L’Afrique a besoin de s’industrialiser, comme l’y invitent les franchises pour les chaînes de valeur du « Fabriqué en Afrique » : le rapport PEA 2014

19/05/2014
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La situation sociale et économique en Afrique ne cesse de progresser, selon la 13e édition du rapport Perspectives économiques en Afrique (PEA), qui a pour thème « Les chaînes de valeur mondiales et l’industrialisation de l’Afrique ».

Le rapport indique que le continent s’est montré fort résistant, face aux turbulences régionales et mondiales qui freinent la croissance économique, et formule des propositions sur la façon dont l’Afrique pourrait profiter des dynamiques mondiales pour promouvoir une croissance inclusive et créer des emplois.

Soulignant le discours autour de « l’éveil de l’Afrique », le rapport PEA 2014 – co-publié par la Banque africaine de développement, le Centre de développement de l’OCDE (Organisation de coopération et de développement économiques) et le PUND (Programme des Nations unies pour le développement) – brosse le portrait d’un continent que soutient la robustesse de ses principaux indices de développement, qui ont surpassé les moyennes mondiales au cours des dernières années.

A lire la publication, l’Afrique a enregistré un taux de croissance moyen de 4 % environ en 2013 – à comparer aux 3 % de l’économie mondiale. Cette croissance est cependant marquée par de fortes disparités selon les régions et les catégories de revenus.

L’Afrique subsaharienne, qui a amélioré sa performance, affichant une croissance de 5 % en 2013, a ainsi prévu d’atteindre les 5,8 % en 2014. L’Afrique de l’Est et l’Afrique de l’Ouest ont, quant à elles, enregistré la croissance la plus rapide, supérieure à 6 %, à l’instar des pays à faible revenu – une performance à comparer au taux de croissance inférieur à 3 % que les pays à revenu intermédiaire de la tranche supérieure ont enregistrés, en Afrique du Nord et en Afrique australe.

« Les perspectives de croissance de l’Afrique à moyen terme se sont améliorées, grâce à une plus grande stabilité politique et sociale sur le continent et au redressement de la situation économique à l’étranger, précise le rapport. Dans certains pays et certaines régions, la croissance devrait revenir à des niveaux jamais vus depuis le début de la récession mondiale de 2009 ».

Les flux financiers externes vers l’Afrique sont également en hausse et devraient dépasser les 200 milliards de dollars EU en 2014 (soit quatre fois le volume enregistré en 2000), grâce à l’accroissement des opportunités d’investissements sur le continent. Le rapport signale d’ailleurs que les investissements étrangers (investissements directs et placements de portefeuille) se sont complètement remis des effets de la crise ; ils devraient même atteindre le chiffre record de 80 milliards de dollars EU en 2014. Les secteurs de l’industrie manufacturière et des services attirent une part croissante des projets totalement nouveaux sur le continent. 

Toutefois, la part de l’Afrique dans les chaînes de valeur mondiales reste maigre – 2,2 % en 2011. Et le rapport PEA de souligner la nécessité, pour l’Afrique, d’exploiter les possibilités qu’offre l’évolution du paysage commercial mondial, pour établir des franchises de production. Les processus de production, est-il expliqué dans le rapport, sont devenus de plus en plus fragmentés à travers la planète, à mesure que les entreprises recherchent des sites concurrentiels pour les différents volets de leur production.

« Dans cette nouvelle réalité commerciale, les pays en développement ne sont plus tenus de créer des secteurs industriels complets pour être présents sur les marchés concurrentiels. Ils peuvent désormais accéder directement aux chaînes de valeur mondiales, en fournissant aux réseaux de production internationaux des compétences ou des produits spécifiques ». Ce qui ouvre de nouvelles voies de développement, tout à la fois plus étendues et plus rapides, selon le rapport. 

Les marchés africains resteront, néanmoins, les principaux moteurs de la croissance sur le continent, est-il noté dans ce rapport – qui exhorte les gouvernements à faciliter l’accès des entrepreneurs à ces marchés, en fournissant les infrastructures, matérielles et immatérielles, requises pour l’intégration et les économies d’échelle. « Les Africains ont besoin de meilleures routes et d’un approvisionnement en énergie plus fiable, mais également d’une plus grande liberté de circulation pour voyager d’une pays à l’autre et transporter leurs marchandises ».

En revanche, le rapport pointe les risques et les défis que soulèvent l’exclusion sociale, l’inégalité des revenus et la vulnérabilité aux risques économiques, sociaux et écologiques, qui continuent de menacer l’ambition à long terme de l’Afrique de devenir un continent prospère et axé sur ses habitants.

Faisant référence aux crises politiques en République centrafricaine et au Soudan du Sud, cette édition 2014 de PEA fait observer que, bien que les risques demeurent élevés dans certaines régions, le nombre de situations de crise sur le continent est plutôt en baisse. « Aujourd’hui, la plus grande partie de l’Afrique est en paix et va de l’avant. En 2014-2015, 600 millions d’Africains, dont beaucoup voteront pour la première fois, éliront leurs dirigeants », précise un passage du rapport.

Perspectives économiques en Afrique dresse un état des lieux du développement économique et social en Afrique et esquisse les perspectives des deux années à venir. Publié pour la première fois en 2002, avec des analyses portant sur 22 pays, la dernière édition de ce rapport couvre en 317 pages les 54 pays que compte le continent africain. Elle se divise en trois parties : la première évalue la performance et les perspectives de l’Afrique. La deuxième examine le thème privilégié, cette édition 2014 mettant l’accent sur les chaînes de valeur mondiales et l’industrialisation de l’Afrique. Quant à la troisième partie, celle-ci fournit des données de comparaison sur chacun des pays, présentées sous forme condensée dans la version imprimée de la publication. Celle-ci comprend également une annexe statistique comportant 24 tableaux.