L’Afrique, terre des possibles : la Conférence économique africaine se prépare à une ruée vers Kigali

29/10/2012
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La 7e édition de la Conférence économique africaine (CEA) se prépare à assister à une arrivée en masse de dirigeants et de chercheurs originaires d'Afrique et d'ailleurs à Kigali, au Rwanda. Cette année, la CEA se déroule du 30 octobre au 2 novembre 2012 et est centrée sur le thème des perspectives de croissance durable et inclusive du continent dans le contexte de la crise économique mondiale.

« Cette réunion se distinguera tant par ses invités de marque que par son franc-parler : on comptera, entre autres intervenants, le président rwandais Paul Kagame ; l’ancien président du Nigeria, Olusegun Obasanjo ;  Joaguim Rafael Franco, ancien Premier ministre de São Tomé-et-Principe ;  Donald Kaberuka, président de la BAD, et  Helen Clark, administratrice du PNUD » a déclaré jeudi, M. Mthuli Ncube, économiste en chef et vice-président de la Banque africaine de développement, à l’Unité des relations extérieures et de la communication de la Banque mondiale.

Pour le professeur Ncube, la Conférence fait écho à la Stratégie à long terme (SLT) de la Banque africaine, qui met l’accent sur la croissance inclusive, synonyme d’un accès élargi aux opportunités économiques pour tous les Africains, hommes et femmes, indépendamment de leur âge et au-delà des disparités régionales et géographiques. Elle relève également des stratégies de développement des partenaires CEA de la Banque, le Programme des Nations Unies pour le développement et la Commission économique pour l’Afrique.

Tout en reconnaissant la dégradation des perspectives de l’économie mondiale à court terme, la reprise économique des économies développées essuyant de nouveaux revers et connaissant une intensification des incertitudes, professeur Ncube a reconnu que « l’Afrique sera sans aucun doute confrontée à des défis en matière de développement ».

Son message a également mis l’accent sur le fait que le développement inclusif bénéficierait aux populations vulnérables du continent africain, étant donné qu’il est en mesure de déboucher sur une amélioration de la santé, de la qualité de l’eau et de l'alimentation et sur des emplois décents.

« Sur notre continent, la croissance est restée en règle générale solide dans un contexte de stagnation de l’économie mondiale » a-t-il poursuivi, révélant que d’après les perspectives économiques africaines pour 2012, la croissance moyenne du continent devrait s’élever à 4,5 pourcent en 2012 et à 4,8 pourcent en 2013, une hausse par rapport aux 3,4 pourcent de 2011.  

L’économiste en chef de la BAD a toutefois reconnu que les perspectives économiques du continent sont tributaires de tout un éventail de facteurs imprévisibles, faisant remarquer qu'une crise plus profonde de la zone euro entraînerait un affaiblissement mondial marqué et un scénario plus pessimiste. En ce qui concerne l’Afrique fait observer M. Ncube, ceci pourrait déboucher sur une baisse des revenus issus des exportations et du tourisme, des effets de contagion pour les banques africaines, en sus de la baisse du flux de l’assistance au développement officielle, de l’investissement étranger direct et des transferts des travailleurs immigrés. La détérioration des conditions de l’économie mondiale pourrait rapidement se traduire par un ralentissement de la croissance de l’Afrique subsaharienne » a-t-il poursuivi.   

La Banque occupe un rôle de premier plan dans le domaine du développement et a par conséquent examiné comment la croissance africaine pourrait être affectée si l'économie mondiale venait à s'affaiblir plus que prévu dans le scénario de référence. Se fondant sur des données clés issues d'analyses, l’Économiste en chef a posé le diagnostic suivant : « Une baisse d'un point de pourcentage de la croissance du PIB des pays membres de l'OCDE se traduira par une baisse de près d'un demi-point de pourcentage de la croissance africaine, la voie de transmission la plus importante étant le commerce extérieur. Les estimations indiquent qu'une baisse d’un point de pourcentage de la croissance du PIB des pays de l’OCDE se traduirait par une réduction de 10 pourcent des revenus en provenance des exportations de l’Afrique et de 2,5 pour cent de ses importations. L’impact pourrait être plus grave sur les pays individuels, en particulier sur ceux dont les exportations ne sont pas diversifiées et les protections prévues dans les politiques sont faibles ». 

Le professeur Ncube a mis l'accent sur l’appui de la Banque à la croissance inclusive comme moyen d’aborder les problèmes économiques et sociaux de l’Afrique. D’après lui, un consensus est en train de voir le jour, selon lequel, la croissance économique rapide et durable en Afrique doit être équitable, ce qui est important pour la réduction de la pauvreté. La croissance inclusive est une croissance aux bases élargies, à travers tous les secteurs ; elle comprend l’emploi productif et protège les groupes défavorisés et marginalisés des chocs négatifs. Le Conférence de Kigali offrira des idées et des contributions significatives ainsi que des recommandations affinées qui comprendront un nombre limité d’actions mesurables et qui « changent la donne » pour faire une grande différence dans le soutien de la croissance inclusive en Afrique, a poursuivi l’économiste en chef de la Banque. En outre, un nombre limité de documents présentés lors de la conférence seront examinés en vue de figurer dans une édition spéciale de la revue des pairs, la Revue africaine de développement. M. Ncube a ajouté qu’un prix pour le meilleur document présenté à la conférence, et sélectionné par un comité d’experts éminents, sera décerné lors de la cérémonie de clôture.

M. Ncube a également affirmé que les thèmes des CEA précédentes et les enseignements tirés ont aidé les responsables politiques africains à intégrer ces idées à la stratégie fondée sur l'innovation de leurs gouvernements respectifs. Les gouvernements africains, a-t-il expliqué, prennent désormais des mesures politiques délibérées pour réduire les inégalités et promouvoir l’inclusion, et ces mesures sont plus que jamais nécessaires. « Il est temps de se concentrer sur les attentes des populations : un emploi décent, un salaire suffisant pour vivre, un accès aux services de base, davantage de démocratie et des gouvernements responsables ». 

Faisant écho aux propos du président du Groupe de la Banque M. Donald Kaberuka, qui a décrit l’Afrique lors de la réunion du G20 qui s’est tenue à Paris , au mois d’octobre 2011, comme une « terre d’opportunités », M. Ncube a déclaré que le monde avait besoin d’une nouvelle dynamique de croissance afin de résoudre les problèmes multiples auxquels nous faisons face, à savoir le chômage, le déficit [public], la dette et la pauvreté mondiale : « l’Afrique et ses institutions se réjouissent à l'idée de jouer un rôle dans cette nouvelle dynamique de croissance dont l'économie a tant besoin à ce moment précis de l’histoire ».

Il a également indiqué que l’Afrique et ses habitants cherchaient à constituer un pôle pour la croissance mondiale dans les décennies à venir et que, par conséquent, la promotion de la croissance était maintenant une véritable urgence. Rappelant les ingrédients du développement de l’Afrique, M. Ncube a cité la stimulation de la production agricole, l’aide aux petites entreprises, l’offre d’une éducation pertinente et de meilleure qualité, l’encouragement du secteur privé, l’amélioration du climat d’investissement et la résolution des disparités régionales et sexospécifiques. « La promotion de la croissance inclusive contribuera également à la stabilité politique et à la distribution équitable de la richesse, à des secteurs plus productifs et sociaux, à des dépenses qui mèneront à la création d’emplois décents et à des politiques fiscales adéquates qui réduiront les risques de soulèvements politiques » a fait remarquer M. Ncube, indiquant qu’ « Un certain nombre de messages seront diffusés en conclusion de cette réunion, messages qui mettront l'accent sur les opportunités positives qui existent pour l'Afrique ».