L’Afrique doit investir davantage dans la recherche pour la transformation structurelle de l’agriculture

01/11/2012
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Les dirigeants africains présents à la Conférence économique africaine ont été invités à investir de manière sélective dans des politiques qui sont dans l'intérêt des citoyens et qui visent à améliorer la productivité agricole. Au cours d’une session intitulée « Agriculture, marchés et développement », Melanie O’Gorman, de l’Université de Winnipeg au Canada, a présenté un document sur la stagnation générale de l’agriculture en Afrique subsaharienne malgré la diffusion généralisée de technologies améliorant la productivité dans le monde entier.

Dans sa présentation, « Africa’s Missed Agricultural Revolution: A Quantitative Study of the Policy Options » [La révolution agricole manquée de l’Afrique : étude quantitative des options politiques], Mme O’Gorman a affirmé que les politiques destinées à améliorer l’infrastructure ou la productivité rurale dans les secteurs non agricoles, ou le fait d’autoriser la transférabilité des terres, seraient plus efficaces pour augmenter la productivité du travail agricole et accroître le bien-être des ménages.
Innocent Matshe, du Consortium africain de recherche économique, était l’animateur de ce débat et a souligné que le seul fait d’investir dans l’agriculture ne suffisait pas et que les domaines et les politiques d’investissements étaient plus importants.

« Beaucoup de pays africains ont mis en œuvre la Déclaration de Maputo dont l’objectif est d’accroître le budget de l’agriculture de 10 pour cent, mais où vont les dépenses ? Peut-être dans les salaires, car cette augmentation ne se traduit pas par un élargissement, ni une meilleure productivité » a ajouté Matshe.

Ce dernier a mis en avant les domaines qui contribueraient à la transformation structurelle de l’agriculture, notamment la recherche et le développement ; l’élargissement du modèle pour générer des résultats ; la productivité ; l’infrastructure rurale ; la recherche dans la qualité des sols et dans les semences.

Selon un extrait du document d’O’Gorman, « La stagnation agricole dans l’Afrique subsaharienne s’explique en grande partie par la mauvaise qualité des sols africains, notamment du fait de niveau de fertilité  inférieure des sols tropicaux ».

Le but de ce document était d'offrir une vue d’ensemble des causes de la stagnation agricole de ces dernières décennies en Afrique subsaharienne.

Parallèlement, la productivité de la main d’œuvre dans le secteur agricole a cru à un taux moyen annuel de trois pour cent entre 1960 et 2000 dans l’ensemble des pays en développement, alors qu’elle n’a augmenté qu’à un taux moyen annuel de seulement 0,6 pour cent en Afrique subsaharienne, selon une étude publiée par FAOSTAT en 2004.

Le document de  Mme O’Gorman illustre le fait que l’insuffisance des dépenses dans la recherche et le développement agricoles, au niveau international comme au niveau national, a pu contribuer à la réduction de la productivité des semences à haut rendement et, par conséquent, à leur faible utilisation en Afrique subsaharienne par rapport aux autres régions en développement.

Mme O’Gorman note que les gouvernements africains n’ont pas investi dans les réseaux routiers de manière suffisante pour accroître l’avantage marginal des technologies modernes qui favorise ensuite la productivité agricole.

Le conférencier a suggéré que les gouvernements africains et les organisations donatrices devraient favoriser les investissements dans les infrastructures rurales et la conservation des sols, les titres de propriété foncière et la productivité de la main d'œuvre dans les secteurs autres que l'agriculture.

Dans la plupart des économies subsahariennes, la terre dans les zones rurales appartient soit à l’État ou bien repose sur des droits coutumiers plutôt que sur des titres de propriété officiels. Les chercheurs ont argué du fait que ceci a freiné le développement des marchés fonciers et a empêché les agriculteurs les plus productifs d’acquérir des terres, entravant ainsi la productivité agricole.
Parallèlement, le faible niveau d’utilisation des technologies en Afrique subsaharienne signifie que les systèmes agricoles reposent encore très fortement sur les techniques traditionnelles.

Un deuxième  exposé par Carolin Mengel, de l’Université de Göttengen, s’est penché sur le transfert du prix des céréales depuis les marchés internationaux vers les marchés nationaux en Afrique.

On estime qu’en moyenne 73 pour cent des mouvements de prix internationaux se transmettent aux marchés locaux et la moitié d’entre eux dans un délai de 2,2 mois, c’est-à-dire plus d'un mois plus vite que dans les autres régions.

L’étude de Mengel était motivée par les récents pics des prix des denrées alimentaires au niveau international. Son but était de permettre de mieux comprendre l’étendue et la rapidité du transfert des fluctuations des prix internationaux des céréales vers les secteurs de vente au détail et de vente en gros des pays en développement et émergents.

Cette Conférence économique africaine sur quatre jours, dont le thème cette année est « Le développement durable inclusif dans une ère d’incertitude économique » rassemble environ 500 participants, dont des universitaires, des chefs d’État, des représentants des ONG, des organisations internationales, des groupes de réflexion et des banques de développement multilatéral. La conférence, qui en est à sa septième édition, est organisée par la Banque africaine de développement, en partenariat avec le Programme des Nations Unies pour le développement et la Commission économique pour l’Afrique.