructures, de capital humain ou, surtout, de villes durables. Ces actifs créeront alors une plateforme de diversification de l’économie, afin que celle-ci ne soit plus tributaire des seules ressources naturelles. L’exemple de la Malaisie pourrait faire école dans d’autres pays qui dépendent des matières premières : le pays a profité du premier boom des matières premières pour financer le développement d’un secteur électronique à forte valeur, et favoriser une urbanisation rapide.

« Il est vraiment crucial que les pouvoirs publics définissent une vision globale quant à la manière de transformer la manne géologique en résultats de développement. Autrement dit, ils doivent esquisser des perspectives et faire des choix politiques (maximisation des revenus, développement les infrastructures ou création d’emplois) ; expliquer la situation et en informer les citoyens », relève Sheila Khama, forte de son expérience dans le secteur privé et au sein de groupes de réflexion sur le continent africain.

Richard Konteh quant à lui, s’est employé à décrire la complexité de l’élaboration des dispositions concessionnelles et contractuelles appropriées d’une part et, la difficulté à gérer le délai entre le lancement de l’exploitation d’une ressource et les premières retombées positives d’autre part. Il a ensuite expliqué que connaître la valeur réelle des ressources naturelles pour savoir comment en tirer parti et planifier la mise en œuvre des politiques se révèle l’un des plus grands problèmes que doivent relever le gouvernement de la Sierra Leone et de nombreux pays en développement.

A son tour, Frazer Thompson a souligné la nécessité d’opérer un changement fondamental de paradigme, s’agissant de l’exploitation des ressources naturelles. Il préconise un modèle dit “tigre des ressources”, qui combine exploitation plus rationnelle et maximisation de la récupération de la plus-value, afin d’investir dans des investissements productifs et diversifiés, tels que les nouveaux modèles de mutualisation des infrastructures.

Les membres du panel sont convenus que le secteur privé a, de toute évidence, un rôle important à jouer dans cette initiative. Les pouvoirs publics doivent veiller à ce que les priorités des sociétés privées correspondent aux besoins des populations locales, en mettant notamment davantage l’accent sur la création d’emplois et sur la chaîne d’approvisionnement à l’échelon local, et en s’assurant que l’économie locale en tire davantage profit. Les sociétés doivent également échanger plus efficacement avec les populations locales sur leur impact économique.

En présentant les conclusions du panel, Mthuli Ncube a souligné la nécessité de délivrer aux pays en développement des avis d’experts et impartiaux, lorsqu’il leur faut prendre des décisions en matière de gestion des ressources naturelles. Car ces décisions détermineront leur mode de développement au cours de la décennie à venir. Le vice-président de la BAD a par ailleurs déclaré que la Banque entend contribuer de manière plus substantielle en ce domaine, grâce au Centre africain des ressources naturelles.