Faire de l’Afrique une plateforme d’innovation pour la croissance

08/06/2011
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Stimuler le débat et inspirer des idées sur des stratégies pratiques pour la mise en œuvre de politiques innovantes pour la croissance en Afrique. Tel est l’objectif du séminaire de haut niveau sur « L’Afrique: Plateforme d’innovation pour la croissance » lors des Assemblées annuelles de la BAD au Portugal (6-10 juin 2011). Les discussions, au troisième jour des assises, ont porté sur le rôle de catalyseur que devrait jouer l’innovation pour le développement économique des pays africains.

L’Afrique n’abrite que 3% des chercheurs dans le monde

D’emblée le constat est ambivalent : les économies  qui se développent le plus rapidement dans le monde se trouvent en Afrique. Par contre seulement 3% des chercheurs se trouvent  sur le continent et 1% des revues  scientifiques s’y trouvent. La solution durable pour l’économie africaine se trouve, en grande partie dans une volonté résolue de  mettre en place des mécanismes de financement de la recherche et de développer des programmes de formation de haut niveau universitaire. 

Toutefois, les indicateurs que l’Afrique devrait mettre en place pour mesurer l’innovation et la manière dont les stratégies africaines d’innovation peuvent répondre à la nécessité de la courbe ascendante du savoir  sont des  éléments de la complexité de  l’innovation dont la nature est multidimensionnelle.

Les participants au débat sur la question ont  choisi d’aborder ce qui fait cette complexité.

L’approche  consistait  à aller au-delà de la définition qu’a rappelée la Secrétaire exécutive de la Fondation pour le renforcement des capacités en Afrique,  Mme  Frannie Léautier, « l’innovation consiste à créer de la valeur à partir du savoir »

Ce à quoi, un autre membre du panel Cheick Modibo Diarra, président de Microsoft Afrique, a ajouté que l’innovation, loin d’être un acquis préprogrammé est une chose évanescente. Créer un environnement propice en terme de financement, élaborer une bonne politique, soutenir l’université, le savoir la science et la technologie « sont des conditions nécessaires mais non suffisantes »

L’innovation partie intégrante d’un long processus

L’innovation est en effet partie intégrante d’un long processus dont elle est aussi la résultante, et inclut dans son champ sémantique l’éducation, la culture et le comportement vis-à-vis du risque.

Un début de solution énoncé par M. Diarra est de s’appuyer sur le tryptique : Université- Gouvernement-Entreprises. Les avantages seront nombreux si les gouvernements  sont impliqués dans la prise de conscience de la bonne gouvernance de l’argent du contribuable et de bénéfices qu’ils peuvent tirer de leur engagement.

Cette interaction  fondée sur le concept « Triple X » permet  aux entreprises d’investir  dans la  formation et la recherche et de recruter le cas échéant ; à l’université de disposer de ressources plus conséquentes et aux gouvernements, si la croissance est au rendez-vous de percevoir davantage de recettes fiscales.

En effet, des systèmes innovants peuvent produire de la croissance économique et contribuer au développement économique. Il s’agit, entre autres, d’apporter de nouveaux biens ou services sur le marché, ou encore d’inventer de nouvelles manières d’améliorer la prestation des services, de produire des biens, d’organiser les processus de production et/ou de développer un marché.

Aussi le savoir est-il un facteur-clé de l’innovation. Il peut provenir d’un processus formel tel que la recherche et le développement (R&D).  En outre les discussions ont souligné que l’’innovation est le fait d’entrepreneurs prenant des risques et changeant le cours des choses.

A condition, toutefois, d’intégrer le fait que 98% de l’innovation intervient  pendant que l’on est en train de réaliser une action.

Promouvoir l’innovation  est donc un véritable défi pour les pays en voie de développement,  notamment africains, et relever ce défi contribuera assurément à créer la richesse et œuvrer au progrès de la société.

Diversité des pays et spécificité de chaque cas

En dépit de la diversité des pays et de la spécificité de chaque cas, l’innovation a joué un rôle déterminant dans la croissance économique à deux chiffres de l’ensemble des pays développés et des pays émergents.

Entre 1960 et 1965, période qui a vu l’indépendance de la plupart des pays africains, le revenu moyen par habitant (en termes de parité de pouvoir d’achat) de la Corée du Sud et de Singapour était inférieur à ceux de pays africains tels que le Cameroun et le Ghana.

Dans les années 80, le revenu moyen par habitant de la Corée du Sud et de Singapour était respectivement trois et huit fois plus élevé que celui des pays africains au sud du Sahara.

Dans les pays émergents d’Asie, les taux de croissance élevés ont été portés par de profondes réformes structurelles de l’économie fondées sur l’innovation, de bonnes performances sectorielles et une vision claire.

Pour soutenir la croissance, ces pays ont travaillé sur la cohérence des politiques, l’écosystème des innovations, les marchés du savoir, l’investissement dans la Recherche-Développement et le renforcement des mécanismes de transformation du savoir en emplois et en richesse.

En Afrique, des chemins analogues s’ouvrent sous nos yeux – bien que tout lentement – en s’appuyant sur le rôle transformationnel des technologies.

Trois stades d’acquisition technologique sont identifiés dans l’économie des pays en voie de développement :

Dans un premier stade, les économies acquièrent des technologies étrangères matures impliquant pour l’essentiel des opérations de montage ;

Le deuxième stade est la consolidation technologique par le biais de l’imitation duplicative suivie par l’imitation créatrice, qui dépend du renforcement de l’infrastructure et des capacités technologiques locales ; et le dernier stade est celui de la production de technologies émergentes par l’investissement dans la R&D.

Dans un tel cadre, l’innovation se décline comme un processus d’apprentissage interactif à l’intérieur duquel les acteurs améliorent leurs compétences et, ce faisant, contribuent à la transformation du savoir en valeur pour le plus grand bien socioéconomique des populations.