Le programme de transformation agricole de l’Afrique et les résultats de la COP21 ont partie liée

07/12/2015
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Le succès du projet de transformation agricole de l’Afrique dépend pour beaucoup de l’issue des négociations actuelles autour du changement climatique, de l’avis d’experts agricoles africains.

Le président de la BAD, Akinwumi Adesina, n’a de cesse de souligner combien l’avenir du continent dépend de son agriculture. Or le programme de transformation agricole de l’Afrique ne saurait être déployé ni réussir si le continent n’obtient pas les fonds nécessaires pour l’aider à s’adapter au changement climatique, a-t-il averti, en marge de la 21e Conférence sur les changements climatiques, à Paris.

« Il y a un vrai risque que l’Afrique ne puisse se nourrir par elle-même. Et si nous ne disposons pas des ressources pour nous adapter au changement climatique, l’Afrique ne sera pas en mesure de libérer son potentiel agricole », a mis en garde le président de la BAD. C’était le 3 décembre 2015, en direct de la COP21, au cours d’un débat sur la variabilité et le changement climatiques et leurs répercussions sur le programme de transformation agricole du continent, qui réunissait Rhoda Peace Tumusiime, la commissaire de l’Union africaine chargée de l’Économie rurale et de l’Agriculture, Makhtar Diop, vice-président de la Banque mondiale pour l’Afrique – entre autres experts éminents des enjeux de l’agriculture africaine. Tous en sont convenus : l’adaptation au changement climatique et l’objectif ambitieux de l’Afrique de situer l’agriculture au centre de sa transformation économique ont indéniablement partie liée.

Voilà un moment déjà que de nombreux partenaires au développement pointent la nécessité d’opérer une telle transformation et  l’urgence pour l’Afrique de s’y engager, Outre l’abondance de richesses de son sous-sol, le continent peut se targuer de posséder 65 % des terres arables encore disponibles dans le monde.

Toutefois, malgré son incroyable potentiel, l’Afrique demeure importatrice nette de denrées alimentaires, qu’elle devrait pouvoir produire elle-même. Sa facture d’importations de produits alimentaires s’élève à quelque 35 milliards de dollars par an.

Autre paradoxe à relever ici : l’agriculture est à la source des moyens de subsistance de 70 % de la population du continent.

L’Agenda 2063 lancé sous l’égide de l’Union africaine comme le  canevas pour le développement économique du continent, vise la création de 122 millions d’emplois d’ici à 2063. Or cet objectif ambitieux est d’ores et déjà menacé par les effets du changement climatique.

Prenant la parole à son tour,  Rhoda Peace Tumusiime a déclaré que L’Afrique ne pourra pas transformer son agriculture si la donne ne lui est pas favorable à cette  COP21 : « Si nous n’obtenons ici pas un bon accord, qui puisse nous aider en nous apportant les technologies appropriées, nous ne serons pas en mesure de moderniser ni de transformer notre agriculture ».

C’est pourquoi toute l’Afrique a le regard de rivé sur les négociations autour du climat à la COP21, surtout s’agissant de l’adaptation au changement climatique et ses mécanismes de financement – un volet essentiels que l’Afrique n’a de cesse de souligner depuis longtemps.

Le continent fait face, en effet, aux dures réalités du changement climatique : sécheresses et inondations qui sévissent en Afrique australe, déforestation, lacs et rivières qui rétrécissent, à l’instar du lac Tchad et du bassin du Niger, érosion des littoraux conjuguée au risque de montée du niveau de la mer, désert qui gagne du terrain, et stress hydrique et pénuries d’eau au Sahel – entre autres.

L’Afrique est vulnérable au changement climatique parce que son agriculture est pluviale pour l’essentiel.

Mais, a tenu à souligner  le vice-président de la Banque mondiale, Makhtar Diop, tout espoir n’est pas perdu : si l’incertitude est grande concernant le changement climatique, le potentiel d’irrigation en Afrique est immense : « Le changement climatique représente une incertitude majeure, mais si nous diversifions les économies de l’Afrique que nous mettons en place les technologies et les politiques appropriées, nous pourrons maintenir la croissance économique que le continent a enregistrée ces dix dernières années. »

Les panélistes sont convenus que, même si les perspectives de transformation de l’agriculture en Afrique sont nombreuses, le changement climatique continuera de faire planer des nuages sombres sur le développement durable du continent. Autrement dit, si l’Afrique ne s’adapte pas au changement climatique, elle ne pourra pas libérer son plein potentiel agricole.