L’Afrique mise en garde contre le « syndrome du renforcement des capacités »

08/11/2016
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L’Afrique doit éviter de tomber dans le « piège du mécanisme pour un développement propre » (MDP) qui consisterait à chercher constamment à renforcer ses capacités au risque de ne pas profiter de possibilités sérieuses en matière de financement climatique.

C’est ce qu’a déclaré Balgis Osman-Elasha, experte en changement climatique au Département pour les résultats et le contrôle de la qualité de la Banque africaine de développement (BAD), dans le cadre de la Conférence sur le changement climatique de Marrakech. « En consacrant toute son attention au renforcement des capacités, l’Afrique pourrait ne pas arriver à tirer parti du MDP, alors que d’autres sont en train de passer à l’action, » a-t-elle expliqué.

Inscrit dans le Protocole de Kyoto, le Mécanisme pour un développement propre prévoit le lancement de projets visant à aider les parties non comprises dans la liste des signataires du Protocole à réaliser le développement durable et la conformité avec leurs engagements chiffrés en matière de limitation et de réduction des émissions.

« Pour que l’Afrique puisse bénéficier de l’Accord de Paris, il lui faut, cette fois-ci, éviter le piège du MDP », a déclaré Osman-Elasha au cours d’un événement parallèle organisé lors de la deuxième journée de la Conférence des Nations Unies sur le changement climatique.

Au sujet de « l’accès aux moyens de mise en œuvre, qui représentent une préoccupation clé pour l’Afrique après la COP21 », l’experte a expliqué que l’Afrique ne pouvait se permettre de perdre du temps sur le renforcement des capacités alors que le reste du monde passait à des actions concrètes.

La table ronde s’est penchée sur les défis que l’Afrique aura à relever et sur les possibilités dont elle pourra se prévaloir en s’employant à mettre en œuvre l’Accord de Paris.

Considéré comme un accord historique et comme le traité international dont l’entrée en vigueur a été la plus rapide entre toutes, l’Accord de Paris, qui repose sur l’application des contributions prévues déterminées au niveau national (CPDN) impose aux parties des obligations concernant l’exécution des dispositions prévues dans leurs plans d’action climatique respectifs.

Toutefois, en ce qui concerne l’Afrique, un certain nombre d’insuffisances sont apparues, notamment au niveau de l’imprécision des CPDN de la plupart des pays du continent. Ce problème de définition se présente avant même de parler du grand enjeu de la mise en œuvre (sous les aspects du financement et du transfert de technologies).

« La route à suivre présente de grands défis pour la plupart des pays en développement. En plus d’arriver à obtenir les fonds, il faudra les utiliser à bon escient pour réaliser les objectifs de l’Accord de Paris », a déclaré de son côté Kurt Lonsway, gestionnaire du portefeuille de projets climatiques et environnementaux de la BAD.

 Lonsway a cependant souligné que la Banque entendait honorer l’engagement qu’elle a pris d’appuyer les pays d’Afrique dans leurs démarches pour remanier leurs plans d’action climatique afin de pouvoir tirer parti des guichets de financement climatique disponibles.

Évoquant également les défis de l’Afrique en matière d’action climatique, Seth Osafo, conseiller du Groupe africain de négociateurs, a déploré le manque de coordination entre les principaux intervenants climatiques dans la plupart des pays d’Afrique.

« Alors que tous reconnaissent que les capacités font défaut pour élaborer des projets bancables susceptibles d’attirer des financements pour le climat, l’Afrique souffre fortement du manque de coordination au sein même des pays africains », a affirmé Osafo, ajoutant que les points focaux de certains de ces pays en venaient à représenter ceux-ci lors des négociations sans faire part des décisions clés aux autres acteurs clés du pays.

Osafo, qui a été conseiller juridique auprès de la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques (CCNUCC), a souligné la nécessité d’améliorer les relations à l’intérieur des pays, particulièrement entre les ministères de l’Environnement, qui sont le plus souvent responsables de la gestion du portefeuille des projets climatiques, et les ministères des Finances.

« Par exemple, alors que les ministères des Finances sont généralement ceux qui mobilisent les financements, leurs liens avec le thème de l’environnement sont quasi-inexistants pour ce qui est des questions de changement climatique et de mobilisation et/ou d’affectation des ressources, » a-t-il déploré.

L’Accord de Paris sur le changement climatique est entré en vigueur à la veille de la COP22, le 4 novembre 2016. Conclu lors de la COP21 à Paris l’année dernière, ce traité historique vise à contenir l’élévation de la température moyenne de la planète « nettement en dessous de 2 °C par rapport aux niveaux préindustriels » et à poursuivre les efforts en vue de «  limiter l’élévation de la température à 1,5 °C par rapport aux niveaux préindustriels » d’ici la fin du siècle.

Toutefois, alors que certains pays d’Afrique ont déjà ratifié l’Accord, il ressort d’une analyse menée par le Centre africain pour la politique en matière de climat (CAPC) de la Commission économique des Nations Unies pour l’Afrique (CEA) que la plupart des CPDN africains sont plutôt flous quant aux aspirations des pays concernés en matière d’adaptation et d’atténuation.

Alors que le continent ne contribue qu’à hauteur d’environ cinq pour cent des émissions de gaz à effet de serre (GES) de la planète et qu’il est particulièrement vulnérable face aux aléas du changement climatique, la participation de l’Afrique à la COP22 vise avant tout à progresser sur la voie tracée par la COP21, en raison des nuances entourant cet accord, particulièrement sur les moyens de sa mise en œuvre.

« L’Accord contient des nuances problématiques qu’il s’agit d’élucider dans le contexte des priorités de développement de l’Afrique, particulièrement au regard des moyens de mise en œuvre qui constituaient des dispositions contraignantes du Protocole de Kyoto, mais qui deviennent des décisions non contraignantes dans le cadre de l’Accord de Paris, » a déclaré James Murombedzi, responsable du CAPC, soulignant l’importance de travailler sur ce qui compte pour l’Afrique : le financement climatique.