L’Afrique - la prochaine centrale d’énergie propre ?

21/03/2016
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Le continent africain peut-il devenir la prochaine centrale électrique de la planète en matière d’énergie propre ? C’est la question qui a été débattue, lundi 21 mars à Abidjan,  au cours de la seconde séance plénière du Africa CEO Forum - et les panélistes sont parvenus à la conclusion que la réponse est oui, à condition que les bonnes politiques et la volonté politique requises soient mises en place. Comme l’a déclaré Siyanga Malumo, directeur général de la Copperbelt Energy Corporation : « L’argent est là : nous avons donc besoin de la politique, de l’environnement porteur et de la structure tarifaire appropriés ».

Animée par Pascal Agboyibor, membre du cabinet d'avocats américain Orrick, la session de lundi a débuté avec une présentation d’Adam Kendall, associé principal chez McKinsey & Company. « La toile de fond de notre débat d’aujourd’hui est que 621 millions d’Africains n’ont pas accès à l’électricité, et que 600 000 d’entre eux meurent chaque année des effets de l’utilisation de la biomasse pour la cuisson. Quels que soient les chiffres que nous pouvons consulter, il apparaît clairement que nous faisons face à un défi en matière de financement - il nous faut 40/50 milliards de dollars US par an pour investir dans les infrastructures concernant l’énergie, et jusqu’ici nous ne trouvons qu’à peu près 8 milliards de dollars. Les trois domaines d’énergie qui présentent le meilleur potentiel pour l’Afrique sont le gaz, l’hydro-électricité, et - potentiellement le plus intéressant de tous - l’énergie solaire. Nos défis collectifs se trouvent dans l’élaboration de la politique de réglementation qui convient, la mobilisation de ressources pour le financement de projets, l’optimisation du rôle et des capacités des services publics fournissant de l’énergie, l’avènement de l’électrification rurale, et surtout l’assurance d’une réelle volonté politique ».

Kevin Urama, conseiller du président de la BAD, a présenté les objectifs du New Deal sur l’énergie pour l’Afrique, une initiative menée par la Banque pour garantir l’accès universel à l’énergie sur le continent d’ici à 2025 et basée sur un partenariat transformateur couvrant tant les acteurs du secteur public que ceux du secteur privé et... le financement. Notre double défi, a-t-il dit, tient au fait qu’il nous faut élargir l’accès à l’énergie pour nous assurer que nous pouvons réaliser nos objectifs de développement, et trouver la bonne combinaison de sources d’énergie renouvelables et traditionnelles.

Elizabeth Littlefield, présidente directrice générale de l’Overseas Private Investment Corporation (OPIC), a déclaré que « les entreprises américaines sont en train de prendre conscience des opportunités d’investissement que présentent les projets d’énergies renouvelables en Afrique, et en particulier en Afrique de l’Ouest ». Le portefeuille des énergies renouvelables de l’OPIC a décuplé en deux ans, a-t-elle signalé.

Oliver Andrews, chef des opérations d’investissement de l’Africa Finance Corporation, a clairement laissé entendre qu’un énorme défi résidait dans le degré de préparation et de finalisation - ou pas - de projets entièrement bancables dans le domaine de l’énergie. « Mais nous ne considérons pas le financement climatique comme une nouvelle mode », a-t-il ajouté. « Il nous rappelle la révolution de la téléphonie mobile qui a déferlé à travers l’Afrique : ce sera la prochaine réalité à se présenter. Mais nous devons la provoquer, et nous devons éliminer les risques qu’elle comporte. Pour le moment, elle est lente et a besoin de nouveaux instruments de financement - par exemple, d’une amélioration des conditions de crédit pour les services publics de distribution d’énergie, qui ne sont pas toujours considérés comme solvables ».

Ahmed Nakkouch, directeur général de Nareva, la plus importante société africaine  indépendante de production d’énergie, spécialisée dans l’énergie éolienne, a évoqué le triptyque « sûreté, sécurité et fourniture » qui s’applique au secteur de l’énergie en Afrique. Il a souligné l’importance primordiale du développement des réseaux électriques nationaux, qui constituent la façon optimale de servir et d’atteindre le nombre maximum de personnes dans chaque pays. Il a cité le cas du Nigeria, où seulement 10 % de l’énergie nationale à disposition est dirigée vers le réseau.

Siyanga Malumo, le directeur général de la Copperbelt Energy Corporation, a clairement indiqué qu’une révolution des énergies renouvelables en Afrique ne peut être dirigée, gérée et financée que par les Africains eux-mêmes. Pour s’assurer que cela se produise, il a insisté sur le fait qu’il est nécessaire que les gouvernements africains et les entreprises commencent à faire confiance à leurs collègues africains et à collaborer davantage avec eux.

Des questions venant de l’assistance ont porté sur la question du financement. Le financement est là, a dit Oliver Andrews, mais nous avons besoin de nous pencher sur les mécanismes que nous utilisons pour la rendre disponible, en particulier à travers d’autres modèles que celui du financement de projets. « L’incertitude et l’absence de mesures d’incitation sont des sources de préoccupation plus vives », a ajouté Elizabeth Littlefield. Oliver Andrews a poursuivi : « Nous avons besoin d’une combinaison de financement et de politique, ainsi que d’un appariement d’initiatives réunissant un mécanisme financier tel que le Fonds vert pour le climat, pour qui des marges faibles sont acceptables, et les investisseurs traditionnels qui s’attendent à des rendements plus élevés et pour lesquels les tarifs d’énergie pratiqués doivent être acceptés ».

Le consensus qui s’est dégagé entre les panélistes est qu’il y a effectivement d’importantes ressources financières de disponibles à des fins de financement. Le défi fondamental consiste à s’assurer qu’une réglementation transparente, qu’une clientèle crédible et, surtout, qu’une volonté politique rendent les projets viables.

La quatrième édition de l’Africa CEO Forum, la principale réunion internationale des directeurs généraux, des banquiers et des investisseurs d’Afrique se tient  jusqu’au 22 mars 2016.

Pour de plus amples renseignements, visitez http://www.theafricaceoforum.com.