COP21 à Paris : de vrais doutes quant aux résultats

04/12/2015
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Présents à la table des négociations sur le climat, qui se déroulent du 30 novembre au 11 décembre 2015 à Paris, d’éminents membres du Groupe des négociateurs africains et de la société civile se sont dits mécontents du rythme des négociations. Ce, au cours d’une table ronde notamment, organisée en marge de la COP21, la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques (CCNUCC), et intitulée « Accord de Paris et enjeux pour l’adaptation en Afrique ».

Membre du Groupe des négociateurs africains (AGN), le juriste Seth Osafo a indiqué que, selon lui, que les obstacles rencontrés étaient dus aux efforts déployés pour convaincre les pays non signataires du Protocole de Kyoto d’adopter un nouvel accord.

Pour lui, créer de nouveaux instruments juridiques – comme une convention-cadre ou un amendement, par exemple – est exclu. Or, les parties présentes à Paris ne font que discuter d’un nouvel accord, lequel « peut contenir tout ou rien », juge-t-il.  Avant de souligner : « bien que les principes de responsabilité historique, de responsabilités communes mais différenciées et d’équité soient déjà, de fait, une réalité dans la Convention-cadre, la question de la différentiation telle qu’énoncée à l’Article 3 de la CCNUCC continue d’être laissée de côté ».

Membre de l’Alliance panafricaine pour la justice climatique (Pan African Climate Justice Alliance - PACJA), Mithika Mwenda a dit les doutes que nourrit la société civile africaine concernant la possibilité de conclure un accord juridiquement contraignant à Paris, à 10 jours du terme des négociations de cette COP21. « Cette COP peut reconquérir la confiance des Africains, si les obstacles que les États-Unis et la Norvège posent systématiquement sont éliminés définitivement durant cette semaine, afin que nous puissions progresser vers un accord équitable et ambitieux qui réponde aux préoccupations de l’Afrique », a-t-il indiqué.

Pour Tosi Mpanu-Mpanu, ancien président de l’AGN, cette question de la différentiation est une ligne rouge pour l’AGN. La science le démontre, les pays développés sont les responsables historiques du changement climatique.

Faisant référence au Protocole de Kyoto, Tosi Mpanu-Mpanu considère que les pays de l’Annexe II ont contracté une « dette climatique » envers les pays en développement. Il juge urgent de clarifier le paysage du financement de la lutte contre le changement climatique post-2020, ajoutant que les 100 milliards de dollars EU proposés ne sont que le seuil minimum du financement nécessaire à cette lutte.

Coordonnatrice internationale de Jubilee South, un réseau d’alliances pour l’annulation de la dette qui œuvre dans plus de 60 pays d’Asie, d’Afrique et d’Amérique latine, Lidy Nacpil a salué le leadership de l’Afrique dans les négociations actuelles, exprimant la solidarité des organisations de la société civile asiatique, nombreuses à compter sur le leadership de l’AGN au sein de la CCNUCC.

Mais, « la stratégie de négociation des pays riches et industrialisés, qui consiste à diviser les pays en développement pour mieux les affaiblir, doit cesser immédiatement », a-t-elle lancé. Et d’ajouter : les pays en développement ont l’autorité morale pour « demander aux gouvernements des pays riches de tenir les promesses qu’ils ont faites, et qui ne représentent même pas la moitié de leur juste part ».

Citant un rapport en anglais intitulé « Examen de l’équité des CPDN[i] du point de vue des organisations de la société civile », Lidy Nacpil a exhorté les négociateurs à demander de revoir à la hausse les objectifs en matière de mobilisation des ressources, et à ne pas y voir « un appel à l’aide, alors que les pays industrialisés reviennent sur leurs engagements ».


[i] Contributions prévues déterminées au niveau national. Dites INDC en anglais, pour « Intended Nationally Determined Contributions ».