Spécialiste en réduction de la pauvreté en chef de la BAD : la pauvreté en Afrique est un signal d’alarme

12/07/2007
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Spécialiste en réduction de la pauvreté en chef de la BAD : la pauvreté en Afrique est un signal d’alarme

Question: Vous êtes le Spécialiste en Chef du Groupe de la Banque chargé de la réduction de la pauvreté. Pouvez-vous dire à nos lecteurs en quoi consistent vos responsabilités ?

Réponse: Il est vrai que mon poste est intitulé "Spécialiste en chef en réduction de la pauvreté", mais je suis un économiste  de formation qui a été amené par d’heureuses circonstances à travailler sur la réduction de la pauvreté. Je veux dire par là que je n’ai jamais suivi de cours sur la réduction de la pauvreté pendant mon cursus universitaire. Sans entrer dans les détails, je dirais que toute personne qui travaille sur le développement économique de l’Afrique peut ou doit être, peu ou prou, un spécialiste de la pauvreté quelle que soit sa formation universitaire. Je dois cette conviction à la façon dont je perçois ce qu’est la pauvreté en Afrique.  Qu’est-ce que la pauvreté, en effet, dans un contexte africain ?  La pauvreté en Afrique, surtout en Afrique subsaharienne, est malheureusement une combinaison de plusieurs facteurs: 

  • Un revenu faible assorti d’un pouvoir d’achat limité ;
  • La malnutrition chronique et la faim persistante, y compris l’absence de logement décent et d’eau de robinet potable ;
  • L’impossibilité de recevoir des soins médicaux en cas de maladie et la perte de ses enfants ou de membres de sa famille pour cause de maladies- surtout de maladies infectieuses-  que l’on peut prévenir ;
  • L’impossibilité de fréquenter l’école, de lire ou de parler correctement ;
  • L’obligation de parcourir de longues distances, à pied, pour acheter des intrants, vendre des produits et chercher du travail, de l’eau ou du bois de chauffe ;
  • L’exposition à la sécheresse et autres aléas environnementaux tels que la déforestation, le surpâturage, l’érosion des sols et la surexploitation des produits halieutiques et autres ressources naturelles ; 
  • L’inégalité homme femme et l’accès inégal aux hauts revenus, en particulier l’accès aux actifs productifs tels que la terre, les services  sociaux et les opportunités d’emplois ;
  • Le sentiment d’impuissance, la perte de tout espoir, de la dignité, de la maîtrise de son destin, etc…

Si donc on considère cette définition "opérationnelle" de la pauvreté – une synthèse tirée de sources variées pour mieux souligner son caractère multidimensionnel – ainsi que la forte prévalence de la pauvreté en Afrique, je pense que ce n’est trop demander que d’inviter chacun d’entre nous – à la fin de sa journée de travail – à se poser la question suivante: Qu’ai-je fait aujourd’hui pour réduire la pauvreté en Afrique ?  En d’autres termes, si la volonté politique, institutionnelle, intellectuelle et professionnelle est là, il y’aura toujours moyen de réduire la pauvreté.

Pour répondre plus précisément à votre question, j’ai entre autres responsabilités, celle d’examiner les opportunités et les contraintes afférentes aux dimensions multiformes de la pauvreté en Afrique dans le cadre des interventions de la Banque. C’est notamment le cas lorsqu’il s’agit d’infléchir ou de s’assurer de la prise en compte de l’aspect pauvreté dans les études macroéconomiques et sectorielles ; l’appui de la Banque aux Documents de stratégie de réduction de la pauvreté (DSRP) ; et la préparation de documents concernant les Documents de stratégie pays, les travaux économiques et sectoriels, la recherche appliquée, le renforcement des capacités des institutions, programmes et projets. 

Question: On déclare un peu partout qu’au cours de la dernière décennie l’Afrique est de toutes les régions du monde celle qui a connu le plus de pauvreté. Cette assertion est-elle vraie ?

Réponse: Avant de répondre à cette question, il est capital et aussi prudent de se rappeler que le continent est une entité hétérogène à maints égards.  Hétérogène économiquement, socialement, politiquement et même spirituellement. Oui, spirituellement car si nous voulons sérieusement contribuer à réduire la pauvreté de manière significative et pérenne, nous ne pouvons pas opérer dans un vide spirituel et éthique. Mais pour les besoins de cette interview, je me limiterai à l’hétérogénéité du point de vue économique et social. 

De manière générale, il est évident que la structure des économies des pays de l’Afrique du nord diffère quelque peu de celle des pays d’Afrique subsaharienne. Tout comme il y a des variations dans la structure des économies au sein,même du groupe des pays africains situés au sud du Sahara. Ainsi, par exemple, les opportunités et les contraintes que l’on trouve dans les pays à revenu intermédiaire tels que le Botswana,  Maurice, la Namibie et l’Afrique du Sud ne sont pas les mêmes que celles que l’on trouve dans les pays FAD d’Afrique centrale, de l’Est, du Sud et de l’Ouest.

A l’évidence, de telles variations peuvent conduire à des différences notables au niveau de l’incidence, l’ampleur, les causes et les remèdes potentiels de la pauvreté. Et ceci est vrai pour les sources  comme pour la qualité de la croissance en faveur des pauvres (par ex. l’agriculture, les services,  les industries manufacturières, le tourisme,  l’orientation vers les exportations à l’ère de la globalisation, etc… ;  la mobilisation des ressources nationales et internationales pour lutter contre la pauvreté ; le niveau et l’efficacité des ressources publiques affectées aux secteurs pertinents pour la pauvreté ;  le rôle respectif des organisations publiques, privées et de la société civile dans la réduction de la pauvreté ; et le type ainsi que la qualité des institutions publiques mises en place pour élaborer, mettre en œuvre et évaluer des politiques, programmes et projets de réduction de la pauvreté qui permettent d’atteindre dans les délais les Objectifs du millénaire pour le développement (OMD). 

Avec cette réserve, un peu longue et sans doute bien connue des experts, je voudrais signaler que l’incidence de la pauvreté (sur la base d’un seuil de pauvreté fixé à 1 dollar par jour) en Afrique du nord est inférieure à 2 pour cent.  Le taux correspondant pour l’Afrique subsaharienne est d’un peu plus de 40 pour cent. En résumé, permettez-moi de rappeler cet énoncé souvent cité selon lequel en dépit des améliorations intervenues en matière de politiques et les taux de croissance fort respectables affichés par de nombreux pays depuis le milieu des années 90, l’Afrique subsaharienne est la seule région au monde qui risque de ne pas atteindre les OMD d’ici à 2015. Et nous ne sommes plus qu’à 8 ans de 2015 ! De plus, la pauvreté est endémique même dans certains des pays à revenu intermédiaire.  En général, la forte prévalence de la pauvreté en Afrique devrait agir comme une sonnette d’alarme non seulement pour tous les  Africains mais aussi pour tous les citoyens du monde responsables.  Il faut à mon avis, traduire cette alarme en une conjugaison d’efforts collectifs et soutenus pour maximiser le nombre de pays africains capables d’atteindre la totalité ou la plupart des OMD d’ici à 2015. Ce n’est peut-être qu’un rêve, me direz-vous ? Oui, mais c’est un rêve qui devrait susciter des actions immédiates et soutenues chez les décideurs et les praticiens du développement dans tous les domaines de l’activité humaine. Que faire alors ? Elaborer et mettre en oeuvre des politiques appropriées, allouer des ressources suffisantes aux secteurs pertinents pour la pauvreté, créer les capacités nécessaires en termes de personnel et d’institutions, et harmoniser les activités (au sein des institutions et d’une institution à l’autre) selon des modalités qui soient compatibles avec la réalisation des OMD. 

Question: La lutte contre la pauvreté fait partie intégrante de la mission du Groupe de la Banque. Quels sont les résultats obtenus dans ce domaine depuis toutes ces années?

Réponse: Laissez-moi vous dire d’entrée de jeu que l’évaluation de l’impact des interventions tant de la Banque que de ses partenaires sur le développement des pays bénéficiaires continue de poser plusieurs problèmes en termes d’analyse.  Fort heureusement, des efforts d’ensemble ont été déployés pour élaborer des approches permettant d’évaluer l’impact de ces interventions. Pour vous donner un exemple, l’appel lancé par la communauté internationale en faveur de l’efficacité accrue du développement, l’harmonisation des politiques et l’obtention de résultats concrets sur le terrain n’est que l’écho de la volonté collective d’améliorer les conditions de vie des couches les plus pauvres.

La Banque elle-même a lancé, au cours des dernières années, un certain nombre d’initiatives qui peuvent très fortement renforcer son action en faveur de la réduction de la pauvreté.  La mise en œuvre de certaines de ces initiatives, notamment celles relatives au NEPAD,  à l’accès à l’eau potable en milieu rural, à l’intégration régionale, aux infrastructures, à la bonne gouvernance, etc…est d’ailleurs très avancée. Il y a lieu de noter également que les efforts en cours sont directement et indirectement liés à la promotion de la croissance durable, la réduction de la pauvreté, la parité homme femme, la protection de l’environnement et l’atteinte des OMD. Mais pour gagner du temps, je m’en tiendrai à ce que fait la Banque dans le cadre de la mise en oeuvre de sa Politique de réduction de la pauvreté qui a été approuvée en 2004. 

Globalement, la politique est exhaustive en ce sens qu’y figurent en bonne place l’appui de la Banque aux DSRP, l’efficacité du développement, l’harmonisation des politiques pilotée par les pays et la nécessité d’atteindre les OMD.  La Division du développement durable essaie de faciliter la mise en oeuvre de la politique en veillant à sa diffusion, à la formation du personnel non seulement sur les composantes de la politique elle même mais aussi sur les éléments constitutifs de l’analyse de la pauvreté à  différents niveaux, comme par exemple la troisième session du programme de formation des membres du personnel de la Banque sur l’économie de la pauvreté, qui s’est tenue les 28-29 juin 2007 à Tunis, la prise en compte de la nécessité de promouvoir la réduction de la pauvreté comme principe directeur de l’action des équipes pays ainsi que le processus de revue à l’échelle de toute la Banque.  Toutefois la persistance de certains obstacles continue de contrarier la mise en œuvre effective et cohérente de la politique. Ainsi, le taux de participation à la formation à la lutte contre la pauvreté aurait pu être meilleur que ce que l’on a observé.  Le problème réside en partie dans les contraintes de temps, surtout quand il s’agit du personnel des Opérations.  On peut déplorer de même la relative faiblesse des mesures incitatives pour les équipes pays et le processus de revue. Aussi, le défi de la prise en compte effective de la réduction de la pauvreté dans la préparation des Documents de stratégie pays, les études économiques et sectorielles, la recherche appliquée et les interventions de la Banque à toutes les étapes du cycle des projets n’en est que plus pressant, à mon avis. C’est pourquoi par exemple, du fait de l’inadéquation des effectifs des spécialistes de la pauvreté dans le complexe des opérations, la réduction de la pauvreté est perçue comme relevant principalement des responsabilités de la Division du développement durable. Or si cette impression prospérait, la mise en œuvre de la politique de la Banque en matière de réduction de la pauvreté serait gravement compromise. De manière plus générale, pour faire avancer résolument le programme de réduction de la pauvreté, il nous faut impérativement prendre trois types d’engagements. Le premier est l’engagement - en accord avec les PMR et leurs partenaires au développement – à mieux comprendre l’immensité, la multiplicité et les causes de la pauvreté en Afrique. Il est nécessaire à cet effet de mobiliser des ressources humaines et financières adéquates pour la collecte et l’analyse d’enquêtes sur les ménages dans autant de pays africains et autant de secteurs que possible et constituer ainsi une banque de données sur l’incidence de la pauvreté, son ampleur, ses causes et les politiques palliatives envisagées.  Le deuxième engagement à prendre est de mettre à la disposition des opérations de prêt et hors prêt entreprises par la Banque et ses partenaires au développement toutes ces informations et les enseignements tirés des analyses et des savoirs sectoriels. Le troisième engagement enfin est de concevoir avec perspicacité des politiques et programmes spécifiques de réduction de la pauvreté, de les mettre en oeuvre avec efficacité et d’évaluer de manière périodique et cohérente l’impact de telles interventions sur la vie des pauvres. 

Question: Au vu des efforts déployés par le Groupe de la Banque pour réduire la pauvreté, quels sont les conseils de politique que vous donneriez à l’institution si l’occasion vous en est donnée ?

Réponse: D’abord, laissez-moi vous redire que la politique actuelle de la Banque pour la réduction de la pauvreté est tout à fait exhaustive. J’insisterai donc tout particulièrement sur la nécessité de mettre en œuvre les différentes composantes de cette politique de manière cohérente et déterminée. Pour cela, comme je le disais tantôt, il faut davantage de ressources humaines et financières pour renforcer la prise en compte de la dimension pauvreté dans les politiques, les études économiques et sectorielles et la recherche appliquée et pour consolider les interventions de la Banque axées plus spécifiquement sur la réduction de la pauvreté.  Il nous faudra également davantage de champions et de parrains à tous les niveaux, c’est-à-dire dans les différents départements, disciplines et  professions, de sorte que les membres du personnel de la Banque puissent travailler plus efficacement ensemble pour la réalisation de cet objectif commun qu’est la réduction de la pauvreté. 

Ensuite, je soulignerai la dimension éducation dans la réduction de la pauvreté en accordant une place prépondérante au rôle de l’enseignement supérieur dans la réduction de la pauvreté dans le contexte de la mondialisation, sans toutefois perdre de vue les problèmes d’inégalité que le choix porté sur l’enseignement supérieur ne manquera pas de susciter. Cette nouvelle orientation ne devrait d’ailleurs pas se généraliser sans avoir capitalisé au préalable les enseignements mitigés tirés de l’option naguère prise en faveur de l’enseignement primaire (avec les problèmes récurrents de la qualité) au détriment de l’enseignement supérieur. 

Enfin, je soulignerai pour terminer que la Banque ajoute encore plus de valeur au programme global de réduction de la pauvreté et de promotion de la bonne gouvernance en introduisant une dimension éthique dans son action par le biais d’une série de séminaires sur le thème « Ethique et développement » organisés à l’intérieur de la Banque comme dans les Pays membres régionaux. 

Question: Certains disent que la Banque et les institutions similaires croient que l’argent est la meilleure façon de résoudre le problème de la pauvreté en Afrique. Etes-vous d’accord avec cette assertion ? 

Réponse: Voilà une question à la fois simple et compliquée. Il est très difficile de gaspiller son argent si l’on a des objectifs clairs, réalistes et quantifiables, des moyens adéquats et la volonté inébranlable de les réaliser. Ce sont là les ingrédients dont a besoin la réduction de la pauvreté en Afrique. Mais si vos objectifs ne sont pas clairs, que votre détermination est tangente ou partielle et que vous n’avez pas le bon dosage de compétences, alors vous allez très probablement gaspiller votre argent. J’espère que je ne vais pas vous paraître trop simpliste en vous disant que maintenant plus que jamais dans l’histoire de l’humanité (que ce soit en Afrique ou ailleurs dans le monde), l’accès adéquat aux ressources financières est une condition sine qua non pour vivre décemment. Ce qu’il y a lieu de faire, c’est donc d’utiliser l’argent disponible, surtout les ressources publiques que l’on a pu mobiliser, pour aider les pauvres à s’investir dans des domaines qui leur permettent eux-mêmes de venir à bout de leur pauvreté,  comme par exemple des investissements pour accroître la productivité de leurs terres et de leur travail. Compte tenu de la forte prévalence et de l’ampleur de la pauvreté dans de nombreux pays africains, en particulier en Afrique subsaharienne, il est indéniable qu’il faut trouver davantage de ressources sur le plan national et international. Par conséquent, le défi lancinant qui se pose aux institutions attelées à la réduction de la pauvreté, est d’utiliser toutes les ressources mises à disposition de manière cohérente, efficace et judicieuse. Pour les décideurs par exemple, il s’agit de « pratiquer ce que l’on prêche » pour ce qui est de pratiquer la réduction de la pauvreté et la lutte contre la corruption en même temps.  Tant que les déclarations sur l’atteinte des OMD ne seront pas suivies de l’octroi de ressources adéquates, nous mettrons encore plus de temps à atteindre les OMD.  Mais nous avons la chance que l’environnement de la lutte contre la pauvreté est plus encourageant que jamais, sur le plan national comme international. J’ai la ferme conviction que dans les années et les décennies à venir, de plus en plus de ressources allouées à la réduction de la pauvreté seront utilisées de manière encore plus efficiente.  Mais il faudra alors faire preuve de vigilance sur tous les fronts. 

Question: Les grands projets d’infrastructures sont pour beaucoup d’experts un préalable pour la réduction de la pauvreté. Partagez-vous ce point de vue ?

Réponse: Il est vrai en effet que le rôle de l’infrastructure dans la réduction de la pauvreté est tout à fait fondamental. A l’évidence, l’existence d’infrastructures bien développées est un facteur crucial non seulement pour la promotion d’une croissance large et équitable mais aussi pour la fourniture efficiente et opportune de services sociaux essentiels aux pauvres, la facilitation de l’intégration régionale et la création d’opportunités d’emplois à l’intérieur des pays comme d’un pays à un autre. Ainsi, la réduction des distances pour accéder à l’école, aux services de santé, à l’eau potable,  aux intrants et extrants du marché agricole, etc … a un impact notable et quantifiable sur l’amélioration des conditions de vie des pauvres en milieu rural en général et des femmes en particulier. C’est le lieu de rappeler que toutes ces questions sont traitées de manière succincte dans la Politique de la Banque en matière de réduction de la pauvreté. Il est essentiel cependant de lier l’action menée dans ce secteur à la demande et aux priorités exprimées par les PMR de la Banque à travers leurs DSRP et autres programmes de développement connexes.  Autrement dit, la Banque (ou d’autres partenaires au développement) n’a pas l’obligation de prêter dans tous les grands secteurs d’activité mais elle doit être au fait de tout ce qui se fait dans chaque secteur et dans chaque pays afin que cette connaissance puisse guider ses interventions et celles de ses partenaires dans la lutte contre la pauvreté sous toutes ces formes.  Ainsi par exemple, même si des pays ne viennent pas à la Banque pour emprunter de l’argent pour le secteur de l’éducation, la Banque devrait s’assurer que de tels pays et leurs partenaires au développement viennent à elle pour des conseils de politique avisés et un savoir-faire avéré de la Banque dans ce secteur.  Après tout, nous sommes dans un monde où domine l’approche holistique du développement. Par conséquent, la Banque se doit d’être pleinement consciente des rapports et relations qui traversent et unissent les différents secteurs sur le plan analytique, même si elle n’intervient pas dans tous les secteurs.  Il convient de saluer à cet égard les efforts actuellement déployés par  la Banque pour élargir et approfondir ses capacités d’analyse en recherche économique et sectorielle, afin de se positionner comme un centre de savoir sur le développement. 

Question: Avez-vous d’autres remarques à faire sur vos responsabilités au jour le jour?

Réponse: Oui.  Je voudrais citer les paroles d’un célèbre dirigeant religieux appelé Hillel – Je suis tombé sur ses propos en lisant un livre sur la vie de Kenneth J. Arrow  (un des deux lauréats du Prix Nobel d’Economie 1972). Hillel, qui a vécu il y a plusieurs siècles de cela, disait ceci:  « Si je ne défends pas ma propre cause, qui le fera à ma place ?  Si je ne me bâts pas pour moi, quel homme suis-je donc ? Et si ce n’est pas maintenant, quand sera-ce alors ? »  Je crois que ces propos renferment l’essence de la notion de responsabilité individuelle, la compassion et la réaction positive et immédiate en faveur d’autrui.  C’est également le point de vue de Kenneth Arrow—à savoir que l’élément de base d’une bonne société est la centralité des autres. Amartya Sen (autre lauréat du Prix Nobel pour son travail sur l’économie du bien-être y compris la pauvreté, en 1998) et Adam Smith (le père  de la science économique moderne)  ont aussi consacré leur vie à analyser ce qu’il faut d’ingrédients pour améliorer la vie de leurs citoyens les moins fortunés.  Ce qui est intéressant à noter au sujet d’Amartya Sen et d’Adam Smith, c’est que ce ne sont pas seulement des économistes bien connus, mais aussi des philosophes moralistes. Dernière citation, enfin, celle de William J. Baumols (autre éminent économiste), citation tirée d’un livre sur sa vie) qui dit qu’"il n’a pas de crime plus odieux que la pauvreté".  Il est donc très clair pour moi que tout travail sur la réduction de la pauvreté doit s’appuyer sur une bonne dose de considérations économiques et morales. Je crois que ce passage suivant tiré du livre de Léon Tolstoy intitulé « Que devons-nous faire alors ? » (un livre sur la pauvret à son époque) s’applique parfaitement à ceux qui ne "pratiquent pas ce qu’ils prêchent" lorsqu’il s’agit de la lutte actuellement engagée contre la pauvreté: 

"Je suis assis sur la nuque de cet homme, et l’écrasant de mon poids, je l’oblige à me porter – tout en m’assurant moi-même et en assurant les autres que je suis vraiment désolé pour lui et que je souhaite vivement améliorer son sort par tous les moyens dont je dispose —sauf celui de lâcher et libérer sa nuque".

Il est très difficile de dire avec une absolue certitude qui est assis sur la nuque des pauvres gens, hommes et femmes, ni pourquoi ni pour combien de temps. Mais la Banque et ses partenaires au développement sont et devraient être dans une position relativement meilleure pour mobiliser toutes les ressources financières, intellectuelles, humaines et « morales » nécessaires pour faire en sorte que le fardeau qui écrase les pauvres hommes et femmes d’Afrique soit immédiatement et durablement enlevé. Et en quoi consiste ce fardeau ? Une insécurité alimentaire chronique, la faim, la malnutrition, en particulier celle des femmes et des enfants ; l’analphabétisme ; la faible productivité du travail et de la terre ; l’inégalité hommes femmes, le sentiment d’impuissance, la perte de dignité au présent et la perte d’espoir dans l’avenir, etc…tous ces problèmes-là sont des défis que les agences de développement doivent s’atteler à relever sur une base quotidienne.

Contact: Joachim Arrey, External Relations and Communication Unit, +216 71 10 27 59, j.arrey@afdb.org

 


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Nom: Hailu Mekonnen Titre: AfDB’s Chief Poverty Reduction Specialist