Les gouvernements africains veulent que les exploitants agricoles soient protégés

27/10/2011
Share |

Les gouvernements africains doivent mettre en œuvre des politiques qui encouragent une concurrence équitable, afin d’éviter aux petits agriculteurs d’être exploités par les intermédiaires opérant dans la commercialisation et l’exportation des cultures de rente.

La mise en œuvre de ces politiques, selon les experts du Centre africain pour la transformation économique (ACET), permettra d'améliorer les revenus des petits agriculteurs et de stimuler la production.

Alors que les agriculteurs africains attendent des pouvoirs publics et des bailleurs des investissements dans l’augmentation de la productivité agricole, ces investissements pourraient faire baisser les prix des matières premières et les revenus agricoles, à moins d’être liés aux opportunités de marché pour les agriculteurs.

Le mauvais fonctionnement des marchés, la faiblesse de la demande intérieure et le manque de possibilités d'exportation sont des contraintes majeures pour les perspectives de croissance agricole de l'Afrique.

«Globalement, nous constatons que l'augmentation de la concurrence entre les industriels est bonne pour les agriculteurs alors que sa réduction a un effet contraire», a déclaré François Mulangu, agro-économiste agricole à l’ACET. Il a exprimé ce point de vue dans un document de recherche sur la « Concurrence sur le marché des cultures d’exportation et revenus agricoles », présenté lors d’une session consacrée aux ménages et à la concurrence sur le marché, à la sixième Conférence économique africaine à Addis Abeba.

La conférence est organisée par la Banque africaine de développement, la Commission économique des Nations Unies pour l'Afrique et le Programme des Nations Unies pour le développement, sur le thème «L'économie verte et la transformation structurelle».

Les pays africains dépendent encore lourdement des cultures d'exportation traditionnelles, parmi lesquelles le cacao, le café, le coton, le sucre, le thé, le tabac  représentent actuellement 50 pour cent du total de leurs exportations agricoles.

En raison de la chute des prix mondiaux, l’augmentation de la production des cultures d'exportation traditionnelles ne s'est pas traduite par une croissance plus élevée des  revenus agricoles.
Les experts en agriculture affirment également que l'agriculture africaine a reçu trop peu de capitaux et n’a pas drainé les investissements qu’il aurait fallu pour opérer une transformation structurelle du secteur et créer des liens capables d'assurer la croissance et la compétitivité dans la chaîne de valeur.

« La faiblesse des cadres institutionnels existants a entravé le développement des structures de marché appropriées qui peuvent profiter aux petits paysans. Les gouvernements doivent créer des institutions crédibles pour assurer une concurrence adéquate sur le marché, afin de protéger les agriculteurs », a déclaré Ginette Camara, conseillère économique au Bureau national du PNUD au Tchad.

Mme Camara a également souligné la nécessité pour les gouvernements d'améliorer l'accès à l'information pour les petits agriculteurs, car les intermédiaires profitent de leur facilité d’accès aux informations pour exploiter les agriculteurs.

Le professeur William Amponsah, de la School of Economic Development de Georgia Southern University, a toutefois déclaré que la protection de la stabilité politique est cruciale pour la compétitivité du commerce et la durabilité de la croissance dans le secteur agricole.

Sur la base d’une étude de cas concernant le commerce des fleurs du Kenya avec l'Union européenne, dans le contexte du conflit post-électoral de 2007, M. Amponsah a souligné que le conflit pourrait avoir amené les importateurs de roses de l'UE à délaisser le Kenya pour s’orienter vers d’autres grands pays exportateurs comme l'Equateur et d'autres pays d'Afrique orientale.
En outre, M. Amponsah a noté que la destruction des terres agricoles, des récoltes et des infrastructures connexes, provoquée par les violences politiques, peut avoir aussi bien des implications à long terme sur l'environnement et sur l’augmentation des coûts de la transformation économique du Kenya.

«Les gouvernements doivent tenir compte des coûts potentiels à long terme de l'instabilité politique, par rapport aux avantages à court terme, en élaborant une voie de développement transformationnel qui prenne en charge les revendications associées à l'instabilité politique. »
Pour sa part, Souleymane Abdallah, de la CEA, a averti les pays des risques des investissements directs étrangers dans le secteur de l'agriculture, qui est le plus concerné par les exportations. En effet, les pesticides et les engrais, dont l’utilisation est encouragée dans ce secteur, peuvent avoir des effets néfastes sur l'environnement.

Dans un exposé sur «L’augmentation du crédit, de la consommation et de richesse des ménages en milieu urbain en Ethiopie », Abbi Kedir de l'Université de Leicester, au Royaume-Uni, a déclaré que la fourniture de crédit aux ménages est cruciale pour la création d'emplois et constitue un moteur de croissance.

Des centaines d'économistes, universitaires, représentants des gouvernements et de la société civile, ainsi que des médias d'Afrique et d'autres continents participent à cet événement de quatre jours, organisé tous les ans pour discuter du développement de l'Afrique et de questions connexes.