Les émissions obligataires internationales des États africains : la dette fait recette

21/05/2014
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Alors que les moteurs de croissance restent en grande partie intacts et que les efforts actuels de réformes institutionnelles déployés par le continent africain sont favorables à la solvabilité, le 20 mai dernier, lors des Assemblées annuelles de la Banque africaine de développement (BAD) qui se tiennent actuellement à Kigali, les experts ont averti que le durcissement des conditions de crédit dans le monde menace d’affaiblir les perspectives des émissions obligataires internationales des États africains.

Au cours d’une séance interactive sur les marchés des obligations internationales co-parrainée par la BAD et BNP Paribas, le panel d’experts a souligné que bien que les perspectives économiques de l’Afrique sub-saharienne restent globalement stables, affichant des perspectives de croissance favorables, des risques pèsent sur sa croissance, en raison du climat mondial d’incertitude.

Konrad Reuss, directeur régional pour l’Afrique du Sud et l’Afrique subsaharienne de l’agence de notation Standard & Poor’s, a indiqué que bien qu’il soit relativement plus facile aujourd’hui qu’il y a vingt ans pour les pays africains de lever des fonds sur le marché international, dans le contexte actuel marqué par le fort appétit des investisseurs, les nouveaux défis sur le marché mondial présentent des risques importants pour ce développement positif.

Il a cite en particulier le « tapering » de la réserve fédérale américaine, puisque la réduction progressive des achats mensuels d’obligations de la Fed pourrait engendrer une hausse des taux d’intérêts d’ici l’année prochaine.

« Le contexte mondial est désormais différent – il est marqué par le « tapering » et le risque de refixing.

La situation ne sera plus la même. Je pense qu’à l’avenir la différentiation du risque occupera une place importante dans la notation », a indiqué Reuss.

L’année 2013 a été marquée par l’essor des émissions obligataires d’États africains sur les marchés internationaux de la dette et notamment par l’arrivée des pays africains sur les marchés des émissions souveraines. Par exemple, la première émission obligataire du Rwanda sur les marchés internationaux a récemment été récompensée par Euromoney (le magazine des marchés financiers mondiaux).  Elle a remporté le prix « Africa Deal of the Year » ( la meilleure transaction de l’année sur le continent africain) et le Rwanda a été capable de financer d’importants projets à rendements  historiquement faibles.

Le ministre rwandais des Finances, l’Ambassadeur Claver Gatete, a affirmé suite au succès de la première émission obligataire que le pays cherchait désormais à mobiliser des ressources à long terme sur le marché international dans l’optique de réduire sa dépendance vis-à-vis de l’aide.

« Notre économie doit croître et nous avons besoin pour cela de fonds: nous devons continuer sur cette belle lancée, en misant sur le marché.  Et,  étant donné que notre crédibilité se renforce progressivement, nous pensons  pouvoir obtenir de l’argent bon marché », a déclaré Gatete.

Il a ajouté que le pays concentre ses efforts sur le maintien d’une croissance économique remarquable, d’une stabilité macro-économique et sur l’amélioration d’un environnement propice à l’activité économique afin d’attirer plus d’investisseurs.

« Nous devons garantir le maintien [de la croissance économique] – nous ne voulons pas les décevoir [les investisseurs] parce que nous avons besoin d’eux.

Ce sont des partenaires clefs, parce que si nous devons réduire notre dépendance vis-à-vis de l’aide, nous devons avoir une alternative basée sur la crédibilité de notre économie » a-t-il affirmé, en soulignant l’ambition du Rwanda à être indépendant.

Rajiv Shah, Directeur des marchés des capitaux d’emprunt de la zone CEEMEA à BNP Paribas, a affirmé que les investisseurs se tournent de plus en plus vers l’Afrique pour les investissements à long terme.

« Les investisseurs se tournent désormais vers les pays en développement. Les investisseurs cherchent aujourd’hui à investir dans des pays à forte croissance, notamment avec ce qui se passe ce moment en Russie.

De plus en plus d’investisseurs délaissent la Russie et se tournent vers d’autres régions, comme l’Afrique.  Ce qui, techniquement, alimente la demande pour l’Afrique, » a-t-il observé, ajoutant que les émissions des institutions financières et des banques d’affaires devraient augmenter au cours des deux prochaines années pour répondre à cette demande.

Cependant, Carmen Altenkirch, directrice de l’Afrique subsaharienne chez Fitch Ratings, a indiqué que les pays africains risquent de devoir refinancer leur dette, à l’heure où l’accès au marché est plus difficile ou à l’heure où ces mêmes pays sont en proie à leurs propres défis nationaux, en prenant comme exemple le Kenya.

Pierre Van Peteghem, trésorier de la BAD, a, quant à lui, souligné l’engagement de la BAD à valoriser les émissions obligataires et à catalyser le marché en apportant une assistance technique notamment en matière d’infrastructures, de marches de capitaux et d’émissions obligataires domestiques.