À quand une Afrique « intelligente » ? L’accessibilité des TIC au cœur des débats

23/05/2016
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En ce premier jour des Assemblées annuelles 2016 de la Banque africaine de développement (BAD), qui se déroulent dans la capitale zambienne, Lusaka, une table ronde s’est tenue sur le thème de la révolution des TIC et l’Afrique.

Etaient réunis pour l’occasion Johnson Omobola, présidente de l’Alliance for Affordable Internet ; Joseph Mucheru, secrétaire de cabinet au ministère de l’Information et de la Communication du Kenya ; Jean Philbert Nsengimana, ministre de la Jeunesse et des TIC du Rwanda ; Thierry Zomahoun, directeur général de l’Institut panafricain des sciences mathématiques ; et Hamadoun Toure, président de l’Union internationale des télécommunications.

D’aucuns estiment que les gouvernements devraient se focaliser sur la question de l’accessibilité des TIC, si l’on veut que tous les Africains puissent bénéficier des retombées de ces technologies.

Une question a été au cœur des échanges : quelle est la marche à suivre pour s’assurer que la révolution numérique soit aussi inclusive que possible ?

 « Les TIC ne sont pas une option pour l’Afrique, c’est une obligation. La révolution des TIC nous offre l’opportunité de faire un bond en avant et de simplifier la vie de nos populations », a déclaré le Kényan Joseph Mucheru.

Abondant dans ce sens, le ministre des TIC du Rwanda, Jean Philbert Nsengimana, a souligné que l’Afrique ne peut pas se permettre d’être à la traîne de la révolution des TIC. « Il s’agit ici de sauver des vies et de créer des emplois », a lancé le ministre.

Le journaliste de télévision kényan qui modérait la session, Wallace Kantai, a prié les panélistes d’expliquer pourquoi, si les TIC sont indispensables, les gouvernements africains ne donnent pas l’impression d’en faire assez pour tirer profit de la révolution des TIC et de ses avantages supposés.

« Les impôts gouvernementaux tuent les projets d’investissement dans les TIC dès la naissance. Les investissements doivent être exemptés de l’impôt au moment où ils sont réalisés, s’ils ont des retombées avantageuses comme la création d’emplois », a fait remarquer la Nigérienne Johnson Omobola, présidente de l’Alliance for Affordable Internet.

Les investissements dans les TIC à travers toute l’Afrique buttent sur des régimes fiscaux désavantageux. Ce constat consensuel a toutefois été battu en brèche par le ministre rwandais des Finances et de la Planification économique du Rwanda, Claver Gatete, qui, assis parmi le public, est intervenu pour émettre une objection : « Le Rwanda est l’exception à la règle. En vérité, nous ne prélevons pas un sou sur les importations de technologies de l’information, car notre stratégie à long terme prévoit justement de promouvoir le secteur », a-t-il déclaré, ajoutant qu’il est du devoir des gouvernements de développer des environnements favorables pour tirer parti de la révolution des TIC.

Équilibrer des priorités concurrentes

Or les gouvernements africains font déjà face aux revendications de leurs populations qui réclament  des services plus importants  selon eux,  comme des routes, des médicaments dans les hôpitaux et la construction de nouvelles salles de classe. « Je n’ai encore jamais entendu parler d’émeutes dans un pays à propos d’une faible connexion haut débit. Mais il y a des protestations concernant l’état délabré des routes et le niveau faible des soins de santé », a fait remarquer le modérateur de la séance.

Un point de vue auquel se sont opposés les membres du panel, invoquant les retombées positives que produisent les investissements dans les TIC sur d’autres secteurs s, comme l’éducation, les routes et les hôpitaux, en ce qu’ils facilitent et accélèrent la fourniture des services aux citoyens.

Le ministre rwandais des TIC a vanté l’exemple de son pays, indiquant que son gouvernement a commencé récemment à utiliser des drones pour approvisionner les hôpitaux en médicaments afin de répondre à des situations d’urgence, notamment en milieu rural. « Et dire que chaque jour, des mères meurent en donnant naissance, non pas parce qu’il n’y a pas de médicaments, mais parce qu’elles ne parviennent pas à obtenir les médicaments assez vite », a-t-il déploré.

Au plan de l’éducation, les TIC permettent de simplifier les méthodes d’enseignement pour les enseignants, mais aussi de faire de l’éducation une activité ludique pour les élèves.

Selon Hamadoun Toure, président de l’Union internationale des télécommunications, accroître les investissements dans les TIC est le plus sûr moyen d’améliorer la connectivité entre les Africains, de simplifier les communications et de renforcer le commerce intra-régional –  comme une route physique, en somme.

Les pays africains doivent apprendre les uns des autres et adopter les meilleures pratiques pour résoudre les enjeux de l’accessibilité des TIC et la gestion des déchets électroniques.

Se faire une place dans la chaîne de fabrication, en assemblant localement des appareils intelligents comme des ordinateurs portables, pour que les populations locales y aient accès à un coût moindre, est l’un des recommandations qui ont été formulées durant la table ronde. Le Rwanda serait déjà en train de le faire, d’après des participants.

Une autre recommandation, avancée par Thierry Zomahoun, porte sur les investissements dans la recherche et l’innovation technologiques. À son sens, il est vital que les gouvernements réalisent de tels investissements si l’on souhaite concrétiser le rêve d’une « Afrique intelligente ».

Les 51e Assemblées annuelles de la BAD se déroulent du 23 au 27 mai 2016 dans la capitale zambienne, Lusaka, sur le thème « Énergie et changement climatique ».