Les pays africains exhortés à intensifier leurs efforts de mobilisation de ressources intérieures en faveur des ODD

05/11/2015
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Alors que différents pays cherchent, en raison de la baisse de l’assistance des donateurs,  à financer leur propre développement dans le cadre du programme de développement de l’après-2015, les pays africains doivent se doter de compétences et de connaissances afin de réussir à mobiliser leurs ressources intérieures de manière efficiente, efficace et innovante. Telles sont certaines des observations formulées mardi 3  Novembre 2015 au cours de la 10ème Conférence économique africaine, qui s’est tenue à Kinshasa, en République démocratique du Congo. 

Les panélistes prenant part à la séance plénière placée sous le thème « Opérationnaliser les ODD pour promouvoir une croissance inclusive et un développement transformateur dans le contexte de la lutte contre la pauvreté et les inégalités en Afrique » ont souligné la nécessité de multiplier les efforts pour enrayer les fuites qui interviennent dans la collecte des ressources intérieures nécessaires à la mise en œuvre des Objectifs de développement durable (ODD), adoptés depuis peu. Selon eux, malgré l’immensité de la tâche que représente l’éradication de la pauvreté touchant près d’un milliard de personnes qui vivent toujours dans une pauvreté extrême, ce défi peut être relevé. En effet, le monde, l’Afrique y compris, détient des moyens financiers suffisants pour mettre fin à la pauvreté et permettre un développement durable.  

Un consensus se dégage sur le fait qu’à l’avenir, le financement du développement devra aller au-delà de l’aide publique au développement afin d’inclure les investissements privés et des financements innovants.

Reconnaissants que certains pays africains financent déjà leur développement à partir de ressources intérieures, les panélistes ont rappelé que les gouvernements du continent ont à faire face à des flux illicites causés par le non-règlement de leurs impôts par des entreprises, et à des contrats portant sur des ressources naturelles qui obligent l’Afrique à mobiliser une plus grande part de ses ressources intérieures.

Le financement des ODD nécessitera des investissements annuels d’au moins 4 mille milliards de dollars.  « Il existe un potentiel important pour la mobilisation locale de ressources », a déclaré Kapil Kapoor, directeur de la Stratégie et des Politiques opérationnelles à la Banque africaine de développement (BAD), réitérant, par la même, l’impératif de redoubler les efforts pour mobiliser les ressources nécessaires au financement des ODD. Il a également souligné l’importance d’améliorer les procédures en matière de reddition des comptes en assurant le suivi de l’emploi des ressources mobilisées, afin d’en améliorer l’efficacité. 

Le directeur de la Stratégie et des Politiques opérationnelles de la BAD a, en outre, relevé l’exigence d’adopter une approche holistique et multipartite du financement qui reconnaît le rôle de tous les acteurs, y compris ceux du secteur public et du secteur privé des pays pris individuellement, les acteurs transnationaux appartenant à l’univers des entreprises et les banques de développement. La BAD s’est, à cet effet, engagé à jouer un rôle de catalyseur pour la mobilisation de fonds en faveur des ODD.

Le programme de développement de l’après-2015 offre un nouveau cadre mondial devant permettre aux pays de mieux orienter, coordonner et intégrer leurs efforts en direction du développement durable tout en éradiquant la pauvreté sous toutes ses formes. Les dix-sept ODD forment un ensemble universel d’objectifs, de cibles et d’indicateurs que les États membres des Nations Unies sont invités à utiliser pour encadrer leurs plans et politiques nationaux de développement au cours des 15 prochaines années. Les ODD font suite, tout en les développant, aux objectifs du Millénaire pour le développement (OMD) qui ont été convenus par les gouvernements du monde en 2000 et qui arriveront à expiration à la fin de l’année. 

« Les ODD représentent un programme autrement plus ambitieux dans la mesure où ils appellent clairement à une élimination définitive de la pauvreté. Ils prévoient des méthodes d’intervention beaucoup plus intégrées », a affirmé, pour sa part, Pedro Conceição, directeur du Bureau des politiques stratégiques d’appui aux politiques et aux programmes au Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD).  Il a insisté sur la nécessité pour les gouvernements de mettre en place des mesures de nature à hisser un plus grand nombre de personnes hors de la pauvreté et ce, de manière permanente.  

Le directeur du Bureau des politiques stratégiques d’appui aux politiques et aux programmes du PNUD a également fait remarquer que les risques liés aux conflits, à l’instabilité politique, à la baisse des cours des produits de base et aux catastrophes naturelles pourraient bien, s’ils ne sont pas atténués, inverser les gains de la lutte contre la pauvreté.

« Des gens se retrouvent dans un profond état de pauvreté en raison des chocs... si notre intention est de mettre en œuvre, et de façon sérieuse, ce programme, nous devrons affronter ce problème », a dit Conceição en soulignant que, pour mieux gérer les risques, il est indispensable d’intégrer le programme de développement de l’après-2015.  Il a également souligné la nécessité pour les pays de se l’approprier afin de faciliter son exécution. Cette appropriation doit s’ajouter à une action de sensibilisation du public.

« Il ne s’agit pas d’un programme des Nations Unies, mais d’un programme signé par des gouvernements - ce programme est celui des peuples, et notre rôle est de le soutenir », a-t-il conclu en déclarant que les Nations Unies étaient disposées à prêter assistance à la mise en œuvre dans les pays par le biais d’un appui technique.

De son côté, Dorothy Gordon, directrice générale du Centre d’excellence Kofi Annan Ghana-Inde en technologies de l’information et de la communication (TIC) à Accra, au Ghana, a souligné la nécessité pour les gouvernements d’Afrique d’accroître leurs investissements en TIC afin que la mise en œuvre des ODD puisse être facilitée. Elle a soutenu qu’ils constituent des facteurs de développement transversaux, appelés à jouer un rôle critique pour la réalisation des ODD. Cependant, il sera nécessaire de relever les défis représentés par le manque de compétences et le peu d’alphabétisation numérique afin de rendre possible un meilleur usage de TIC.

« L’Afrique, a soutenu Dorothy Gordon, « doit également investir dans la création de contenus informatiques locaux, car elle dépense actuellement beaucoup en importations de TIC. Chaque centime que nous dépensons en technologie importée représente de l’argent dont nous privons les domaines de la santé et de l’éducation - nous devons y penser », a-t-elle souligné.

Bien qu’aucun des ODD ne porte spécifiquement sur les TIC, plusieurs cibles font référence aux TIC et à la technologie.

Dans ses remarques, Abdalla Hamdok, Secrétaire exécutif adjoint de la Commission économique des Nations Unies pour l’Afrique (CEA) a invité les pays africains à réorienter leurs stratégies de développement économique dans le sens d’une industrialisation plus poussée et, notamment, à réfléchir aux moyens de formuler et de mettre en œuvre des politiques industrielles efficaces.

L’État joue un rôle crucial pour corriger les défaillances du marché et stimuler l’industrialisation. Il est nécessaire d’intégrer les politiques industrielles aux niveaux les plus élevés du gouvernement et dans les stratégies de développement nationales et régionales.