L’Afrique doit développer la capacité d’utiliser les fonds verts pour le climat, selon le vice-président de la BAD

06/12/2012
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En marge de la Conférence des Nations Unies sur le changement climatique (COP18) qui s’est tenue du 26 novembre au 7 décembre 2012 à Doha, au Qatar, la Banque africaine de développement (BAD) a déclaré que les pays africains devaient développer et renforcer leur capacité à utiliser de manière efficace les fonds climatiques écologiques lorsque ceux-ci sont disponibles. Une déclaration faite par le vice-président de la BAD, Aly Abou-Sabaa, lors d’une table ronde de haut niveau sur le « financement du changement climatique : l'accès de l'Afrique aux fonds de la Convention ». Le débat a réuni des représentants de gouvernements africains, d’institutions de développement et des acteurs clés de la communauté internationale du financement du climatique qui ont discuté des perspectives et des défis auxquels se heurte l'Afrique dans l'accès au financement de la lutte contre le changement climatique.

Les voies et moyens de l'Afrique pour relever les défis sur cette question ont également été l'un des points principaux de l'intervention de Abou-Sabaa, selon qui l'Afrique, avec des ressources adéquates et un soutien continu de la communauté internationale, peut faire beaucoup plus pour contrer les menaces inhérents au changement climatique, en s'efforçant de bâtir une économie africaine résiliente. « Nous avons l'obligation de travailler de manière collective afin de construire ensemble ce qui est nécessaire pour accéder immédiatement aux fonds », a ainsi déclaré Abou-Sabaa.

Parmi les défis auxquels doit faire face le continent africain, le financement de l'adaptation est la priorité, selon Therezya Huvisa, ministre tanzanienne de l'Environnement et présidente de la Conférence ministérielle africaine sur l'environnement (CMAE). Les partenaires de l'Afrique, à l’instar du Fonds pour l'environnement mondial (FEM), fournissent déjà un soutien au continent, a souligné Saliba Dobarzic, du FEM. « Le FEM a investi 200 millions de dollars en Afrique, avec notamment 64 millions de dollars pour l'eau, la santé et les risques de catastrophe naturelle, en collaboration avec la Banque africaine de développement », a-t-elle indiqué.

De son côté, Daouda Ndiaye, du Fonds d'adaptation, a insisté sur la nécessité de partager les connaissances et d'utiliser les maigres ressources disponibles de la meilleure façon qui soit,  estimant que les normes fiduciaires des conseils d'adaptation étaient accessibles et avaient permis aux établissements d’être accrédités. De plus, ce processus a été une expérience extrêmement positive, qui pourrait être payante. « Il donne aux pays la possibilité de formuler une stratégie et d’exposer leurs procédures, et permet une meilleure capacité d'absorption », a déclaré Ndiaye.

Le directeur général de la Commission européenne, Jos Delbeke, a précisé que les travaux à venir aideront l'Afrique à améliorer sa capacité d'absorption : « Les systèmes basés sur la performance sont au cœur de l'accès aux fonds conventionnels », en ajoutant que la Commission européenne s’est engagée auprès du Fonds vert pour le climat. Cependant, M. Delbeke a mis en garde contre le risque que le Fonds vert pour le climat ne devienne une strate administrative supplémentaire, qui consomme des ressources financières.

Pour Fatima Denton, de la Commission économique des Nations Unies pour l'Afrique (CENUA), le principal objectif ne devrait pas être le seul accès aux fonds, mais la manière dont les pays africains pourraient utiliser ceux-ci.

Anthony Ngoye, de la Banque africaine de développement, a précisé que la BAD s’était engagée à investir 6,4 milliards de dollars en Afrique sur cinq ans, en se concentrant sur la résilience climatique et la croissance verte. Il a également souligné l'engagement de la Banque pour l’accroissement de la capacité des pays africains à accéder aux fonds vert pour le climat, ainsi qu’à d'autres fonds dédiés au changement climatique.

Concluant la séance, Abou-Sabaa a reconnu que le plus grand défi était de se mettre d’accord sur les actions prioritaires visant à aider l'Afrique à se préparer à accueillir les fonds verts pour le climat et à les utiliser efficacement lorsqu’ils sont disponibles. Indiquant qu’il espérait que les négociations de la Conférence des Nations Unies sur les changements climatiques (CdP18) donneraient des résultats concrets quant aux enjeux financiers à moyen et long terme, il a ajouté que les partenaires devaient travailler ensemble pour renforcer les capacités des pays africains.

Contexte

Le financement de la lutte contre le changement climatique est une préoccupation majeure pour l'Afrique, en quête d'un développement durable et en transition vers une économie verte. Une étude récente de la BAD a estimé les coûts d'adaptation en Afrique entre 20 et 30 milliards de dollars par an au cours des dix à vingt prochaines années. En outre, placer l'Afrique sur une trajectoire de croissance à faible utilisation de carbone pourrait coûter de 9 à 12 milliards de dollars par an d'ici 2015. Or en l’état actuel, le financement sur le continent est loin de répondre à ces besoins.

Les efforts de la communauté internationale et des pays africains en vue d’améliorer l'accès au financement climatique en Afrique ont certes donné des résultats significatifs ces dernières années. Cependant, les flux actuels restent insuffisants pour répondre aux besoins réels de l'Afrique. À ce jour, le continent n'a pas bénéficié de ressources financières de ses partenaires au développement, multilatéraux et bilatéraux, qui soient en rapport avec les besoins futurs éventuels. On estime ainsi que l'Afrique n'a reçu que 435 millions de dollars de financement multilatéral sur le climat en 2009/10, soit à peine 4 % du total des flux.

Les flux d’investissement climatique de la part les partenaires au développement bilatéraux ont toujours été plus importants en Afrique. Et les fonds dédiés au climat se focalisent de plus en plus sur le soutien aux pays africains. Ces fonds ont approuvé environ 2,9 milliards de dollars de financement pour le climat en Afrique. Un montant faible en termes absolus, mais la tendance est de plus en plus en faveur de l'Afrique, en particulier en ce qui concerne l'adaptation.

La répartition actuelle entre le financement de l'atténuation et de l'adaptation (respectivement 95% et 5%) contraste avec les coûts estimés. Un décalage problématique en Afrique, où les besoins d'adaptation se manifestent d’ores et déjà et où les capacités d'adaptation locales et nationales sont limitées.

Dans l'ensemble, les pays africains - en particulier les moins développés - sont confrontés à des défis lors de chaque apport financier pour la lutte contre le changement climatique. Ces pays doivent être pris en compte dans les nouveaux mécanismes, particulièrement ceux de la Convention cadre des Nations Unies sur les changements climatiques (CCNUCC), afin d'améliorer l'efficacité, l'équité et l'accès au financement des pays africai