Africa Tourism Monitor 2015 : En hausse, le tourisme en Afrique doit décoller pleinement

12/01/2016
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Pour la troisième année consécutive, la Banque africaine de développement (BAD) publie l’Africa Tourism Monitor, un rapport annuel en anglais dédié au secteur du tourisme en Afrique. Fruit d’un travail conjoint de la BAD, de la Maison de l’Afrique de l’Université de New York et de l’organisation “Africa Travel Association” (ATA), la publication est placée sous la thématique « Libérer le potentiel touristique de l’Afrique » pour son édition 2015.

Objectif : dresser un état des lieux du secteur du tourisme en Afrique et décliner tant les opportunités que les défis qu’il recèle. Ce, à l’aide de données chiffrées et grâce aux contributions d’acteurs clés du secteur sur le continent : voyagistes, experts et représentants d’organismes spécialisés donnent tour à tour un éclairage spécifique à l’analyse en exposant diverses études de cas.

 

Un secteur en forte croissance, des chiffres à la hausse

Premier constat mis en exergue dès l’introduction du rapport : le secteur du tourisme en Afrique est en hausse. L’année 2014 a enregistré 65,3 millions d’arrivées de touristes internationaux sur le continent – soit 200 000 de plus environ qu’en 2013. A comparer aux 17,4 millions d’arrivées de touristes internationaux enregistrées en 1990 sur le continent, la performance du secteur a quasi été multipliée par quatre en moins de quinze ans.

 

Grâce à son dynamisme en 2014, l’Afrique (+4 %) se classe même juste derrière la première destination touristique mondiale qu’est l’Asie du Sud-Est (+6 %), d’après l’Organisation mondiale du tourisme (OMT).

 

 

Top 3 des destinations touristiques en Afrique en 2014

Deux pays d’Afrique du Nord occupent le haut du tableau. L’Egypte a enregistré la plus forte hausse en 2014, avec 454 000 arrivées internationales de plus qu’en 2013 – soit une augmentation de 5 % en un an. Suit le Maroc, qui, en 2014, a de nouveau dépassé le seuil des 10 millions d’arrivées de touristes internationaux et gagné 236 000 arrivées supplémentaires par rapport à l’année précédente. La troisième place est occupée par un pays d’Afrique de l’Ouest, la Côte d’Ivoire, en pleine relance économique : si le pays n’a enregistré en 2014 « que » 91 000 arrivées de plus qu’en 2013, cette hausse s’élève à 24 % en douze mois – une croissance à deux chiffres qui souligne son potentiel à faire décoller son tourisme.

Plus de touristes signifie plus de rentrées d’argent : en 2014, le continent africain a engrangé 43,6 milliards de dollars EU de recettes. Selon l’organisme britannique World Travel & Tourism Council (WTTC), le secteur du tourisme international aurait contribué à hauteur de 8,1 % du PIB du continent.

Et plus de touristes signifie aussi plus d’emplois créés : quelque 20 millions de personnes. travailleraient directement ou indirectement pour le secteur du tourisme – soit 7,1 % du total des emplois en Afrique. Guides, employés dans l’hôtellerie, interprètes, personnel dans l’aérien, artisans…, les emplois créés sont nombreux, mais les retombées économiques vont au-delà des seuls professionnels du secteur.

 Preuve également de ce dynamisme, l’hôtellerie est en pleine expansion. Surtout, elle franchit de nouvelles frontières pour se développer dans de nouveaux pays restés jusqu’ici à la marge – comme la Mauritanie, par exemple. Tendance majeure, l’Afrique subsaharienne profite davantage de l’expansion des chaines hôtelières et du contingent de chambres disponibles que l’Afrique du Nord. Et le Nigeria, le pays le plus peuplé du continent, occupe le haut du classement – suivi de l’Egypte puis du Maroc. Mais c’est en Guinée équatoriale que se développe le plus grand projet d’hôtel en Afrique subsaharienne, avec le futur Grand Hôtel Oyala Kempinski, qui comptera 451 chambres.

Des atouts multiples et des initiatives positives

Vestiges historiques (des pyramides d’Egypte aux églises rupestres d’Ethiopie en passant par la sud-africaine Robben Island, l’île de Gorée au Sénégal ou les peintures rupestres du Tassili algérien ou du Tsodilo au Botswana), paysages grandioses (Chutes de Victoria, désert du Sahara, du Namib ou du Kalahari, littoral…) et divers (entre mer, montagnes, plaines, déserts, forêts tropicales, bush…), riche artisanat, faune et flore exceptionnelles…, le continent regorge d’atouts à même d’attirer toujours plus de touristes du monde entier.

Des initiatives ont été lancées en Afrique, ces dernières années, pour inciter davantage de touristes à venir visiter le continent. Sont salués dans la publication les progrès accomplis dans la facilitation des visas et la coopération régionale, avec la mise en place de e-visa et de visa uniques : un seul et même visa suffit pour l’ensemble des pays membres de la Communauté de développement d’Afrique australe (SADC par acronyme anglais), le nouveau visa dit “KAZA” (pour Kavango-Zambèze) a été développé entre la Zambie et le Zimbabwe, et la Communauté d’Afrique de l’Est a lancé, en février 2014, un visa unique qui couvre trois pays (Kenya, Ouganda et Rwanda). De telles mesures et politiques de facilitation des visas pourraient doper de 5 % à 25 % les revenus du tourisme et l’emploi, est-il stipulé dans le rapport.

Un potentiel avéré, qu’il reste à libérer pleinement

Infrastructures et services de transports seraient le talon d’Achille de la croissance du secteur du tourisme : « Voyager sur le continent africain en se fait pas toujours sans heurt », est-il noté. De fait, il est plus compliqué – et plus onéreux – de voyager à travers le continent, que de s’y rendre depuis l’Europe, l’Amérique du Nord ou l’Asie.

En 2004, le NEPAD avait lancé son Plan d’action pour le tourisme, afin de développer un tourisme durable. Quelques années plus tôt, en 2000, avait aussi été entérinée la Décision de Yamoussoukro (du nom de la ville de Côte d’Ivoire où elle a été adoptée en 1999), qui vise la libéralisation du transport aérien sur le continent. Mais, plus d’une décennie plus tard, leur mise en œuvre reste en souffrance. Or si elle était appliquée, la Déclaration de Yamoussoukro, dite aussi « Ciels ouverts pour l’Afrique », pourrait créer à elle seule 155 000 nouveaux emplois et contribuer pour 1,3 milliard de dollars EU au PIB du continent.

D’autres freins perdurent qui entravent  le plein développement du secteur du tourisme en Afrique : manque de politiques incitatives dédiées, une coopération régionale à renforcer, infrastructures insuffisantes, et enjeux de nature sécuritaire notamment.

Le secteur pâtit d’une menace sécuritaire exacerbée depuis 2013, notamment dans les pays d’Afrique du Nord, au Mali ou encore sur la côte kenyane. Ainsi qu’il est noté dans le rapport, sur les 80 pays pour lesquels le Département d’Etat américain a émis un avertissement de voyage, 30 sont africains. Sans oublier le virus Ebola qui, même s’il n’a touché que l’Afrique de l’Ouest en 2013 et 2014, a nourri une peur qui s’est étendue à de nombreux autres pays pourtant fort éloignés des foyers de l’épidémie, déplore le rapport.

S’agissant de la faune, qui attire tant de touristes du monde entier, les éléphants et les rhinocéros sont des espèces menacées d’extinction. Jamais la recrudescence du braconnage et le commerce illégal d’animaux protégés n’a même atteint de tels niveaux, s’alarme le rapport.  Et d’enjoindre les pays à prendre conscience de la valeur économique de leur faune et à renforcer leurs capacités en matière de production de données en ce domaine, tout en soulignant qu’au-delà du potentiel économique, c’est toute une biodiversité qui est en jeu.

Si le tourisme international est à la hausse en Afrique, le continent ne représente pour l’heure que 5,8 % des arrivées touristiques et 3,5 % des recettes engrangées à l’échelle mondiale. C’est dire le potentiel de croissance – et de retombées économiques – que recèle le secteur.

  • Télécharger l’Africa Tourism Monitor 2015 ici.
  • Pour de plus amples informations et une vue d’ensemble enrichie d’infographies, rendez-vous sur le Portail Internet dédié aux données sur le tourisme en Afrique, un portail développé par la Banque africaine de développement, avec la Maison de l’Afrique de l’Université de New-York et l’“Africa Travel Association” (ATA).

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