Ouverture des débats sur l’action climatique à Marrakech : l’Afrique éclaire la voie

08/11/2016
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Les délégués de 196 pays ont brandi des lanternes solaires ce lundi dans un geste de solidarité symbolisant la transition vers des technologies propres, un élément central à la réalisation des objectifs convenus dans l’Accord de Paris.

La scène se déroulait lors de la 22e Conférence des parties au Protocole de Kyoto, organisée sous les auspices de la Convention-cadre des Nations Unies sur le changement climatique (CCNUCC), et qui s’est ouverte ce matin à Marrakech, au Maroc.

Les délégués ont ainsi répondu à l’appel du ministre marocain des Affaires étrangères et président nouvellement élu de la COP22, Salaheddine Mezouar, pour qui, la volonté de son pays d’accueillir cette conférence, souligne l’engagement de l’Afrique à contribuer à la lutte contre le changement climatique au niveau mondial.

Et d’ajouter : « l’Afrique veut prendre en main son destin, atténuer sa vulnérabilité et renforcer sa résilience, et ceci en est la preuve ».

Aux côtés de Ségolène Royal, ministre française de l’environnement et présidente de la Conférence des Nations Unies sur le climat, organisée l’année dernière à Paris, Salaheddine Mezouar a distribué des lanternes solaires à l’ensemble des délégués lors de la cérémonie d’ouverture.

Ratification de l’Accord de Paris

Conscient du fait que l’Accord de Paris doit encore montrer sa capacité à mettre la planète sur la voie d’une hausse globale moyenne des températures de 1,5 à 2 degrés au maximum, comme convenu par la communauté internationale à Paris l’année dernière, le président de la COP, M. Mezouar, a exhorté les responsables gouvernementaux à «être plus ambitieux que jamais dans leurs engagements ».

Avant d’insister : « Partout dans le monde, l’opinion publique doit pouvoir constater un changement. Ce changement doit s’opérer à tous les niveaux, qu’il s’agisse de projets locaux ou transnationaux, et il doit donner naissance à des partenariats réellement gagnant gagnant ».

Lors de sa dernière intervention avant de passer le relai de la présidence du Forum sur le climat à son homologue marocain, Ségolène Royal a annoncé la ratification par 100 pays de l’Accord de Paris, entré en vigueur vendredi dernier, en un temps record pour un traité international.

« Nous avons rendu possible ce que tout le monde pensait impossible, et j’appelle donc les autres nations à ratifier l’Accord de Paris d’ici la fin de l’année », a déclaré la ministre française de l’environnement.

Pour Patricia Espinosa, secrétaire générale de la CCNUCC, l’entrée en vigueur rapide de l’Accord de Paris est évidemment un évènement à célébrer, mais elle ne doit pas occulter les nombreuses attentes maintenant placées en nos gouvernements.

« Nous ne devons pas tenir pour acquise la réalisation des objectifs et des ambitions de l’Accord de Paris », a-t-elle déclaré. « Nous avons amorcé un effort en vue de modifier le cours de deux siècles de développement à haute intensité en carbone. Les émissions mondiales doivent cesser d’augmenter dès que possible, et nos sociétés doivent renforcer leur résilience face au changement climatique ».

Mme Espinosa a également mis l’accent sur cinq principaux domaines dans lesquels les travaux doivent encore progresser : les contributions déterminées au niveau national, l’appui aux efforts d’adaptation, le renforcement des capacités, l’engagement plein et entier des parties prenantes non-signataires tant au Nord qu’au Sud, et la mise à disposions de fonds suffisants pour aider les pays en développement à rendre leurs économies plus respectueuses de l’environnement et à renforcer leur résilience.

Le rôle du financement de l’action climatique

D’après la responsable des Nations Unies pour le climat, le financement de l’action climatique doit atteindre le niveau et la prévisibilité nécessaires pour servir de catalyseur au développement faible en émissions et résilient face au changement climatique. Cela fait clairement écho à l’intention de la Banque africaine de développement (BAD) de multiplier par trois le montant de ses financements alloués à l’action climatique, pour atteindre 5 milliards de dollars EU par an d’ici 2020.

Akinwumi Adesina, président de la Banque africaine de développement, est convaincu que le Top5 (fondé sur cinq grandes priorités), permettra de limiter l’impact du changement climatique sur l’agriculture.

La première priorité, Éclairer l’Afrique et l’alimenter en énergie, prend également en compte le financement de l’action climatique, les efforts d’adaptation et la promotion du développement à faible intensité en carbone. La Banque s’est engagée à tripler ses financements alloués à l’action climatique pour atteindre 5 milliards de dollars EU par an d’ici 2020, y compris en levant davantage de capitaux auprès des fonds pour le climat », a indiqué M. Adesina.

Dans un contexte de plus en plus préoccupant marqué par l’accélération du changement climatique et de ses effets — montée du niveau de la mer, tempêtes, sécheresses et feux de forêt aux conséquences mortelles — les nations du monde ont réagi promptement au cours de l’année écoulée pour lutter contre ce fléau croissant.

Participation des acteurs non étatiques

Répondant à l’appel de la secrétaire générale de la CCNUCC à la participation pleine et entière des acteurs non étatiques, l’Alliance panafricaine pour la justice climatique (PACJA), qui représente des petits agriculteurs, des fondations, des pasteurs, des femmes et des jeunes issus de toute l’Afrique a fait connaître ses attentes dans le cadre de la COP22 ce lundi.

Demandant l’accélération de la lutte contre le changement climatique au moyen d’actions et de rhétoriques concrètes et mesurables, le secrétaire général de l’Alliance, Mithika Mwenda, a exhorté les délégués à adopter une feuille de route pour la fourniture, par les pays développés signataires, de ressources financières suffisantes et prévisibles pour permettre aux pays en développement de réaliser les engagements pris dans leurs contributions déterminées au niveau national en vertu de l’article 9 de l’Accord de Paris.

Cette organisation de la société civile a également souligné l’urgence d’établir un cadre commun et satisfaisant pour la déclaration et la comptabilité de l’aide financière, afin d’accroître la transparence des actions et éviter le double comptage, ainsi que fournir aux pays africains signataires une aide au renforcement des capacités, de sorte qu’ils puissent réaliser leurs engagements en matière de contributions déterminées au niveau national, conformément à l’accord.