Selon des études l’Afrique commerce de moins en moins avec l’Afrique

30/10/2013
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L’Afrique connaît un plus faible volume d’échanges intérieurs que les blocs commerciaux d’Europe, d’Asie et d’Amérique latine. Telle est la conclusion de quatre études différentes.

Quatre chercheurs de différentes régions d’Afrique et un venu d’Asie ont présenté leurs travaux au cours d’une session intitulée « L’approche du modèle de gravité et le potentiel commercial », dans le cadre de la Conférence économique africaine organisée à Johannesburg du 28 au 30 octobre.

Tous ont conclu que les échanges commerciaux sur le continent africain sont très faibles, et la participation de l’Afrique au commerce mondial négligeable et fragmentée.

Edris Seid, chargé de recherche à l’Institut de politique sociale en Éthiopie, affirme que le commerce intra africain n’atteint pas les cinq %. Les échanges commerciaux en Afrique n’ont pas augmenté malgré la présence de nombreuses communautés économiques régionales (CER) du continent.

Selon les conclusions de son étude, qui a utilisé l’approche du modèle de gravité pour analyser le cas de quatre CER – le Marché commun de l’Afrique orientale et australe (COMESA), la Communauté de développement de l’Afrique australe (CDAA, en anglais SADC), la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), et l’Autorité intergouvernementale pour le développement (IGAD) –, le niveau des échanges commerciaux en Afrique est resté extrêmement bas, et les performances des CER sont variables, mais généralement décevantes. M. Seid conclut que « la CDAA et la CEDEAO ont généré des échanges commerciaux dans le sens “vinerien” du terme (en référence à l’économiste Jacob Viner). Le coefficient du COMESA est tellement négatif et invraisemblable qu’il faut en conclure que cette organisation n’a pas renforcé les échanges commerciaux entre ses États membres. L’IGAD, quant à elle, a un coefficient positif mais non significatif, ce qui laisse entendre qu’elle n’a pas contribué à l’expansion du commerce intra régional ».

Les recherches menées par Mouhamed Njikam de l’Université de Yaoundé, au Cameroun, ont permis de conclure que les échanges commerciaux intra africains sont peu importants, extravertis, dépendants des produits de base, et peu diversifiés. D’après les constatations de M. Njikam, la région de la CEDEAO est celle qui enregistre le plus faible volume d’échanges commerciaux internes, avec un taux stagnant à un %, soit 10 fois moins que celui du continent et des autres CER. M.

Njikam conclut que cette région aurait un grand potentiel commercial si elle résolvait ses problèmes législatifs et infrastructurels.

Entre-temps, les recherches menées par Albert Makochekana, de l’Université du Zimbabwe, ont conclu que l’amélioration de l’efficacité portuaire et l’utilisation accrue du commerce électronique sont des facteurs de l’essor des exportations au sein de la CDAA. « Si l’influence positive de chacune de ces deux variables diffère selon que l’on considère les pays qui exportent ou les pays qui importent, il n’en reste pas moins que les décideurs de la SADC devraient mettre en œuvre des stratégies pour améliorer l’efficacité portuaire et encourager l’utilisation du commerce électronique. »

M. Makochekana a également étudié le potentiel spécifique des pays en matière de commerce avec les autres pays de la région. Les simulations ont donné des résultats mitigés, certains pays ayant déjà épuisé leur potentiel commercial tandis que d’autres possèdent un potentiel commercial inexploité. L’épuisement du potentiel commercial ne signifie pas que ces pays ne devraient pas avoir d’échanges commerciaux, mais qu’il pourrait s’avérer difficile de renforcer le commerce entre de tels partenaires commerciaux.

En outre, M. Makochekana a fait remarquer que bien que les taux des droits de douane aient significativement baissé dans la SADC, des obstacles non tarifaires occupent à présent le devant de la scène et plombent l’environnement commercial de la région.

Les conclusions de ces recherches, y compris celles d’Atif Moheeldeein, de l’Université nationale de Malaisie, sont que l’Afrique entretient de moins en moins de relations commerciales avec elle-même.

Les différents travaux présentés appellent à une transformation stratégique et structurelle comprenant des investissements dans les infrastructures physiques pour relier les pays voisins, l’harmonisation des politiques commerciales et la simplification des procédures douanières, de sorte que les communautés économiques régionales existantes encouragent le commerce intra régional.

La Conférence économique africaine annuelle est organisée conjointement par la Banque africaine de développement, la Commission économique des Nations Unies pour l’Afrique et le Programme des Nations Unies pour le développement.