Daniele Ponzi, économiste environnemental de la BAD: S’adapter est la solution

20/07/2007
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Daniele Ponzi, économiste environnemental de la BAD: S’adapter est la solution

Question: Les changements climatiques constituent une menace majeure pour les initiatives visant le développement économique et la réduction de la pauvreté sur le continent. Que fait la Banque pour aider les pays africains à cet égard ?

Réponse:  Les initiatives de la Banque face aux changements climatiques mettent l’accent sur deux domaines, à savoir, l’assistance aux pays membres régionaux (PMR)  pour la réduction des émissions de gaz à effet de serre (GES) (réduction des GES) principalement par des investissements dans les projets d’appui au secteur des énergies renouvelables et en faveur des économies d’énergie (REEE) ainsi que l’aide aux PMR pour la mise en place des mécanismes  d'adaptation  aux changements climatiques. En ce qui concerne la réduction de GES, les guichets des secteurs public et privé de la Banque financent déjà des projets en faveur de l’énergie propre par leurs opérations régulières dans les secteurs de l’énergie et des autres infrastructures. A travers notre Département du secteur privé, par exemple, nous avons une réserve croissante de projets en faveur des REEE, notamment des projets de coproduction d’électricité industrielle, d'énergie éolienne et d’aménagement de petites centrales hydro-électriques. Notre programme FINESSE et divers Fonds multilatéraux et bilatéraux jouent également un rôle déterminant dans ce genre d’initiatives. Concernant l'adaptation aux changements climatiques nous suivons  deux principales orientations:

  1. nous appuyons les efforts  d'adaptation rapide de nos PMR en termes de renforcement de capacités et d’investissements afin de renforcer leur résilience face aux changements climatiques et faire en sorte qu'ils toujours capables d’atteindre leurs objectifs de développement dans la perspective d’une aggravation des risques climatiques ;
  2. nous recherchons les moyens de contrôle anticipé des risques  climatiques  dans les opérations de la Banque, c’est-à-dire que nous introduisons progressivement des méthodes de réduction des risques climatiques en vue de la « protection des projets vulnérables à l’impact des changements climatiques », tels que les projets des secteurs agricoles ou des infrastructures.

Cela permet de protéger plus efficacement les investissements de Banque contre les conséquences des aléas climatiques et de préserver leur impact sur le de développement. Toutes ces activités entreront dans le domaine d’application du Cadre pour l’énergie propre et l’investissement au service du développement qui est sur le point d’être finalisé en vue de sa présentation aux Conseils. Ce Cadre présente des propositions de stratégies qui s’articulent autour de trois axes: accroître  l'accès à l'énergie, réduire les émission de gaz à effet de serre, par  le développement de sources énergétiques  à faible intensité de carbone et promouvoir l'adaptation aux changements climatiques. Dans ce Cadre, nous proposons également la création d’un nouveau « Fonds pour l’énergie propre et l’adaptation aux changements climatiques en l'Afrique » (CECAFA)  en vue de financer le renforcement des capacités  et les investissements en faveur des énergies renouvelables et des économies d’énergies, l’accès plus large aux financements de projets à faible intensité de carbone, et l'adaptation aux changements climatiques  également par des investissements dans une gestion de ressources naturelles qui tient compte de l'environnement, notamment la sylviculture. 

Question: M. Nicholas Stern était récemment en visite au Groupe de la Banque où il a fait un exposé sur le changement climatique et a déclaré que l'adaptation était l'une des meilleures attitudes face à un tel phénomène. Que fait la Banque pour aider ses pays membres régionaux à faire face à leurs besoins d'adaptation ?

Réponse:  Nous appuyons fermement le point de vue de M. Nicholas selon lequel l'adaptation est la première priorité pour l'Afrique en matière de changements climatiques. L'adaptation est également le domaine où les pays africains ont le plus besoin de l’aide de la Banque. Comme indiqué plus haut, en matière d’adaptation, la Banque a adopté une approche à deux volets: d'une part,  le renforcement de la résilience des PMR face aux changements climatiques et d’autre part, la gestion des risques climatiques de ses propres interventions. À cet effet, nous avons commencé à traiter le volet besoins d’adaptation, tant au niveau de la politique à suivre qu’à celui des projets. Au niveau des projets,  - avec le financement d’un don par le Fonds pour l’environnement mondial- notre action  consiste à aider à la  préparation du Projet intitulé « Malawi: Adaptation aux changements climatiques pour améliorer les moyens de subsistances et l’agriculture en milieu rurale »  (CARLA). Le projet CARLA vise à augmenter la résilience des communautés aux changements et variations  climatiques actuels et futurs par l’élaboration et la mise en œuvre de stratégies, des politiques, des mesures d’adaptation ainsi que des investissements rentables qui amélioreront la production agricole et les moyens de subsistance en milieu  rurale. Nous disposons d’un plus grand nombre de projets de ce genre dans notre réserve de projets. Au niveau de la politique à suivre nous préparons une Note de conception pour l’élaboration d'une politique de la BAD en matière d'adaptation aux changements climatiques. Cette politique s’articulera autour  de l'approche à deux volets ci-dessus décrite. Evidemment, dans toute ces activités, malgré nos objectifs ambitieux nous devrons  faire preuve de sélectivité et intervenir dans secteurs où nous avons un avantage comparatif. Par ailleurs,  nous devrons  établir des partenariats stratégiques car nous ne pouvons pas les réaliser seuls.

Question: Dans le cadre de sa stratégie visant à réduire la pauvreté sur le continent, le Groupe de la Banque encourage les pays africains à investir dans l’industrie lourde qui est susceptible de créer des emplois et d'améliorer les conditions de vie de millions d'africains. Or, l'industrie lourde est responsable, en majeure partie, de la pollution à l’origine des changements climatiques. N’y a-il pas là une légère contradiction, et si c’est le cas, que fait le Groupe de la Banque pour garder l’équilibre entre la réduction de la pauvreté et la sauvegarde de l’environnement ?

Réponse:  Nous reconnaissons que  la croissance économique, en particulier, lorsqu’elle  repose essentiellement - au moins durant la période actuelle- sur les industries extractives peut être accompagnée de l’épuisement des ressources et de la dégradation de l’environnement accrus. De tels  processus menacent le bien-être d’une grande partie de la population du continent, notamment les couches sociales les plus défavorisées. Cependant, les principales stratégies et les politiques de la Banque, particulièrement -la politique du Groupe de la Banque en matière d’environnement ainsi que ses procédures connexes en matière d'évaluation de l’impact environnemental et social  des opérations de la Banque- recommandent une  gestion saine de l’environnement dans le processus de développement. En particulier, elles exigent l'application rigoureuse des politiques et  procédures de sauvegarde de l’environnement. Parallèlement, la viabilité de l’environnement et l'égalité des genres sont des questions transversales  de plus en plus considérées comme cruciales dans les stratégies et  programmes d’aide au développement de la Banque. Plus spécifiquement, la Banque tient compte des  dimensions environnementales dans ses projets par les mesures suivantes: 1) l'utilisation systématique des procédures d’évaluation environnementale et sociale (PEES) dans la préparation de toutes les projets de la Banque, y compris dans la  stratégie/programmation par pays et la conception de projet. Il convient de noter que  les PEES  doivent non seulement  couvrir l'identification et/ou la préparation des mesures de réduction des éventuelles incidences négatives sur l'environnement, mais qu’elles cherchent aussi, de façon prospective, les voies et moyens d'améliorer la viabilité de l’environnement dans les documents de stratégie par pays (DSP) et les opérations de projets de la Banque. Les projets des secteurs de l'infrastructure, de l'industrie lourde et de l’exploitation minière  sont pris en compte dans  le processus de revue des PEES. En outre, des outils spécifiques tels que les évaluations environnementales et sociales stratégiques  (EESS)  sont déjà utilisés  et traitent de façon prospective et stratégique des perspectives et des risques environnementaux dans des interventions sectorielles politiques et de projets choisies de la Banque . En 2006, 5 EESS ont été réalisées. 

Question: La pénurie d'énergie sur le continent reste un défi de taille pour bon nombre d'africains. Pour faire face à cette situation déplorable, beaucoup d'africains utilisent comme combustible une grande quantité de biomasse. Pourtant, selon beaucoup de spécialistes, l’utilisation de la biomasse comme combustible, est l’une des premières causes de mortalité en Afrique. Plusieurs de ces experts recommandent l'utilisation de biogaz comme alternative, or la plupart des africains sont pauvres, et la majorité de la population vit avec moins d’un dollar par jour. Le Groupe de la Banque investit-il dans la recherche dans le secteur du biogaz pour qu’il soit accessible à l’africain moyen ?

Réponse:  Effectivement, en Afrique subsaharienne - à l'exclusion de l'Afrique du Sud - plus de 80% de la population dépendent de la biomasse comme principale source d'énergie. La biomasse est souvent employée à l'intérieur de la maison ou de la case pour cuisine et le chauffage, ce qui a pour conséquence une grave  pollution de l’air intérieur. Les femmes et les enfants sont particulièrement vulnérables. Par suite de la pollution de l’air intérieur, environ 1100 personnes meurent chaque jour en Afrique. Le bilan est très lourd. En outre, de biomasse sous forme de bois de chauffe est collectée  la plupart du temps avec des méthodes d’exploitation non durables qui entraînent le déboisement et accélèrent le processus de dégradation du sol, notamment la désertification. D'une manière générale, le problème devrait être résolu en facilitant l'accès à des sources d’énergie sûres et fiables, principalement par l’extension des réseaux électriques nationaux, l’extension des  réseaux locaux de distribution de l’électricité, y compris celle des petits réseaux électriques hors réseau dans des zones rurales éloignées, une meilleure distribution de combustibles à base pétrole raffiné et l'adoption de technologies propres pour l’utilisation des foyers améliorés. L’application de ces technologies semblent être un projet prometteur ’à court et moyen termes en raison de son accessibilité, son rendement énergétique élevé et son faible potentiel de pollution. Les cuisinières  solaires réduisent énormément la quantité de bois nécessaire pour la cuisine, et peuvent même mettre fin à  l’utilisation du bois. Elles se présentent effectivement sous formes de boîtes et de cuisinières à concentration parabolique. Techniquement, les cuisinières solaires sont une option très viable, mais elles exigent une adaptation des moments habituellement consacrés à la cuisine aux heures propices à l’utilisation des cuisinières solaires, c’est-à-dire dans la mi- journée, ce qui pourrait ne pas être toujours compatibles avec habitudes traditionnelles. En ce qui concerne le biogaz, les digesteurs de biogaz peuvent en effet produire le biogaz qui peut servir pour la cuisine et l'éclairage. Récemment, "l’Initiative pour utilisation du Biogaz pour une meilleure qualité de vie" a été lancée à Nairobi, en vue d’introduire la technologie du biogaz en Afrique. Le programme s’inspire d’une expérience très réussie en Asie et a bénéficié d’une aide considérable de bon nombre de donateurs. La Banque africaine de développement souscrit à cette initiative et envisage  actuellement les voies et moyens d'intégrer des composantes utilisation de biogaz dans ses projets de développement. 

Interview réalisée par Joachim Arrey, Unité des Relations extérieures et de la  Communication.  +216 71  -j.arrey@afdb.org


Contact

Joachim Arrey, External Relations and Communication Unit Téléphone: +216 7110 2759

Speaker

Nom: Daniele Ponzi Titre: AfDB’s Environmental Economist