Afrique en 2007 : Résurgence des défis et des opportunités pour la Banque et ses partenaires - Le président de la BAD Donald Kaberuka 2007 - Discours d'ouverture du Président Kaberuka, Assemblée annuelles 2007

16/05/2007
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Evènement : Cérémonie d’ouverture des assemblées annuelles 2007 de la BAD

Chine/Asie et Afrique

Ce n'est pas un hasard si nous sommes aujourd’hui réunis en Chine en cette occasion. Dans toute l'Asie, la mutation économique de ces dernières années a permis à des millions de personnes de sortir de la pauvreté et d’entrer dans l’une des plus longues périodes de prospérité qu’ait connue notre monde. Les liens économiques entre l'Asie et l'Afrique sont anciens mais, depuis cinq ans, ils se développent de façon spectaculaire. L'émergence du marché asiatique, qui bat des records de croissance, présente des opportunités et, en même temps, constitue une source d'inspiration pour l'Afrique, mais elle soulève aussi des questions. Ces assemblées annuelles sont l'occasion d'échanger des expériences et de renforcer notre partenariat, mais aussi de nous demander comment tant de pays d'Asie ont pu sortir si rapidement de la dépendance à l'aide internationale et récupérer si vite de la crise financière de 1997 pour rejoindre le club des chefs de file de la croissance mondiale.

Vous conviendrez avec moi que la Banque africaine de développement, notre institution commune – dans laquelle les économies émergentes comme la Chine, l'Inde et la Corée du Sud occupent une place essentielle –, joue un rôle important comme catalyseur et comme vecteur privilégié de ce partenariat.

Il y a un an, au Burkina Faso, je me suis adressé à vous pour la première fois en ma qualité de président de la Banque. Je vous ai invités à œuvrer ensemble à l’édification d’une Banque plus forte, qui vise l'excellence et soit en mesure de s'adapter constamment aux besoins dynamiques de l'Afrique, au changement de l'architecture de l'aide internationale et à l'évolution de l'économie mondiale.

Aujourd'hui, je peux affirmer en toute confiance que la Banque africaine de développement a accompli des progrès sur tous les fronts et qu'elle est actuellement en train de se repositionner. Nous avons dû affronter quelques problèmes en cours de route, mais nous nous y attendions.

La performance de la Banque – une position financière plus forte

Comme toujours, la première des priorités pour la Banque a été de consolider ses finances afin de remplir sa mission fondamentale : lutter contre la pauvreté et promouvoir le développement économique. J'ai le plaisir de pouvoir dire que la position financière de la Banque demeure forte et que nos perspectives à moyen terme sont solides. Les principaux ratios financiers de la banque se sont améliorés, et ils sont bien placés par rapport à ceux d'autres banques multilatérales de développement. Notre Banque continue de jouir des notations les plus hautes possibles de la part de toutes les agences de notation, qui ont réaffirmé le triple AAA et le AA+ respectivement pour la dette de premier rang et la dette subordonnée de la Banque. Et les perspectives dans ce domaine sont stables.

En 2006, les trois guichets du Groupe de la Banque ont enregistré des gains importants, totalisant 248,3 millions d'unités de compte, soit 372,5 millions de dollars. Pour le seul guichet BAD, les recettes avant transfert à approuver par le conseil des gouverneurs s'élevaient à 194 millions d'UC, soit 291 millions de dollars.

Ces résultats, qui témoignent d'une gestion financière et opérationnelle prudente, ont permis à la Banque de consolider ses réserves mais aussi de s’engager dans de nouvelles initiatives en faveur du développement. Il ne fait aucun doute que sa robuste position financière et sa forte capacité à assumer des risques lui assurent le matelas nécessaire pour absorber tout choc prévisible sur le marché des crédits et autres scénarios problématiques, tout en lui permettant de faire plus pour l’Afrique.

Les opérations de la Banque en 2006

En 2006, le Groupe de la Banque a substantiellement augmenté ses activités financières. Les approbations de financement pour le guichet BAD se sont élevées à 1,6 milliard de dollars, soit une hausse de 27 %. Ce chiffre inclut la plus grande opération jamais réalisée dans l'histoire de la Banque, à savoir le demi-milliard de dollars d'aide à la réforme du secteur financier en Égypte. En 2007, cette dynamique devrait être maintenue conformément à notre intention de nous engager plus efficacement au service des pays à revenu intermédiaire.

Au titre du guichet concessionnel FAD, les engagements du FAD-10 s’élevaient à 3,5 milliards de dollars à la fin décembre 2006. Cela signifie que, sur les 5,4 milliards de dollars disponibles dans le cadre de la reconstitution du FAD-10, près de 70 % ont été engagés ; le reste sera totalement engagé au cours de l'année 2007. Je suis particulièrement heureux des progrès réalisés sur les opérations multinationales – qui se sont considérablement étendues – à l'appui de l'intégration régionale, et la réserve de projets demeure saine.

En ce qui concerne le Fonds spécial du Nigeria (FSN), il n'y a pas eu de nouveaux engagements en 2006.

Toutefois, un accord a été conclu avec les autorités nigérianes pour prolonger ce fonds d’un an (jusqu’en 2008) afin de permettre à la Banque et au Nigeria d’évaluer les résultats de l'étude, aujourd’hui terminée, et de décider de la voie à suivre. En votre nom, je tiens à exprimer notre reconnaissance au Nigeria. Le FSN, qui a une histoire vieille de trente ans, a été un puissant symbole de la solidarité africaine. J’attends avec intérêt les conclusions de la revue et les suites qui lui seront données.

Progrès dans le secteur privé

Permettez-moi de dire un mot sur le rôle de la Banque dans le secteur privé. Notre objectif est de faire office de catalyseur pour améliorer le climat des investissements et répondre à la demande pour appuyer la mission de développement de la Banque. Pour y arriver, il est important d’inciter les investisseurs à voir la situation différemment et à rechercher des opportunités dans les pays africains. Notre solide situation financière nous permet d’accroître les prêts dans une certaine mesure, sans nuire à notre capacité à supporter les risques.

Nous sommes conscients que les opérations du secteur privé comportent de gros risques. Nous sommes conscients aussi de la nécessité d'une gestion rigoureuse concernant le choix des projets, l'évaluation des crédits, les procédures de traitement, le choix des partenaires, les capacités internes.

Notre intention est d’étendre ces opérations en évitant toute conséquence négative sur le profil de risque global du portefeuille de la Banque. Là encore, nous croyons que notre solide situation financière le permet.

C’est ainsi que, dans le cadre de sa stratégie d'emprunts, la Banque a lancé son programme d'émissions obligataires en monnaies locales, avec une échéance d’un à deux ans. Nous poursuivons un triple objectif :

  • développer et donner de la visibilité aux monnaies africaines et aux marchés obligataires africains ;
  • mettre en place les infrastructures du marché de la dette locale et les meilleures pratiques internationales ;
  • répondre aux besoins des clients en leur consentant des prêts en monnaies locales. Outre le rand sud-africain, qui est utilisé par la Banque depuis 1998, la Banque a émis des obligations en pula du Botswana, en shillings de Tanzanie et du Kenya, en cedi du Ghana et en naira du Nigeria. La réponse positive des investisseurs internationaux me paraît être un gage de confiance dans ces économies.

Nous comptons nous intéresser à d’autres devises et allonger les échéances des émissions.

L'avenir pour les économies africaines, comme ce fut le cas pour l'Asie avant elle, repose sur le secteur privé. C'est là que la richesse se crée et par là que passe l’éradication de la pauvreté. Nous avons fait des progrès encourageants dans le cadre du guichet du secteur privé, dont les opérations ont totalisé 419,15 millions de dollars en 2006, contre 274,35 millions pour l'exercice précédent. Le rythme s’est maintenu au premier trimestre de cette année.

La Banque comme catalyseur

Au cours de la dernière décennie, la plupart des institutions financières internationales ont connu une contraction de leur portefeuille souverain, phénomène accentué par une augmentation des remboursements anticipés sur fond d'un taux d'intérêt favorable sur le marché. La BAD n'a pas fait exception à la règle, mais la tendance semble se ralentir ou se stabiliser. En revanche, le portefeuille non souverain de la Banque est voué à se développer. Notre capacité à travailler en partenariat nous permet de tirer parti de nos ressources de façon significative. En effet chaque dollar d’aide au développement de la BAD a donné lieu au versement de quatre dollars par d'autres partenaires. Grâce à ce rôle de catalyseur, nous sommes en mesure de cofinancer trente-quatre projets pour un montant de 17,8 milliards de dollars.

Vous ne serez pas surpris d'apprendre que, conformément aux priorités exprimées par les pays membres régionaux (PMR) et à notre volonté de recentrer nos efforts, les infrastructures occupent une place prédominante. La Banque a dans ce secteur un excellent bilan et une grande capacité d’intervention.

Cette excellente performance est confirmée par un récent rapport de notre Bureau de l'évaluation externe indépendante qui a passé en revue vingt années de fonctionnement de la Banque. Pour cette seule année, nous avons apporté notre appui pour l'électrification de 335 villages et petites villes en zone rurale en Éthiopie et dans les provinces de Manica et Sofala au Mozambique, pour l’interconnexion électrique en Afrique de l'Ouest et pour le développement hydroélectrique dans le bassin du Nil. Nous soutenons des projets régionaux et nationaux dans toutes les régions d'Afrique, y compris dans le cadre d’organisations régionales. Les progrès observés au début de cette année montrent que la dynamique se maintient.

Dans l'ensemble, les gouverneurs peuvent être satisfaits de la bonne santé financière de la Banque et de la croissance remarquable de ses activités dans ses différents guichets, et ce malgré la restructuration de l’institution et ses effectifs limités. Néanmoins, quelques défis restent à relever, notamment en ce qui concerne les décaissements (qui, depuis un certain temps, fluctuent d’une année à l’autre d’environ 1,8 milliard de dollars), la qualité du portefeuille de projets et, d’une façon générale, l'efficacité du développement.

Les pays membres connaissent encore des retards dans les procédures de ratification et éprouvent des difficultés à remplir les conditions de prêt, ce qui retarde les décaissements. Je lance donc un appel aux gouverneurs des PMR pour qu’ils s’attaquent à cette importante cause de retard et fassent un effort particulier pour accélérer la ratification des prêts. Nos procédures internes peuvent être lourdes et bureaucratiques, ce qui affecte notre capacité de réaction, et ce défaut est amplifié par le fait que nous couvrons des domaines trop nombreux.

Notre présence accrue sur le terrain, le recentrage et la révision des procédures internes de la Banque, l’ampleur plus vaste des projets et la capacité accrue en personnel devraient nous permettre d'être plus souples et plus réactifs. Il ne fait aucun doute que la recherche de l'efficacité du développement est une question très complexe, beaucoup plus que la restructuration financière ou opérationnelle. Il nous faudra du temps, mais nous sommes déterminés à réussir. C'est le but de notre programme de réformes.

Un domaine dans lequel nous sommes déjà bien engagés est celui de la décentralisation et de la présence sur le terrain. Nous sommes désormais présents dans vingt-deux pays sur les vingt-cinq prévus. De nombreux gouverneurs nous demandaient de renforcer cette présence, pour que la Banque soit moins centralisée et moins rigide. Je suis heureux d'annoncer le véritable bond que nous avons fait au cours des six derniers mois. Nous allons continuer à consolider cette présence sur le terrain, tout en veillant à mettre en place de solides freins et contrepoids fiduciaires. J'invite nos pays membres à tirer pleinement parti de cette présence renouvelée pour renforcer nos activités et notre dialogue.

L'état du continent

Sur le plan de la prospérité économique et de la gouvernance, l'Afrique est mieux placée aujourd’hui qu'elle ne l'a été depuis des décennies. Les six dernières années représentent une période de croissance économique soutenue, la plus longue qu’ait connue le continent, y compris dans les pays pauvres en ressources naturelles. Globalement, les économies africaines connaissent un taux de croissance moyen de 5,5 %. Les moteurs de cette tendance à la hausse sont la paix et la stabilité, l’amélioration des conditions des échanges, la gouvernance économique, le climat des affaires, les ratios d'endettement plus bas – et, parfois, les afflux accrus d’aide publique au développement ou des effets de voisinage positifs –, mais aussi les envois de fonds, qui, dans certains pays, dépassent à eux seuls les flux d’aide et les recettes d'exportation.

Les perspectives sont bonnes en Afrique, avec trente et un pays où le rythme de la croissance économique dépasse celui de la croissance démographique. La moitié d'entre eux se situent au-dessus de 5 % ; neuf ont une croissance supérieure à 7 %. Des pays en situation de post-conflit comme le Liberia, la République centrafricaine, la RDC et le Burundi se redressent lentement.

Un élément, peut-être plus significatif encore, est le fait que les cinq pays les plus peuplés dans lesquels vivent près de la moitié des Africains, enregistrent une croissance supérieure à 5 %, ce qui laisse augurer d’une réduction plus rapide du nombre absolu de personnes vivant dans la pauvreté. Je m'attends à ce que la croissance économique se renforce encore en 2007, pour dépasser les 6,5 %.

Tous les pays ne progressent pas

Cependant, au milieu de cet essor remarquable, des causes sérieuses de préoccupation demeurent, et elles exigent toute notre attention.

Tout d'abord, au-delà de ces chiffres globaux, tous les pays ou toutes les régions d'Afrique ne progressent pas : des millions d'Africains vivent encore dans des pays dont l’économie stagne, régresse ou a du mal à suivre l’évolution démographique, que ce soit en raison de leur fragilité, de conflits ou de difficultés politiques. Certains de ces pays ont reçu peu d'attention de la part de la communauté internationale.

Ensuite, même dans les économies qui connaissent la croissance, la vulnérabilité aux facteurs internes ou externes reste élevée, qu’il s’agisse d’une inversion des termes de l’échange, de catastrophes naturelles, d’une baisse brutale des flux d'aide ou de problèmes majeurs de gouvernance. Pour ces pays, on peut dire que la situation est encourageante, mais elle reste très fragile.

Enfin, nous partons de très bas et la population ne cesse d’augmenter. En d’autres termes, même avec une croissance de 5,5% du PIB réel, l’Afrique a encore un long chemin à parcourir pour régler le problème endémique de la pauvreté. Il faudrait que le continent ait de bonnes performances « relatives » pendant une vingtaine d’années au bas mot pour que l’on observe un impact palpable sur la pauvreté et sur le revenu réel par habitant.

Des progrès soutenus sont possibles

Cela dit, plusieurs pays africains ont aujourd’hui de bonnes chances de pouvoir suivre les traces de l'Asie. La question fondamentale est de savoir comment consolider les progrès réalisés et quelles actions doivent engager la Banque et ses partenaires pour favoriser une croissance économique partagée, soutenue, durable et compatible avec les OMD. Plusieurs facteurs me paraissent critiques.

Tout d'abord, l’Afrique a, depuis six ans, beaucoup progressé sur la voie de la stabilité et de la paix. Le nombre de pays et régions en conflit est plus bas que jamais, mais le risque perçu par les investisseurs, locaux ou étrangers, reste élevé. Ils veulent une stabilité à long terme, pas seulement entre deux élections, ni dans un seul pays si les voisins ne suivent pas. En dehors des industries extractives, les flux d'investissement – même s’ils sont très élevés – s’orientent principalement vers les zones à faible risque et où les coûts d'entrée sont peu élevés.

Deuxièmement, il faut maintenir le rythme des réformes et éviter les jeux de yo-yo dans la gouvernance et les politiques suivies. Beaucoup de pays sont aujourd’hui mûrs et stabilisés, mais nous ne devons pas nous reposer sur nos lauriers. Il reste des poches d'instabilité macro-économique et des régions où les politiques manquent de cohérence, d'autant plus que les réformes micro-économiques et structurelles sont des opérations complexes, dont la mise en place exige des aides et ne peut se faire que dans la durée.

Troisièmement, il importe de renforcer les capacités et les institutions, qui doivent être capables de concevoir et de proposer de bonnes politiques et de donner un sens à la notion d’appropriation et à celle de bonne gouvernance. Comme l’a dit un leader africain : « Propriété sans capacité est un exercice vain, mais capacité sans propriété est une opportunité ratée ». Il faut que les institutions soient solides et à même d’éviter les situations de rente et la corruption, et que les investisseurs se trouvent dans des situations de concurrence équitables. Il importe enfin de pouvoir faire des choix stratégiques, comme l’ont fait la Chine et beaucoup de pays d’Asie.

Quatrièmement, il faut une gestion efficace de la dette. À la suite de la coalition internationale en faveur de l'annulation de la dette, il est très important d’éviter toute crise. Une position viable sur le plan extérieur est un facteur indispensable pour attirer les investissements. Dans le cadre de l’initiative historique pour l’allègement de la dette (IADM), la Banque a annulé 8,5 milliards de dollars de dette. Un des défis à relever est de trouver les ressources nécessaires pour réaliser les OMD.

Par conséquent, il est indispensable, jusqu’à un certain point, de réduire la dette des PMR pour qu’ils puissent financer les infrastructures et les services de base. Le défi pour nous tous est de veiller à ce que les pays puissent accéder à des ressources qui ne les endettent pas trop lourdement et ne compromettent pas leur viabilité extérieure à long terme. S’il est un problème qui nécessite une coordination étroite entre les partenaires, c'est bien celui-ci. J’espère que nous aurons un dialogue constructif sur cette question, et pas seulement à l’occasion de ces assemblées annuelles.

Cinquièmement, se pose la question de la gestion efficace des ressources naturelles. Nous savons tous que la vague actuelle de croissance est, dans une certaine mesure, portée par les matières premières. De nombreux pays ont bénéficié de recettes exceptionnelles grâce à la hausse des prix du pétrole, des minerais et autres produits de base. Il est important de ne pas renouveler les erreurs du passé, de maîtriser les flux et d'investir pour l'avenir. J’observe avec encouragement la façon dont la plupart des pays riches en ressources ont géré les conséquences macro-économiques de leurs importantes rentrées d’argent.

De même, nous saluons les efforts déployés par beaucoup de pays pour gérer leurs ressources de façon transparente et les investir non pas dans des dépenses improductives, mais dans les infrastructures et dans le développement humain. Nous comptons accompagner ces pays sur ce chemin, renforcer leurs capacités, améliorer la chaîne de valeur et développer les flux secondaires avec le reste de l'économie. Nous avons conscience qu’il s’agit là de perspectives à plus long terme.

Enfin, il importe de réduire encore le coût des activités pour les entreprises. La clé de l'avenir, pour nos économies, c’est le commerce et l'investissement ; il est donc important d’améliorer le climat des affaires. De ce point de vue, je salue les progrès palpables réalisés dans le domaine réglementaire et institutionnel, et sur la voie d’une réduction des barrières entre les pays membres. L'Afrique a gravi des échelons dans la « Doing Business League ». Mais nous devons maintenant nous attaquer à une autre série d'obstacles, très matériels : la question des infrastructures.

Il est clair aujourd'hui que la pénurie d'énergie, le mauvais état des routes, les communications inadéquates entre les pays et les régions constituent un réel obstacle au secteur privé et à la croissance de l’économie ; en outre, la pénurie d'énergie menace de compromettre les acquis économiques de ces six dernières années.

La réponse de la Banque

L’avenir des économies africaines dans les dix prochaines années dépendra surtout de ce que feront les Africains. Toutefois, en ce moment particulier, la communauté internationale a une occasion unique de faire un effort supplémentaire pour inverser le déclin des niveaux d'aide de base (que l’on a observé en 2006), et renforcer cette aide afin de répondre plus efficacement aux complexités liées à l’évolution constante de l’architecture de l'aide internationale. Et bien sûr, il faut tenter de trouver un compromis entre les partenaires dans le cadre des négociations commerciales.

Les problèmes de l'Afrique dépassent largement la capacité de la Banque ou de toute institution quelle qu’elle soit. Mais nous sommes la Banque de l'Afrique. Au cours de ma première année et demie à la présidence, j'ai voyagé dans beaucoup de PMR, pour me rendre compte par moi-même de ce que fait la Banque, et de ce qu’elle pourrait faire mieux, avec vous, ses partenaires. Je suis revenu avec ce sentiment très fort et très encourageant que cette Banque est la vôtre. C’est une Banque pour l'Afrique, et vous souhaitez que nous en fassions plus.

Alors que nous entamons nos discussions triennales avec nos partenaires dans le cadre du FAD-11, nous sommes déterminés à nous repositionner comme un instrument privilégié pour soutenir cette résurgence africaine. Nous concentrerons donc nos efforts et nos ressources là où nous pouvons être les plus efficaces, dans les domaines où nous pouvons créer l’excellence.

Être sélectif mais en complémentarité avec les partenaires, être sélectif et répondre à vos priorités. C'est ce qui guide l’approche nouvelle de la Banque dans sa stratégie en faveur du secteur privé, des infrastructures, de l'intégration régionale et de la gouvernance.

Les États fragiles

Alors que l'Afrique progresse dans une grande partie du continent, il est une réalité que la Banque et ses partenaires ne peuvent ignorer, celle des pays en état de fragilité, dont beaucoup sortent d'années de conflit et de chaos. En 2004, nous avons créé un Mécanisme en faveur des États sortant de conflits (FPPC), qui a connu un certain succès en aidant ces pays à apurer leurs arriérés de paiement. C'est ainsi que nous avons aidé la République centrafricaine (RCA) ; de même, nous sommes à la recherche d’une solution pour le Liberia et la Côte d’Ivoire.

Je profite de cette occasion pour remercier tous les partenaires qui ont généreusement soutenu la RCA, avec une mention spéciale pour les PMR limitrophes, les membres de la CEMAC et la République d'Afrique du Sud, qui ont apporté une contribution financière. Toutefois, notre capacité à relancer ces économies et à reconstruire les infrastructures sociales de base est limitée. Or, nous avons pour mission de nous intéresser à toute l'Afrique, et pas seulement aux régions qui se portent bien. Du fait de la fragmentation de notre continent et des interconnections entre nos PMR, rien de ce qui concerne l’Afrique ne nous est étranger. C'est pourquoi la Banque prend les devants en élaborant une nouvelle approche des États fragiles – un nouveau cadre opérationnel pour renforcer son engagement en faveur de ces États – en nous appuyant sur les leçons apprises au niveau international.

Vous avez été nombreux à vous déclarer satisfaits de la stratégie ambitieuse proposée par la Banque en faveur des États fragiles, et vous souhaitez que nous allions de l’avant. Nous collaborerons avec d'autres partenaires au développement, mais notre espoir est de pouvoir nous lancer dans ce projet le plus rapidement possible. Notre système sera conçu non pas pour récompenser les échecs et les mauvaises performances, mais pour aider les pays à sortir de la fragilité et à accéder rapidement au statut d’emprunteurs réguliers des services habituels de la Banque.

Nous sommes tout à fait conscients des aléas moraux que comporte ce type d’engagement et des risques qu’il entraîne, mais la situation des pays sortant de conflits – et même de l’abîme –, comme le Liberia, la République centrafricaine, le Burundi, exige notre intervention. J’espère que nous adopterons ce cadre stratégique et opérationnel, et je saisis cette occasion pour lancer un appel à nos actionnaires pour qu’ils appuient la Banque dans ses efforts pour mobiliser les ressources nécessaires.

Les pays à revenu intermédiaire

Pendant que nous recentrons notre attention sur la lutte contre la pauvreté dans les pays à faible revenu et sur les défis que doivent relever les États fragiles, nous devons également redoubler d'efforts dans les pays à revenu intermédiaire (PRI).

Nous devons en effet affiner nos instruments, étendre notre menu d'options et améliorer notre réactivité. L’année passée, nous avons approuvé des opérations majeures en Égypte, en Tunisie, au Maroc et au Swaziland. C’est un groupe de pays qui progresse mais qui fait encore face à de grandes poches de pauvreté et à l’insuffisance des infrastructures. Je suis encouragé par ce que nous avons réalisé cette année et nous avons l’intention de passer à la vitesse supérieure.

La stratégie adoptée par la Banque en 2005, notamment en créant le Fonds fiduciaire pour les pays à revenu intermédiaire, montre qu’une certaine politique de tarification commence à porter ses fruits et que la Banque doit renforcer son engagement sur la voie de la performance. Nous devons donc, je viens de le dire, affiner nos instruments et enrichir les options proposées à cette catégorie de pays, importante pour la Banque et pour l'intégration régionale de l'Afrique. Notre objectif, et notre rêve, est bien sûr que les pays à faible revenu soient les plus nombreux possibles à accéder à la catégorie supérieure, et à s’y maintenir.

Le changement climatique

Permettez-moi de revenir brièvement sur un sujet qui, je pense, mérite toute notre attention : le changement climatique. Notre capacité à continuer de progresser risque d’être mise à mal si nous ne parvenons pas à relever ce défi.

De nouvelles études confirment que l'Afrique est l’un des continents les plus sensibles aux déséquilibres climatiques. Certains signes tangibles nous obligent déjà à agir rapidement : inondations, sécheresses prolongées et récurrentes, assèchement des lacs et des cours d’eau, migrations de masse par suite de l’épuisement des ressources ou des moyens de subsistance. Les menaces que fait peser le changement climatique sur le plan de la santé, des déplacements de population, du chômage, des pénuries de nourriture et d'eau pour des millions de pauvres nous obligent à agir.

En collaboration avec des institutions sœurs, nous élaborons un Cadre pour l'énergie propre et le développement durable. Nous cherchons les moyens de réduire la vulnérabilité et d’améliorer la capacité d'adaptation des populations pauvres, et d'intégrer ces actions dans diverses stratégies nationales de réduction de la pauvreté et de développement durable.

Un consortium pour les infrastructures

La Banque a vocation d'être un leader dans le domaine des infrastructures. L’intégration régionale nous apparaît comme un axe central et prioritaire, capable d’accélérer les progrès de l'Afrique vers une plus grande intégration des marchés, mais pour cela, il faut de meilleures infrastructures. Nous avons consacré à l'intégration régionale les ressources limitées disponibles au titre du FAD-10, et nous avons une grande réserve de projets, prêts à être engagés, pour un montant d’un milliard de dollars. Nous allons intensifier les efforts tripartites avec l'Union africaine et la Communauté est-africaine (CEA) pour renforcer les communautés économiques régionales (CER) et trouver un moyen de rationaliser les rôles et les responsabilités, et de minimiser les chevauchements entre les mandats des CER.

Le Consortium pour les infrastructures en Afrique, hébergé par la Banque, a bien progressé. Depuis sa création en octobre 2005, il contribue à maintenir les projecteurs sur la question des infrastructures en Afrique. Ce consortium, qui comprend le G8 et les principales agences multilatérales, a collectivement fait des efforts pour intensifier sa contribution et mieux répondre aux besoins de l'Afrique. Le premier rapport annuel, récemment publié, montre que les engagements pour les infrastructures s'élevaient à 7,7 milliards de dollars en 2006, soit une hausse de 10 % par rapport à 2005.

Deux créations récentes nous permettent, me semble-t-il, d’être assez optimistes.

La première est celle du Fonds d'affectation spéciale pour les infrastructures en Afrique, lancé conjointement par la Commission européenne, la Banque européenne d’investissement et neuf États membres. Ce Fonds fiduciaire est l'un des instruments du partenariat UE-Afrique visant à améliorer les infrastructures et favoriser ainsi l'intégration régionale en Afrique.

La deuxième est le Fonds panafricain de développement des infrastructures (PAIDF), un fonds de private equity auquel la Banque contribuera à hauteur de 50 millions de dollars, plus un million pour la gestion du fonds. Cette initiative vise à mobiliser des ressources intérieures à l’Afrique, y compris les fonds de pension, en faveur du développement des infrastructures.

Les initiatives pour l'eau et les OMD

Nous sommes à sept ans et demi de la date cible des OMD. Nous savons déjà que de nombreux pays africains n’atteindront pas les objectifs. En 2005, la Banque a entrepris une série d'initiatives dans le domaine de l'eau et de l'assainissement. En quatre ans, nous avons multiplié par cinq le financement pour l'eau. Grâce à son Initiative pour l’approvisionnement en eau et l'assainissement en milieu rural, la Banque aura dépensé à la fin de cette année 767 millions de dollars sur dix-neuf programmes. Au Tchad, grâce à ces investissements, nous comptons, d'ici à 2010, améliorer de 30 à 80 % l'accès à l'eau et à l'assainissement dans les écoles rurales. En Tanzanie, une opération de 83,83 millions de dollars vise le même objectif. Nous voulons faire plus encore.

Notre cible est de 1,37 milliard de dollars. L'eau était une priorité. C'est pourquoi nous avons créé en juillet 2006 un Département de l’eau et de l’assainissement. Je m'attends à ce que nous fassions cette année 50 % de plus que l’année dernière. Mais nous devons composer avec les pays qui ont des besoins énormes, comme ceux qui sortent d'un conflit et n’ont pas d’allocations de ressources, ou très peu. Pour augmenter nos chances sur un certain nombre d’OMD clés, j’aimerais exhorter les PMR à accorder la priorité à l'eau ; à cet égard, je remercie les donateurs qui ont soutenu les efforts de mobilisation des ressources de la Banque et qui ont continué à nous faire confiance dans ce domaine.

L’agenda de l'efficacité

Nous ne réussirons dans notre mission en tant que banque de développement que si nous sommes efficaces, c’est-à-dire si nous produisons des résultats tangibles sur le terrain. La Banque a démontré au fil des ans qu’elle était capable d’obtenir des résultats. Ceux de l'an dernier – et ceux du premier trimestre de 2007 – confirment cette capacité. Mais nous devons montrer aussi que nous pouvons faire mieux et viser l'excellence. Il ne suffit pas d’engager des ressources financières ou d’approuver des prêts et des dons ; il faut aussi changer effectivement les choses sur le terrain.

C'est l'objet du programme de réformes actuel. La nouvelle structure organisationnelle est en place. La semaine dernière, le Conseil a approuvé la stratégie des ressources humaines. Je suis convaincu que la Banque est prête à assumer son rôle de leader dans des domaines comme les infrastructures, l'eau, l'intégration régionale et la gouvernance, mais nous voulons aussi améliorer nos ressources humaines pour être plus transparents, récompenser le mérite et veiller à ce que la performance soit au rendez-vous.

Nous réfléchissons sur nos modes de fonctionnement, l’objectif étant d’introduire dans notre institution de la souplesse et de la réactivité. Nous mettons en place un cadre de responsabilisation en matière de performance, bâti autour d’un ensemble d'indicateurs clés. Je sais que c'est un programme à long terme et très complexe, mais je suis convaincu que nous sommes sur la bonne voie. De ce point de vue, nous devons en particulier intensifier nos activités dans le domaine des statistiques.

Pour être efficaces, en effet, nous devons être capables de mesurer et suivre les résultats. Je suis heureux d'annoncer que nous avançons, en collaboration avec la CEA, vers la mise en place d’un système statistique fiable.

Dans son rôle de chef de file en Afrique, la Banque ne doit pas seulement être un bailleur de fonds ; elle doit aussi se poser en institution du savoir. En novembre, le bureau de notre nouvel économiste en chef a organisé la première rencontre des plus grands économistes et groupes de réflexion de l'Afrique dans le but de mettre en place un réseau capable de produire et de diffuser auprès des pays nos idées sur les perspectives de l'Afrique, les défis du développement et les produits du savoir. Nous nous proposons de devenir un point de référence sur l'Afrique.

Au niveau institutionnel, nous entendons veiller, comme toujours, à ce que les projets et les programmes que nous finançons atteignent leurs objectifs et que les ressources soient utilisées de façon optimale, en conformité avec les normes fiduciaires les plus élevées et dans le respect de nos propres politiques. C'est dans cet esprit que nous avons institué le Bureau anti-corruption ainsi que l’Unité de vérification de la conformité et de la médiation. Ces deux bureaux auront pour mission de prévenir toute corruption dans notre institution et dans nos opérations, de vérifier que la Banque, dans ses activités, respecte ses propres politiques, et de veiller à ce que les citoyens qui subiraient les conséquences de nos activités puissent, d'une manière ou d'une autre, demander réparation.

Reconstitution du FAD-11

Permettez-moi de conclure en rappelant que l’avenir des économies africaines dépend d’abord et avant tout de ce que fera l'Afrique elle-même. Pour autant, la communauté internationale peut nous aider à faire pencher la balance en cette période particulière. Après la revue à mi-parcours du FAD-10 en décembre dernier, les négociations ont commencé sur la reconstitution du FAD-11.

Je suis reconnaissant du soutien que nous ont apporté les États participants pour l’orientation des réformes et des priorités opérationnelles. Vous nous exhortez à accélérer leur mise en œuvre et à apporter les preuves des résultats acquis. J'espère vous avoir convaincu de notre détermination à répondre à cette attente. J’ai confiance que nous posons les fondements d'une banque qui développera ses capacités et son efficacité chaque jour, et qui offrira ce que vous souhaitez en tant qu’actionnaires, et ce que les populations d’Afrique méritent. J’espère que la reconstitution du FAD-11 sera une réussite et qu’elle permettra de répondre aux besoins pressants de l'Afrique, d’ouvrir des perspectives optimistes et de refléter les engagements pris envers l'Afrique par les donateurs eux-mêmes. À cet égard, je suis heureux de vous informer que la République de Turquie nous a officiellement transmis sa demande pour devenir le 25e État participant du Fonds et le 78e membre de la Banque.

Nous avons commencé à élaborer une stratégie à moyen terme pour les trois années à venir, 2008-2010, que le Conseil examinera à l'automne. Ce sera l’occasion de définir des ambitions et des objectifs réalistes, de fixer des priorités et de proposer un cadre stratégique pour l’ensemble du Groupe de la Banque.

Lors de nos dernières assemblées annuelles, vous vous en souviendrez, j'ai indiqué mon intention de mettre en place un Panel d’éminentes personnalités qui conseillerait la Banque sur son rôle stratégique dans une Afrique en pleine évolution. Je suis heureux de vous informer que deux anciens hommes d'État de premier plan nous font l’honneur de bien vouloir co-présider ce panel. Il s’agit de l'ancien Président Chissano du Mozambique et du Premier ministre canadien Paul Martin. Ils seront rejoints par d'autres personnalités du monde du développement, qui, tous, ont une excellente connaissance de l'Afrique.

Les co-présidents et certains membres du panel sont ici à Shanghai. Ils s’entretiendront avec les gouverneurs au cours du déjeuner. Nous pensons recevoir le rapport en septembre. Le panel aura pour mandat de formuler des recommandations, mais aussi de faire un travail de plaidoyer en construisant un consensus autour d’une vision à long terme et d’une stratégie permettant de la concrétiser.

Nous sommes, je pense, à un tournant pour la Banque et pour l'Afrique. Les progrès enregistrés à ce jour par notre institution n'auraient pas été possibles sans le ferme soutien des actionnaires, et ce soutien n'a jamais été aussi fort. C’est pourquoi j’aimerais exprimer toute ma gratitude aux gouverneurs et à notre conseil d'administration. Je tiens également à remercier nos partenaires bilatéraux, les institutions de Bretton Woods et d'autres organismes multilatéraux pour leur coopération.

Enfin, je voudrais féliciter notre personnel pour son dévouement. Nous devons tous ensemble garder à l’esprit la vision globale de notre avenir et avancer vers nos objectifs à long terme. Grâce à votre soutien et à vos encouragements, nous pourrons, j’en suis convaincu, tirer pleinement parti de l’opportunité unique qui s’offre au continent africain et à ses habitants.

Je vous remercie de votre attention.