Donald Kaberuka : l’Afrique ferait mieux d’agir si elle veut réduire les risques d’investissement

20/05/2014
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Le président de la Banque africaine de développement (BAD), Donald Kaberuka, a déclaré que, pour réduire la perception du risque d’investissement dans les infrastructures en Afrique, il était nécessaire de progresser et de passer à un autre niveau de développement.

Il s’est exprimé le mardi 20 mai, face à un comité d’experts réunis autour du thème « Réduire la perception des risques d’investissement dans les infrastructures en Afrique », dans le cadre de la 49e édition des Assemblées annuelles de la Banque, qui se tiennent à Kigali, la capitale rwandaise.

« Les actifs africains ont été sous-évalués, car le risque en Afrique a été exagéré. Il semblerait que cela change, et je pense que la crise financière a accéléré ce changement. Tout ce que nous avons à faire, c’est de nous efforcer d’atténuer ce risque », a affirmé Donald Kaberuka.

Le président de la BAD a mis en lumière certains projets d’infrastructures financés par la Banque, ajoutant qu’il était temps de se concentrer sur les projets commercialement viables déjà en place. « Au lieu de se focaliser sur ce qui ne marche pas, pourquoi ne pas chercher plutôt un moyen de faire fonctionner les choses ? Nous devrions davantage montrer ce qui se passe en Afrique », a souligné Donald Kaberuka.

Et d’expliquer que la BAD a créé un mécanisme de financement des infrastructures en Afrique, “Africa50”. Ce mécanisme établit une plate-forme pour le développement de l’Afrique dans les cinquante  années à venir, qui entend accélérer le développement des infrastructures sur le continent.

Dans leur déclaration sur le Programme de développement des infrastructures en Afrique (PIDA), en 2012, les chefs d’États africains ont appelé à des solutions innovantes pour faciliter et accélérer la mise en œuvre des infrastructures en Afrique. En réponse, et après de nombreuses consultations avec ses partenaires africains, la BAD a proposé de créer ce nouveau mécanisme, le fonds Africa50. Africa50 est le fruit de l’expérience et de l’innovation. Ce mécanisme entend mobiliser des fonds privés pour accélérer la mise en œuvre des infrastructures en Afrique et ainsi créer une nouvelle rampe de lancement pour la croissance du continent. Africa50 mettra l’accent sur les projets nationaux et régionaux à fort impact, dans les secteurs de l’énergie, des transports, des TIC et de l’eau.

« Africa50 est ouvert aux investisseurs africains et étrangers, mais sera aux mains des Africains. Nous recherchons des projets transformateurs qui sont prioritaires en Afrique. Ils doivent être commercialement viables, nécessaires et rentables », a précisé le président de la BAD.

Africa50 doit être conçu comme un organisme de développement aux fins commerciales. Jouant un rôle complémentaire de celui des organismes de financement du développement existants en Afrique, il sera toutefois indépendant au plan juridique.

Lors de la séance, les experts ont débattu des moyens de réduire la perception du risque en Afrique, répondant à une foule de questions de l’auditoire.

Makhtar Diop, vice-président de la Banque mondiale pour l’Afrique, est convaincu d’une chose : beaucoup de choses se produisent sur le continent, et la perception du risque s’en trouve modifiée. « Le plus important est d’accélérer l’investissement en Afrique et cela se fera avec des exemples précis et concrets de faits qui font progresser le continent », a-t-il dit.

Et d’observer que les investisseurs directs étrangers perçoivent un risque à investir en Afrique, et qu’il est temps, pour le continent, d’évaluer ce risque de manière précise et transparente : « Nous devons évaluer de façon transparente les différents types de risques, liés notamment à la politique, la mise en œuvre, la consommation, la concurrence, la finance ou encore à l’offre et la demande ». La Banque mondiale estime à 100 milliards de dollars EU par an les besoins en infrastructures en Afrique subsaharienne. Si les investissements privés ont été solides, au profit de l’Afrique du Sud et du secteur des télécommunications surtout, le déficit de financement s’élève encore à 31 milliards de dollars EU.

La perception d’un risque élevé est l’un des principaux freins à l’investissement.