Énergie et changement climatique : les pays africains doivent travailler main dans la main

24/05/2016
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Les nouvelles technologies qui sont en train de révolutionner les systèmes énergétiques à travers le monde peuvent aider les pays d’Afrique à accroître leurs capacités de production d’électricité et instaurer un accès universel à l’énergie. Mais pour ce faire, les dirigeants africains doivent prendre des mesures fortes et nourrir un dialogue continu sur la façon dont ils peuvent, ensemble et individuellement, formuler leurs politiques nationales destinées à résoudre les problèmes inter reliés relatifs au climat et à l’énergie qui se posent à l’Afrique.

C’est là le consensus qui s’est dégagé lors du panel de haut niveau qui a réuni des dirigeants africains sur le thème « Énergie et changement climatique », mardi 24 mai 2016, au deuxième jour des Assemblées annuelles 2016 de la BAD, à Lusaka, en Zambie.

« Nous devons commencer avec ce que nous avons, avec nos ressources naturelles, pas seulement avec les énergies propres. Vu nos besoins immédiats, il nous faut la charge de base – combustibles fossiles, charbon – qui nous permettra d’avancer rapidement », a déclaré Oluyemi Oluleke Osinbajo, vice-président de la République fédérale du Nigeria. 

Alors que continent s’avère le plus vulnérable face à la variabilité du climat et aux changements climatiques, l’accès aux services énergétiques dans les pays d’Afrique, est également classé parmi les plus limités au monde.

A ce jour, plus de 645 millions d’Africains n’ont pas accès à l’électricité, 700 millions n’ont pas accès à une énergie propre pour la préparation des repas, et 600 000 meurent chaque année des conséquences de la pollution à l’intérieur des maisons parce qu’ils utilisent de la biomasse pour cuisiner. 

De son côté, Idriss Deby, président du Tchad,  a souligné la nécessité de protéger l’environnement, non seulement en promouvant l’utilisation d’énergies renouvelables, mais aussi en coordonnant les efforts déployés dans le domaine.  Et d’insister sur l’importance d’encourager la production d’énergie solaire en Afrique à l’échelle industrielle. « Si chaque pays reste confiné dans son coin, nous n’arriverons à rien. Nous devons réfléchir à une solution globale pour le continent. » Et d’ajouter : « Il y a des défis et il y a des opportunités. Et il existe aussi des mesures réalistes. Concentrons-nous sur les mesures réalistes ».

Le manque de ressources financières, d’informations sur les technologies et de mesures incitatives pour encourager les investissements du secteur privé dans les technologies d’atténuation du changement climatique constitue le principal frein au développement et au transfert de technologies, de l’avis des panélistes. Qui ont exhorté les pays développés à soutenir les pays africains pour surmonter ces difficultés.

Le président zambien Edgar Lungu a souligné que le problème qui se pose à l’Afrique n’est pas de passer  du carbone aux énergies propres, mais d’accéder à l’électricité. La faiblesse des précipitations cause déjà des pénuries d’électricité, a-t-il dit. Avant d’ajouter : « Notre énergie est à 99 % hydroélectrique. Ça fait deux ans qu’il n’a pas plu – doit-on attendre jusqu’à l’arrivée des pluies ? Nous devons trouver une solution ». Le président zambien a déclaré que la priorité est d’accroître  l’accès à l’énergie, en utilisant des sources polluantes moins chères, ou des énergies renouvelables plus onéreuses, comme l’énergie solaire.

Les panélistes ont partagé leurs préoccupations concernant l’absence de cadres réglementaires appropriés et l’implication limitée du secteur privé – ce qui compromet les investissements dans le secteur de l’énergie.

Ils ont également appelé à renforcer la volonté politique pour inciter le secteur privé à conduire des investissements dans les énergies renouvelables.  Le changement climatique est un enjeu qui ouvre aussi des opportunités dans les énergies propres et les industries.

Alors que l’Afrique a tout ce qu’il faut pour instaurer un accès universel aux services énergétiques tout en réduisant l’intensité en carbone de sa croissance, le manque d’ambition qu’affichent les politiques énergétiques et climatiques pourrait limiter la capacité de l’Afrique à exploiter ses ressources énergétiques conventionnelles – pétrole, gaz et charbon notamment. 

Environ 7,7 % des réserves de pétrole conventionnelles avérées, 7,6 % des réserves de gaz naturel disponible et 3,7 % des réserves de charbon se trouvent en Afrique. Le potentiel énergétique du continent est conséquent, avec plus de 10 TW en énergie solaire, 350 GW en hydroélectricité, 110 GW en énergie éolienne et 15 GW en énergie géothermique. 

« Il nous faut trois composantes pour résoudre les problèmes énergétiques de l’Afrique : les fonds, les technologies et l’expertise », a déclaré Kassim Majaliwa, le Premier ministre de Tanzanie. 

Lors de son intervention, Mary Robinson, l’ancienne présidente de l’Irlande (1990 à 1997) aujourd’hui envoyée spéciale du Secrétaire général des Nations Unies pour le changement climatique, a exhorté les dirigeants africains à travailler à l’échelle régionale et à mettre davantage de pression sur le monde développé pour renforcer la coopération internationale sur ces questions, mais aussi à mobiliser les fonds nécessaires pour l’adaptation aux changements climatiques et leur atténuation. 

« Il faut convaincre le monde de vous soutenir dans le cadre du financement de la lutte contre le changement climatique », a-t-elle ajouté, soulignant que l’Afrique est le continent le plus vulnérable aux effets destructeurs du changement climatique.