« Les pays africains doivent lever les obstacles à la compétitivité des entreprises africaines », déclare Louis Kasekende, l’économiste en chef de la BAD

26/06/2007
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Tunis, le 26 juin 2007 – L’économiste en chef du Groupe de la Banque africaine de développement (la BAD), Louis Kasekende, a mis l’accent sur la nécessité de lever les obstacles au développement des affaires en Afrique, obstacles qui réduisent les capacités du secteur privé africain à être compétitif dans l’économie mondiale. Lors d’une interview à Tunis, M. Kasekende a mentionné spécifiquement la faiblesse de l’infrastructure, l’inaccessibilité des financements – y compris le financement des opérations commerciales – et l’existence de cadres réglementaires discrétionnaires, en lieu et place de cadres fondés sur des règles.

L’économiste en chef a évoqué des études qui montrent que, si les entreprises africaines sont compétitives au niveau de leur firme, passées les portes de leur usine, ces entreprises perdent de leur compétitivité. « On voit donc que les pays africains doivent améliorer le climat des affaires, lever les obstacles critiques du côté de l’offre, renforcer les capacités productives, améliorer la qualité des produits et la productivité de la main-d’œuvre et adopter des politiques qui favorisent le commerce », a-t-il déclaré.

M. Kasekende a ajouté qu’il fallait maintenir la stabilité macroéconomique afin d’atténuer les incertitudes liées à l’investissement et promouvoir le développement du secteur privé. Il a insisté sur la nécessité pour les pays africains de lever les nombreuses barrières administratives et les réglementations excessives qui entraînent des retards considérables et des coûts de transaction élevés pour les entreprises qui veulent investir. Il a noté que démarrer une affaire, dans la plupart des pays africains, est encore relativement coûteux et les procédures d’obtention d’une licence sont également longues.

À la question de savoir quelles mesures spécifiques il faudrait envisager sur les plans national et régional pour stimuler la productivité et réduire le coût des transactions, l’Économiste en chef a répondu qu’il fallait investir davantage dans l’infrastructure, tant pour en améliorer le niveau que la qualité qui, en son état actuel, condamne le continent à une faible compétitivité sur le marché international.

Il a indiqué que les marchés financiers avaient un rôle très important à jouer dans la promotion d’un climat favorable à l’investissement, soulignant que pour être en mesure d’attirer plus d’investissements nationaux et étrangers, il fallait assurer la stabilité politique, le respect de l’État de droit et la protection de la propriété privée dans beaucoup de pays sur le continent.

En réponse à une question relative aux Assemblées annuelles du Groupe de la Banque africaine de développement tenues récemment en Chine, il a déclaré que le message véhiculé à Shanghai est le suivant: il se passe de bonnes choses en Afrique et le continent est prêt à faire des affaires.

M. Kasekende a exhorté les entrepreneurs africains à s’atteler plus résolument à développer des relations avec les firmes asiatiques, notant qu’il existe de nombreuses opportunités de co-entreprises entre les deux continents dans plusieurs domaines, y compris la fourniture de produits finis, l’investissement dans l’industrie touristique, notamment, la gestion des services de voyage. Il a déclaré qu’il existait encore des possibilités de resserrement des relations commerciales et industrielles entre l’Afrique et l’Asie. Il a aussi ajouté qu’en raison de sa position exceptionnelle, la BAD avait aujourd’hui un rôle à jouer dans le renforcement des relations entre les deux continents, d’autant plus que l’Asie a commencé à aligner ses financements sur les priorités de développement de l’Afrique.

Concernant l’intégration régionale, M. Kasekende a affirmé que des actions efficaces à cet égard permettraient à l’Afrique de développer le commerce, mettre ses ressources d’investissement en commun, étendre les marchés locaux et s’industrialiser efficacement en tirant profit des avantages offerts par les économies d’échelle de production que donnent les grands marchés. Il a fait remarquer que les pays africains doivent relever un certain nombre de défis au niveau de l’accélération du rythme de l’intégration régionale sur le continent, notamment: la faiblesse des institutions d’intégration régionale ; l’appartenance à de multiples associations économiques régionales dont les activités font double emploi ; l’absence de centres de coordination régionaux solides ; la taille limitée des partenaires, au niveau national, qui militent en faveur de l’intégration régionale au sein des États membres ; et les défis sectoriels, en particulier, dans les domaines comme le commerce, la convergence des politiques macroéconomiques, la libre circulation des facteurs de production et l’insuffisance de l’infrastructure.

Il a déclaré qu’au cours des dernières années, la Banque avait réservé une partie de ses fonds concessionnels (15 % actuellement) à l’appui exclusif de l’intégration régionale, à travers des prêts et des dons octroyés en faveur de l’investissement, des études régionales et des projets de renforcement des capacités. Il a souligné que la Banque avait identifié et financé plusieurs projets d’infrastructure régionale dans le cadre du Plan d’action à court terme (PACT) du NEPAD. Au cours de la période 2002-2006, la Banque a financé 33 projets et programmes de cette nature, comprenant 18 projets physiques, y compris un projet dans le secteur privé, 12 études et 3 projets de renforcement des capacités dans le cadre du NEPAD. Toutes ces interventions ont été financées par le Groupe de la Banque avec une enveloppe globale d’environ 1,024 milliard de dollars E.U. complétée par environ 1,6 milliard de dollars E.U. mobilisé dans le cadre de cofinancements en faveur de certains de ces projets.

S’agissant de la création éventuelle d’une monnaie commune à l’ensemble du continent, M. Kasekende a souligné qu’une telle monnaie pourrait être un puissant catalyseur de l’intégration économique en Afrique. Il a indiqué que le principal argument économique à cet égard était le fait qu’une telle décision réduirait le coût des transactions transfrontalières et fouetterait les échanges commerciaux intra africains qui, a-t-il constaté, sont très faibles actuellement. Il a ajouté qu’une monnaie commune pourrait jouer le rôle d’organe extérieur de contrôle des budgets nationaux, soulignant que le succès d’une union monétaire exigerait des pays africains qu’ils s’engagent à respecter les critères de convergence macroéconomique, notamment, le maintien d’un faible taux d’inflation et l’application de politiques budgétaires saines. Il a invité les pays africains à s’inspirer de l’expérience de la zone du franc CFA (en Afrique de l’Ouest et centrale) et de la Zone monétaire commune (en Afrique australe), ces deux unions ayant posé les jalons indispensables de l’édification éventuelle d’une union monétaire à l’échelle continentale.