Les pays africains doivent utiliser leurs ressources internes pour activer le développement

31/10/2012
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Les experts participant à la Conférence économique africaine (AEC) qui se déroule à Kigali, au Rwanda, ont discuté des manières d'exploiter les ressources  internes pour financer leur développement face à l'incertitude mondiale et au déclin des aides étrangères.

Bien que l'Afrique ait bénéficié d'une décennie de forte croissance, elle n'a pas traduit cette bonne performance en croissance inclusive.

À l'occasion d'une séance plénière de haut niveau intitulée « Stratégies et financement pour le développement », réunissant un panel composé de ministres des finances et de l'économie et de représentants des gouvernements du Rwanda, d'Afrique du Sud, de la Guinée et des Comores, un appel a été lancé en faveur de l'amélioration de l'intermédiation financière afin de renforcer la mobilisation des ressources internes et l'accès au crédit pour satisfaire les besoins de financement à long terme des investisseurs.

Le directeur général pays de BDO Afrique de l'Est, William Kalema, a déclaré que les pays africains devraient, dans le climat d'incertitude lié à la crise financière et économique mondiale, avoir recours à des moyens tels que l'augmentation des transferts de fonds depuis l'étranger ou l'émission d'obligations nationales ou internationales.

« C'est maintenant que les taux d'intérêts sur les emprunts à l'étranger sont bas et que les institutions financières sont disposées à acheter des obligations africaines », a-t-il ajouté.

Cela exige de mettre en place des politiques ouvertes aux investisseurs internationaux facilitant les échanges de fonds et de renforcer les institutions qui mettent ces politiques en œuvre.

Pour que les pays africains puissent émettre des obligations, ils doivent d'abord maîtriser les fondamentaux macroéconomiques tels que l'inflation, car il s'agit là d'un préalable à la mobilisation des ressources financières en provenance de nouveaux marchés et investisseurs.

M. Kalema  a  en outre ajouté : « Pour compenser la forte baisse de l'aide étrangère, les pays devront chercher à mobiliser les ressources internes et les rentrées financières provenant du secteur privé ».

Si la stabilité macroéconomique conduit à ces investissements, l'instabilité mettrait la pression sur la monnaie et conduirait à la fuite des capitaux.

Insistant sur ce sujet, il a fait remarquer à l'auditoire que de telles ressources devaient être réservées au développement des infrastructures potentielles et  investies en Afrique, et non à l'étranger, afin de bénéficier à la fois aux détenteurs d’obligations et aux pays émetteurs.

La récente émission d’obligations zambienne, valorisée à 750 millions de dollars et offrant un coupon de 5,37 % pendant 10 ans, est l'une des obligations africaines qui ont été couronnées de succès. D'autres pays africains tels que le Kenya, l'Angola, la Tanzanie et le Nigéria ont l'intention d'emboîter le pas à la Zambie en émettant des obligations pour financer les dépenses d'infrastructure.

« Des niveaux de transfert de fonds élevés et le coût des obligations constituent un vote de confiance pour nos gouvernements et améliorent la transparence », selon M. Kalema. C'est pourquoi  a t-il dit, « nous devons construire une bonne gouvernance et une stabilité politique et économique ».

De nombreux pays n'ont pas de stratégie bien établie pour profiter de l'engouement actuel pour les matières premières de base. À cause d'une trop faible capacité de production, ils n'ont pas réussi à exploiter les avantages offerts par l'environnement commercial international.

D'autres stratégies de mobilisation des ressources domestiques ont été évoquées, telles que l'augmentation de l'assiette et de la perception des impôts nationaux, la levée des barrières commerciales, la création d'incitations pour attirer les investissements et identifier les projets innovants.

Le Commissaire général du plan de l'union des Comores, Sitti Alfeine, a déclaré que l'intégration devait être considérée comme déterminante pour la mobilisation des ressources. Les Comores ont réussi à mobiliser 500 millions de dollars américains venant de différentes fondations dans la région, essentiellement pour les domaines de l'éducation et de la santé. Ces fonds ont été intégrés dans le budget national unique.

Seul un petit nombre de pays ont relancé les investissements nationaux, et la mobilisation des ressources domestiques est sapée par l'inefficacité des systèmes financiers et par une perception défaillante de l'impôt s'appuyant sur une assiette fiscale réduite.

Le ministre rwandais des finances, John Rwangombwa, a fait part de l'expérience de son pays, dont le récent lancement du fonds de solidarité auquel chaque Rwandais peut contribuer volontairement et qui a récolté jusqu'à présent 30 millions d'USD. D'autres éléments stratégiques incluent la sensibilisation au respect des règles fiscales et l'élargissement de l'assiette fiscale.

Pour un financement innovant, les stratégies financières doivent être adaptées à chaque pays parce que l'Afrique n'est pas homogène et que les mêmes stratégies ne fonctionneront pas pour tous.

La conférence annuelle de quatre jours se déroulant sous le thème du « Développement durable et inclusif en période d'incertitude économique » est un espace d'échange où les leaders africains peuvent reformuler leur stratégie politique en vue d’une croissance inclusive.